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UBSLicenciements à UBS: «Nous sommes anéantis»

La peur s’installe: la banque annonce le licenciement de 10'000 personnes, dont 2500 en Suisse. Témoignage.

par
Victor Fingal
Fabrice Coffrini, AFP

Ernst D.*, 45 ans, domicilié dans le canton de Zurich, travaille depuis plus de quinze ans pour UBS. Comme ses collègues, il a appris la nouvelle de très bonne heure hier matin. «A très exactement 6 h 45, j’ai reçu un courriel, accompagné d’une vidéo. Nous avons alors appris l’étendue du désastre: près de 10'000 emplois supprimés dans les trois ans pour tout le groupe, dont 2500 en Suisse. Personne avec qui parler, impossible de poser des questions: nous sommes anéantis.»

«L’incertitude nous ronge»

Si notre employé de banque parle sous le couvert de l’anonymat, c’est que les consignes sont strictes. «En aucun cas, nous n’avons le droit de parler à la presse», a-t-il encore ajouté. Bien sûr, des licenciements en masse, à la suite du battage fait récemment dans les médias, il s’y attendait. «Mais on espère toujours que le ciel va tomber ailleurs que sur sa tête. Cette fois, c’est l’incertitude qui nous ronge, et cela risque de durer tant que nous n’aurons pas une vision claire de ce qui va nous arriver.»

Ernst D. et bon nombre de ses collègues étaient hier en état de choc. «Après une nuit de sommeil, nous comprendrons mieux la situation.» Le Zurichois sait déjà que, s’il est touché par la vague de licenciements, le recyclage ne sera pas chose aisée. «Nous avons bien conscience que c’est le secteur bancaire qui est frappé dans son ensemble, pas seulement UBS.»

Reste que bon nombre d’employés interprètent déjà le communiqué de la banque à leur avantage. «Nous ne savons rien avec certitude. Mais nous croyons savoir que c’est surtout le centre névralgique qui va trinquer: des secteurs comme l’informatique, les ressources humaines ou les services de compliance (ndlr: vérification du respect des règles). Cela n’exclut pas pour autant que des employés d’autres secteurs soient mis à la porte.»

Vu de l’Association suisse des employés de banque (ASEB), les conditions d’un dialogue social ne sont pas réunies. «La direction d’UBS nous écarte actuellement des procédures de consultation, explique Denise Chervet, secrétaire centrale de l’ASEB. Nous proposons pourtant des alternatives afin d’éviter des licenciements, comme la réduction des bonus exagérés des plus hauts cadres et des accompagnements conséquents pour ceux qui devront se recycler.»

Denise Chervet remarque aussi que «de nombreux postes informatiques devaient participer à des mesures d’optimisation». En clair, l’ASEB craint que la réduction de ces postes ou leur délocalisation ne soient pas sans risque pour la qualité suisse du secteur financier.

De son côté, Jean Christophe Schwaab, conseiller national (PS/VD), estime aussi que la masse des licenciements annoncés est exagérée. Mais il voit dans le redimensionnement de la banque d’investissement un pas dans la bonne direction. Car «cette banque, gourmande en capital, nous a coûté cher, en obligeant le contribuable à passer à la caisse.»

*Nom connu de la rédaction

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