Broye - L’incendiaire s’excuse mais nie la plupart des faits
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BroyeL’incendiaire s’excuse mais nie la plupart des faits

Le procès d’un homme s’est ouvert hier. Il est accusé d’être l’auteur de 12 feux ayant causé beaucoup de dégâts tant matériels que psychologiques.

par
Frédéric Nejad Toulami

«Étiez-vous conscient des risques que vous avez fait courir à vos voisins cette nuit du mois d’août à Dompierre?» À cette interrogation du président de la Cour pénale de la Broye, hier après-midi à Granges-Paccot (FR), le prévenu a répondu: «Ce que j’ai fait est très grave, et s’il y avait eu des morts, ç’aurait été pire.» Il se tourne même vers les plaignants présents dans la salle afin de s’excuser envers les locataires de son immeuble pour le mal qu’il leur a causé.

Mais l’homme de 25 ans n’admet être l’auteur que du sinistre du 5 août 2017, provoqué par de l’essence et un briquet, qui a ravagé son immeuble. Face aux juges et à la quinzaine de victimes présentes à l’ouverture du procès, parmi les 34 parties civiles, l’accusé met cela sur le compte de l’alcool et de la pression ressentie en raison des accusations qui le visaient même au sein de son entourage. «Je ne savais pas comment m’exprimer alors, et c’est le seul moyen que j’ai trouvé, et je le regrette», a-t-il déclaré. Comme dans son enfance (lire l’encadré ci-dessous)…

Une pathologie depuis son enfance

Selon une expertise psychiatrique, l’accusé a des aptitudes intellectuelles limitées et une tendance pathologique à allumer des feux depuis son enfance; des actes avérés, mais pour lesquels il avait été ­déclaré irresponsable pénalement. L’homme explique qu’il s’exprimait ainsi à l’époque. Le premier expert mandaté par la justice a estimé le risque de récidive modéré. Deux autres experts ont ensuite beaucoup relativisé cette pathologie. Quant à ses troubles mentaux, ils semblent renforcés par sa consommation d’alcool.

Le matin, ce sont des victimes qui ont été entendues par la Cour. La plupart ont perdu des biens matériels dans ces incendies, d’autres leurs chevaux. Toutes ont en commun des séquelles psychologiques près de quatre ans après les faits. «On n’est jamais préparé à de tels événements», décrit le directeur de l’Institut équestre national d’Avenches (VD), ravagé par les flammes. Une femme, trop émue, laisse son mari décrire leur traumatisme. Face à ces témoignages, l’accusé s’est dit triste, mais il a continué à nier être l’auteur de 11 sinistres.

Une froideur apparente et une jovialité inappropriée

«Reconnaissez-vous avoir un problème lié à la maîtrise de vos émotions?» lui demande le président du Tribunal de l’arrondissement de la Broye. «Je ne montre pas mes émotions, je cache tout derrière un sourire», rétorque le jeune homme. Une réalité décrite dans l’expertise psychiatrique par une «froideur apparente et une jovialité inappropriée et non communicative». Admet-il un problème lié au feu? Hésitation… avant d’acquiescer, mais il réfute une fascination.

Quand le magistrat l’interroge aussi sur des témoignages à charge durant l’instruction ainsi que des faits relevés et l’analyse de son téléphone portable, soit la mémoire du prévenu semble faire défaut, soit il réfute. Sa crainte de la police? En raison d’incendies qu’il avait causés par le passé quand il était adolescent. Il redoutait qu’on lui impute ceux de l’été 2017, explique-t-il d’une voix sûre.

Le procès se poursuit ce mercredi 23 juin.

Douze destructions criminelles

Le prévenu avait été arrêté le 5 août 2017 et placé en détention provisoire, à la suite de douze destructions criminelles par le feu, en juillet et août de la même année dans la Broye. Il est aussi poursuivi, outre pour les incendies intentionnels avec mise en danger de la vie d’autrui ou de l’intégrité physique, pour de mauvais traitements infligés à des animaux ayant conduit à leur mort lors des sinistres, ainsi que pour dénonciation calomnieuse et induction de la justice en erreur.

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