28.10.2020 à 14:04

FootballOusmane Doumbia raconte son incroyable renaissance

Ne cherchez plus le joueur le plus heureux de Super League. Il se nomme Ousmane Doumbia et, sept ans après son arrivée en Suisse, il a enfin tapé dans l’œil d'un club de l'élite. Celui du FC Zurich.

von
Florian Vaney
Ousmane Doumbia (au centre) dans les bras d’Aiyegun Tosin pour célébrer sa première victorieuse au FC Zurich.

Ousmane Doumbia (au centre) dans les bras d’Aiyegun Tosin pour célébrer sa première victorieuse au FC Zurich.

Keystone

Ousmane Doumbia n'a jamais douté de ses qualités. Mais des autres, un peu. Il faut dire qu'à force d'écumer les pelouses de Challenge League, l'Ivoirien avait gentiment fini par être associé à un joueur de deuxième division. Malgré lui.

«Ça a toujours été ma crainte. Parfois, ce sentiment remontait en moi, il m'effrayait même un peu. Alors je me remettais au boulot, le seul remède contre ça.»

Parce l'horloge tourne, le demi défensif a déjà 28 ans. Son bagage de 159 matches dans l'antichambre de la Super League, il le considère comme un plus, comme une expérience indissociable du footballeur accompli qu'il est aujourd'hui.

Mais il lui a aussi fait craindre le pire. Celui de ne jamais être pris au sérieux par un club «du haut», de courir vainement derrière son rêve.

«Je savais que si je ne saisissais pas ma chance à Yverdon Sport, c’en était peut-être fini»

Ousmane Doumbia

C'est qu'«Oussou», comme il est surnommé, a déjà vu le train partir sans lui, coincé sur le quai de la gare. Deux fois. La première fois à Servette. Le club où il a atterri à son arrivée en Suisse, alors destiné à retrouver la Super League, finalement relégué administrativement en Promotion League. La deuxième fois à Sion, où son transfert depuis le bout du lac se trouvait à bout touchant ou presque, avant de capoter.

Ce qu’il doit à Anthony Braizat

Alors le petit frère de Seydou a galéré. Il a même personnifié le dicton bien trop usé dans le milieu «Quand tu rates des occasions, tu te fais punir derrière». Aujourd'hui encore, il remercie Anthony Braizat. L'homme qui l'a fait venir trois mois à Yverdon Sport en 2017 pour se relancer, après près d'une année blanche.

«En Promotion League, les étrangers sans le passeport adéquat n'ont pas le droit de jouer plus de trois mois. Je savais que si je ne saisissais pas ma chance à ce moment, c'en était peut-être fini. Anthony aussi. Il était conscient que j'étais là pour six matches, pas un de plus. Et malgré ça, il m'a tendu la main.»

Dans le Nord vaudois, Ousmane Doumbia ne brille pas. Mais ses performances suffisent à conforter Winterthour dans l'idée que le jeune homme possède les qualités pour s'imposer plus haut.

Il signe le 1er janvier suivant. Il s'accroche. Fait partie des nominés de l'équipe type de Challenge League à l'issue de sa première année complète. Sans être retenu. Reçoit le même honneur la saison suivante, en apparaissant cette fois-ci dans le onze d'or final. Consécration méritée, mais symbolique.

«Quel club voudrait d’un joueur qui disparaît une saison sur deux?»

«Quand j'observe ça, je réalise ce que le Ousmane d'aujourd'hui a en plus que celui qui a débarqué en Suisse en 2013: la constance. De toute façon, quel club de Super League voudrait d'un joueur de Challenge League qui disparaît une saison sur deux?»

Certainement pas le FC Zurich, qui n'est pas resté insensible à l'abnégation de l'Ivoirien. Les Zurichois lui avait déjà entrouvert la porte un peu plus tôt cette année. «Ils m'avaient précisé que des places au milieu du terrain pourraient se libérer, et que si cela arrivait, ils compteraient sur moi.» Le 10 octobre, ce jour est arrivé. «La première chose que je me suis dit? Enfin!»

Passés les félicitations de ses proches ainsi qu'un soulagement de rigueur, il restait à ne décevoir personne samedi, à l'occasion de sa grande première, contre Vaduz. «Ça tombait plutôt bien de jouer contre une équipe que j'ai dû affronter une quinzaine de fois ces dernières années, non?», se marre-t-il avec le même sourire qu'il arborait au coup de sifflet final. «Disons que j'ai fait mon petit match. Pour une première, je n'ai pas à me plaindre.»

Nonante minutes de jeu assortie d'une passe décisive, le tout conclu par le premier succès du FC Zurich en championnat depuis le 4 juillet (onze matches sans victoire). Ça aurait pu être pire.

«À vrai dire, je pensais que je souffrirais un peu plus. C'est la preuve que j'étais dans le bon état d'esprit: je ne pensais pas que j'allais me balader, que ce serait facile.» Pour Ousmane Doumbia, rien ne l'a jamais. Alors il savoure.

KEYSTONE

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3 commentaires
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Maxlam

29.10.2020 à 07:15

Merci pour ce joli article. Ça fait toujours du bien de lire des histoires positives

Zizou

28.10.2020 à 15:17

"L'élite"... Ce qu'il ne faut pas lire parfois...