Bienne - L’imam controversé fréquente toujours «sa» mosquée

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BienneL’imam controversé fréquente toujours «sa» mosquée

De nombreux fidèles tournent le dos au prédicateur radicalisé, dans l’attente de son procès.

par
Vincent Donzé
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Un lundi de février, l’imam et son fils sont allés prier à la mosquée.

Un lundi de février, l’imam et son fils sont allés prier à la mosquée.

lematin.ch/Vincent Donzé
L’imam controversé est dans l’attente de son procès.

L’imam controversé est dans l’attente de son procès.

lematin.ch/Vincent Donzé
Ses prêches lui ont valu une plainte pour incitation à la haine raciale.

Ses prêches lui ont valu une plainte pour incitation à la haine raciale.

Flickr/Islamrat

Un procès attend l’imam libyen Abu Ramadan, prédicateur dans une mosquée biennoise. Selon une enquête de l’hebdomadaire «Biel Bienne», les musulmans pratiquants habitués à prier à la mosquée Ar’Rahman sont nombreux à se distancier de l’imam controversé: «Avec ses prêches, il a fait du mal à toute la communauté et jeté le soupçon sur l’ensemble des fidèles», a indiqué un habitué.

Une dénonciation formulée il y a cinq ans accuse le prédicateur libyen d’avoir tenu des propos haineux envers les Juifs, les Chrétiens et les Chiites. La citation en arabe qui a fait scandale est celle-ci: «Oh, Allah, je vous demande de détruire les ennemis de notre religion, de détruire les Juifs, les Chrétiens, les Hindous, les Russes et les Chiites. Dieu, je vous prie, de les détruire tous et de redonner à l’islam sa gloire antique».

L’imam a affirmé que ses citations en arabe ont été mal traduites: «Je n’ai jamais dit ça. Le traducteur est un menteur», a-t-il déclaré. Accusé d’incitation à la haine raciale, Abu Ramadan continue de fréquenter la mosquée installée dans une ancienne usine du quartier populaire de Madretsch.

Pas de problème

«On n’a pas de problème, on est des gens corrects, on ne vend pas de la drogue», a lancé le fils de l’imam qui a croisé lematin.ch en se rendant à la mosquée, la semaine dernière, avec son père. Les deux hommes disaient vouloir aller prier «normalement, tout tranquillement». À leur arrivée à la mosquée, ils n’ont pas souhaité s’exprimer davantage, préférant s’offusquer d’avoir été photographiés.

«Il y a deux clans: ceux qui soutiennent encore Abu Ramadan et les autres qui le boycottent», a dit un musulman à «Biel Bienne». L’imam autoproclamé ne fait-il que prier? «Il est arrogant et se montre même parfois agressif», dit un pratiquant. «Cet imam est au service de la communauté, toujours prêt à régler un différend», soutenait une musulmane pourtant chargée de déradicaliser les jeunes.

Aide sociale

Les dirigeants de la mosquée Ar’Rahman ont affirmé qu’il n’avait plus le droit d’y prononcer des sermons. De son vrai nom Salah ben Salmen, le prédicateur se voit reprocher d’avoir perçu 600 000 francs d’aide sociale en treize ans, à Nidau, sans aucun effort d’intégration. «Nous ne pouvons pas biffer une aide sociale à un réfugié, même si nous condamnons ses propos», déclarait un responsable.

Ce réfugié politique libyen est retourné à plusieurs reprises dans son pays, clandestinement. Lors de l’enquête, il n’a pas coopéré avec l’autorité pénale: il refusait de répondre aux questions sur ses revenus. En cas de condamnation, il risque de perdre son permis C et d’être expulsé.

Justifier la lapidation

L’an dernier, le journaliste et député bernois Mohamed Hamdaoui (Le Centre) a demandé au gouvernement bernois d’intervenir pour museler le prédicateur. Une enquête du «Matin Dimanche» démontrait alors que l’imam Abu Ramadan continuait de dénigrer les non-musulmans et de justifier la lapidation.

«Combien de prêches contraires à la loi pourra encore prononcer cette personne avant d’être poursuivie et sanctionnée?», demandait le député Mohamed Hamdaoui, révolté par la justification de la lapidation des femmes adultères par un imam qui de surcroît dénigre les mécréants occidentaux.

Faciles à endoctriner

Ce que suggérait Mohamed Hamdaoui, c’est la fermeture d’une mosquée par laquelle est passé Nicolas Blancho, devenu président de l’Association du Conseil central islamique suisse (CCIS). Force est de constater que non seulement la mosquée est toujours ouverte, mais que son pire prédicateur la fréquente toujours.

Ce qui effraie les musulmans modérés, c’est qu’à côté des anciens, la majorité des fidèles sont des jeunes clandestins sans papiers ni travail, faciles à endoctriner. C’est là qu’intervenait Abu Ramadan: à la fin de son sermon, il proposait un soutien en échange de cinq prières. Le début, peut-être, d’un engrenage qui menait à un voyage prétendument humanitaire en Syrie.

Passeport libyen

Entré en Suisse en 1998, Abu Ramadan a obtenu un statut de réfugié trois ans plus tard. Au bénéfice d’un permis C, il est à l’AVS. En 2017, le Secrétariat d’État aux migrations a décidé de «révoquer l’asile et de retirer la qualité de réfugié» au «prétendu imam». Motif: «Il s’est rendu plusieurs fois dans son pays d’origine et serait en possession d’un passeport libyen».

Dans son quartier qui longe une semi-autoroute, Abu Ramadan est mieux connu sous le nom de Mustafa. Le manque d’intégration de l’imam se reflète dans son français rudimentaire et son suisse allemand inexistant, comme lematin.ch a pu le vérifier la semaine dernière. Son salut aux voisins, c’est «Salam Alaykoum». Abu Ramadan s’exprime en arabe, mais ses quatre enfants ont été scolarisés en français, ce qui leur a permis de suivre une formation professionnelle.

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