Pérou - L’instituteur Pedro Castillo et Keiko Fujimori en passe d’être au 2nd tour
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PérouL’instituteur Pedro Castillo et Keiko Fujimori en passe d’être au 2nd tour

L’instituteur Pedro Castillo, représentant de la gauche radicale, et la candidate de la droite populiste, Keiko Fujimori, étaient en passe lundi de se qualifier pour le second tour de la présidentielle au Pérou.

L’instituteur Pedro Castillo au bureau de vote le 11 avril 2021.

L’instituteur Pedro Castillo au bureau de vote le 11 avril 2021.

AFP

Après le dépouillement de près de 90% des bulletins de vote par l’office national électoral (ONPE), Pedro Castillo comptabilisait 18,83% des suffrages et Keiko Fujimori 13,21%. La fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) a finalement distancé l’économiste libéral Hernando de Soto (11,97%), un temps en mesure d’accéder au second tour. L’homme d’affaires d’extrême droite Rafael Lopez Aliaga (11,90%) arrive en quatrième position.

Pedro Castillo et Keiko Fujimori devraient s’affronter au second tour prévu le 6 juin. Les résultats officiels après le dépouillement de tous les bulletins et l’épuisement de possibles recours, ne seront toutefois connus que début mai, selon le président du Jury national des élections (JNE).

La course en tête de Pedro Castillo, 51 ans, est une surprise. L’instituteur était sorti de l’anonymat en 2017 à la faveur d’un vaste mouvement de grève des enseignants dont il avait pris la tête. Originaire de la province de Cajmarca (nord) dont il arbore le chapeau blanc traditionnel, Pedro Castillo a enseigné dans une école rurale pendant 24 ans.

«Le combat et la lutte ne font que commencer», a déclaré le candidat du petit parti de la gauche radicale Peru Libre. Il a promis pendant la campagne des changements radicaux «pas des rustines ou des réformes» comme le proposaient, selon lui, les trois autres candidats de gauche.

«Avec Castillo, c’est une gauche anti-establishment, socialement conservatrice, qui rejette l’économie de marché», a analysé pour l’AFP le politologue Carlos Meléndez. «C’est une surprise, personne n’avait prévu cette situation pour ce scrutin, mais il semble que le peuple en a marre des scandales de corruption», a confié à l’AFP Victor Castillo, un habitant de la capitale de 56 ans, au lendemain du vote.

Pots-de-vin

Keiko Fujimori, 45 ans, deux fois finaliste malheureuse à la présidentielle de 2011 et de 2016, partait cette fois dans une position plus inconfortable, en raison justement d’accusations de corruption pesant sur elle. Le parquet a récemment requis 30 ans de prison à son encontre dans le cadre de l’enquête sur le scandale Odebrecht, du nom d’un géant brésilien du BTP, qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants politiques latino-américains. En cas de victoire, la dirigeante du parti Fuerza popular ne sera jugée qu’après son mandat de cinq ans.

Le directeur de l’Institut Ipsos, Alfredo Torres, prédit un «deuxième tour polarisé». «Il y a un sentiment anti-Fujimori dans une partie de la population et de l’anti-communisme dans l’autre», souligne-t-il. Au total, dix-huit candidats étaient en lice pour cette présidentielle où aucun favori n’avait émergé pendant la campagne.

Le scrutin a eu lieu alors que le pays voit s’envoler les records de contaminations et de décès au Covid-19. Pendant la campagne électorale, six candidats à la présidentielle ont contracté la maladie.

Vote obligatoire

Le vote est obligatoire au Pérou sous peine d’amende. De nombreux Péruviens sont allés voter dimanche à contrecœur, préoccupés par les chiffres alarmants de la pandémie qui a déjà fait plus de 54’000 morts pour 33 millions d’habitants.

Outre leur président, les 25 millions d’électeurs étaient appelés à élire les 130 députés du Parlement, à l’origine de nombreuses crises politiques ces dernières années. La dernière, en novembre 2020, a conduit le Pérou, secoué par une instabilité institutionnelle chronique, à avoir trois présidents en une semaine.

Selon les premiers résultats partiels, le Parlement unicaméral s’annonce une fois encore très fragmenté, avec huit partis qui obtiennent entre 6 et 16% des voix. À l’image du scrutin présidentiel, Peru libre et Fuerza popular sont en tête de ces législatives.

Après avoir longtemps connu une croissance supérieure à la moyenne latino-américaine, l’économie péruvienne s’est contractée de 11,12% en 2020, pire chiffre depuis trois décennies. Quatre millions de Péruviens ont perdu leur emploi à cause de la pandémie et cinq millions ont été réduits à la pauvreté, dans laquelle vivent au total un tiers des habitants.

(AFP)

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