Editorial: Libre-circulation: un début de campagne bien laborieux
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EditorialLibre-circulation: un début de campagne bien laborieux

Karin Keller-Sutter n’est peut-être pas la bonne personne pour amener cette touche d’âme qui peut convaincre les hésitants, qui seront nombreux dans les trois mois à venir.

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lematin.ch
Lors de sa conférence de presse de mardi à Berne, la conseillère fédérale est restée dans le registre des bilatérales qui font la prospérité helvétique. Il lui reste à convaincre qu'elle profite à tous.

Lors de sa conférence de presse de mardi à Berne, la conseillère fédérale est restée dans le registre des bilatérales qui font la prospérité helvétique. Il lui reste à convaincre qu'elle profite à tous.

Anthony Anex, Keystone

On l’a vue et entendue mardi toute la journée. La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a lancé la campagne contre l’initiative de l’UDC visant à supprimer la libre-circulation des personnes du 17 mai prochain. Première impression, on croyait réentendre les arguments qui ont mené à l’acceptation de la première initiative de l’UDC le 9 février 2014: la clause guillotine, la fin des relations bilatérales, la fin d’un accès facile au marché intérieur européen, la menace sur la prospérité helvétique ou la pénurie de main-d’oeuvre.

Des chiffres astronomiques

Cette fois, c’est plus sérieux. Le texte de l’UDC est moins vague: si c’est oui, une année plus tard, soit le 17 mai 2021, la libre-circulation c’est fini. C’est fini dans les deux sens… Le plus inquiétant est d’entendre ce chiffre dans la bouche de la ministre. En cas d'acceptation, il en coûterait de 460 à 630 milliards de francs à la Suisse pendant vingt ans. Quand on sait que le budget annuel de la Confédération est de 70 milliards, on s'interroge.... D'autres votations ont montré que faire peur avec des chiffres invérifiables pour le commun des mortels est souvent contre-productif.

Manque de cohérence

Entre 2014 et 2020, l'ambiance n'est plus tout à fait la même. Certes le chômage est bas, mais c'est trompeur. La pauvreté a gagné du terrain en Suisse, l'aide sociale augmente, la classe moyenne est une intarissable vache à traire et beaucoup de retraités doivent partir à l'étranger pour pouvoir vivre décemment avec leur petite rente AVS. Le Conseil fédéral explique qu’il propose des mesures transitoires pour les chômeurs âgés dès 60 ans, mais au Parlement, c'est le PLR qui veut saboter le projet. Bonjour la cohérence.

Alternative à la croissance?

Le fait que Karin Keller-Sutter vienne du PLR n'est pas un avantage dans cette campagne, car la ligne libérale de son parti n'en fait pas un acteur très crédible quand il s'agit de répartir la prospérité dans ce pays. Dans ces conditions, la probabilité d'une acceptation est bien réelle. Quand on entend l’UDC présenter son initiative comme une sorte d’alternative à la croissance, on se pince... Mais ce discours-là, en évitant les travers xénophobes, risque de ratisser large jusqu'aux partisans de l'initiative Ecopop.

La touche d'âme qui manque

Démontrer que la libre-circulation des personnes est une source de prospérité pour la Suisse est une chose, mais cela ne suffira pas pour gagner un vote populaire, si les gens ont l'impression que cette prospérité ne profite qu'à une certaine élite économique (dont fait partie l'UDC d'ailleurs...) Derrière la prospérité, il faut faire apparaître des arguments humains, culturels et psychologiques qui font que les Suissesses et les Suisses sont attachés à l'ouverture avec leurs frères et soeurs européens. Karin Keller Sutter n’est peut-être pas la bonne personne pour amener cette touche d’âme qui peut convaincre les hésitants, car en tout état de cause, il y en aura beaucoup dans les trois mois à venir.

Eric Felley

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