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EnergieLibéralisation du marché de l'électricité: réactions mitigées

Si la branche, la droite et l'économie saluent l'ouverture complète du marché de l'électricité proposée par le Conseil fédéral, la gauche, les syndicats et les consommateurs sont plus circonspects.

L'Association des entreprises électriques suisses (AES) préconise depuis longtemps une concurrence ouverte dans la fourniture d«électricité, écrit-elle dans un communiqué ce mercredi 8 octobre. Pour elle, la situation actuelle de marché semi-ouvert n«est pas une bonne solution.

La branche est prête à effectuer des pré-investissements si elle dispose des garanties nécessaires, couvrant notamment le risque lié aux travaux préliminaires engagés s«il s«avérait que les citoyens rejetaient l«ouverture complète du marché par voie de référendum. Il s'agit en outre de prévoir une mise en oeuvre compatible avec la stratégie énergétique 2050, souligne l'AES.

Le PLR salue fondamentalement le projet, qui constitue une exigence formulée de longue date. Il devrait permettre à la Suisse de participer au marché européen de l'électricité à armes égales, avec un bilan équilibré des exportations et des importations.

L'UDC soutient aussi en principe la libéralisation. Elle se prononcera de manière plus détaillée dans le cadre de la consultation. Le PDC fait la même réponse, avec en ligne de mire la sécurité de l'approvisionnement des ménages et des entreprises.

Le plus vite possible

L'Union suisse des arts et métiers (usam) soutient également le projet, tout en réclamant des conditions applicables dans la pratique et un renforcement de la concurrence. Les PME doivent pouvoir être fournies sans discrimination, exige l'usam, selon laquelle de nombreux problèmes de la première étape découlent du monopole des réseaux locaux.

Pour l'industrie des machines de même, il est important que cette libéralisation se fasse le plus vite possible: 2018 est bien tard, a estimé Ivo Zimmermann, porte-parole de Swissmem.

La gauche mitigée

Le PS est tout sauf enthousiaste face à la perspective d'une libéralisation totale. Les avantages que pourraient éventuellement en retirer les consommateurs comme les employés de la branche sont loin de sauter aux yeux. Si le gouvernement souhaite éviter un référendum, il lui faudra corriger sa copie, estime le parti.

Les Verts refusent que le marché de l«électricité soit libéralisé maintenant. Il faut d«abord effectuer le tournant énergétique et sortir du nucléaire en fixant une date-butoir précise pour les vieilles centrales, tout en exigeant la vérité des coûts de l'électricité. Ensuite seulement, l«ouverture du marché apportera un plus à l«environnement, écrit le Parti écologiste, qui garde également la possibilité d'un référendum dans sa manche.

L'Union syndicale suisse (USS) de même ne voit pour l«heure aucune raison d'aller au-delà de l'ouverture partielle en vigueur. L'ouverture totale déstabiliserait encore plus ce secteur: des emplois continueraient à disparaître et les importations de courant bon marché augmenteraient.

Comme le PS, la Fédération suisse des représentations du personnel de l'économie électrique exige avant toute libéralisation complète une convention collective de travail ayant force obligatoire pour toute la branche. Il s'agit de garantir que l'ouverture ne se fasse pas «sur le dos des employés».

Mesures d'accompagnement

Jean-Marc Revaz, de la Commission énergie et environnement de la Fédération romande des consommateurs, entend étudier le projet dans le détail. «J'ai peur qu'il n'y ait pas beaucoup de considération pour le consommateur final», a-t-il indiqué. «Nous voulons une définition claire du service universel, ce qui n'a pas été fait pour la Poste et les télécoms».

Le WWF a estimé pour sa part que ce projet, sans mesures d'accompagnement, serait un «anti-tournant énergétique». Aujourd'hui déjà, c'est principalement de l'électricité «sale» provenant de centrales nucléaires, à charbon et à gaz qui alimente les prises suisses, et cette part pourrait encore augmenter avec la libéralisation.

(ats)

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