20.08.2017 à 20:54

EspagneLibération conditionnelle d'un écrivain germano-turc

L'écrivain Dogan Akhanli a été libéré dimanche sous condition par la justice espagnole. Il avait été arrêté à la demande des autorités turques.

L'homme avait été arrêté samedi à Grenade (Andalousie) à la demande des autorités turques.

L'homme avait été arrêté samedi à Grenade (Andalousie) à la demande des autorités turques.

Keystone

Un tribunal espagnol a remis en liberté dimanche sous condition l'écrivain allemand d'origine turque Dogan Akhanli, a annoncé sur Facebook son avocat Ilias Uyar. L'homme avait été arrêté la veille à Grenade (Andalousie) à la demande des autorités turques.

«La bataille valait la peine», écrit sur Facebook l'avocat en précisant que l'écrivain «est libéré à condition de rester à Madrid» en attendant que la Turquie demande formellement son extradition.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est félicitée dimanche de sa remise en liberté. «On ne doit pas abuser d'organisations internationales comme Interpol», a-t-elle déclaré, à l'antenne de la chaîne RTL. Angela Merkel a également indiqué que Berlin était en contact étroit avec les autorités espagnoles et qu'elle était disposée à appeler son homologue Mariano Rajoy si nécessaire.

Nombreux cas

Le ministère allemand des Affaires étrangères avait annoncé samedi l'arrestation en Espagne à la demande d'Ankara de Dogan Akhanli, et avait exhorté Madrid à ne pas l'extrader vers la Turquie. Cette requête a été transmise par l'ambassade d'Allemagne «à un haut niveau» diplomatique aux autorités espagnoles, a-t-on appris auprès du ministère des Affaires étrangères à Berlin.

L'arrestation de Dogan Akhanli est «malheureusement l'un des nombreux cas» d'Allemands contre lesquels la Turquie a lancé des poursuites, a poursuivi Mme Merkel. Et d'évoquer l'affaire Deniz Yücel, du nom du journaliste germano-turc, correspondant du quotidien allemand Die Welt, emprisonné depuis février en Turquie. «C'est la raison pour laquelle nous avons changé de politique vis-à-vis de la Turquie», a-t-elle ajouté.

«Intimidation»

L'arrestation de l'écrivain, présenté comme un critique d'Ankara, avait été annoncée initialement par un député des Verts allemands, Volker Beck. Pour ce dernier, elle démontrait que le président turc Recep Tayyip Erdogan cherchait à «étendre son pouvoir au-delà des frontières de son pays, à intimider les voix critiques et à les poursuivre dans le monde entier».

«Ce serait une chose terrible si, même à l'autre bout de l'Europe, la Turquie réussissait à faire arrêter des gens qui élèvent la voix contre le président Erdogan», a estimé dimanche Sigmar Gabriel après la remise en liberté conditionnelle de Dogan Akhanli.

Selon le journal régional allemand Kölner Stadt-Anzeiger citant son avocat allemand, l'écrivain, né en 1957 en Turquie et qui vit depuis 1992 à Cologne, avait été interpellé samedi matin à Grenade par des policiers espagnols sur la foi d'une «notice rouge» d'Interpol.

Tout pays peut émettre une «notice rouge» auprès d'Interpol. La Turquie va désormais devoir convaincre la justice espagnole du bien-fondé d'une demande d'extradition.

Génocide arménien

Dogan Akhanli, qui a notamment écrit une trilogie évoquant le génocide des Arméniens, fait l'objet de poursuites en Turquie, explique le journal de Cologne sans autres précisions.

L'écrivain a déjà eu à faire à la justice turque. Soupçonné d'être impliqué dans un vol à main armée en 1989, il avait été arrêté à son arrivée à Istanbul en 2010. Il avait finalement été relâché puis innocenté avant qu'une cour d'appel n'ordonne une nouvelle procédure. Des députés Verts allemands avaient assuré que ces poursuites avaient un caractère politique.

Les relations entre la Turquie et l'Allemagne se sont particulièrement tendues depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016, imputé au prédicateur Fethullah Gülen, qui nie les faits.

Il y a actuellement dix citoyens allemands, certains ayant la double nationalité, détenus en Turquie, selon les autorités allemandes. Parmi eux Deniz Yücel, un journaliste germano-turc, correspondant du quotidien allemand Die Welt, emprisonné depuis février.

(ats)

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