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Euro 2020L’Italie avance démasquée

Annoncée séduisante, la Nazionale a prouvé qu’elle avait une approche très aboutie contre la Turquie (3-0) vendredi. Mais quelles sont ses limites?

par
Valentin Schnorhk
(Rome)

Comme l’impression que l’on ne nous avait pas menti. L’Italie a écrabouillé la Turquie pour le match d’ouverture de l’Euro, et on ne peut pas plaider la surprise. Cette Nazionale-là est séduisante. Ce sont désormais plus que des mots. Après cette sèche victoire 3-0, il est évident qu’il y a quelque chose de plus concret derrière. Et pourtant, il y a aussi une marge de progression évidente.

Le programme du groupe A

Le classement du groupe A

À la veille de commencer le tournoi jeudi, Roberto Mancini, le sélectionneur italien, avait adressé une lettre au peuple italien. Le propos, en résumé, était de le récompenser de sa résilience par une sélection joueuse, qui offre du plaisir aux spectateurs. Les paroles s’envolent, les écrits restent, a-t-on coutume de dire. L’engagement qu’ont pris ces Azzurri est réel. Il repose sur des intentions déjà éprouvées qui lui permettent de produire un football ambitieux.

Dans les faits, c’est un jeu de possession que l’Italie propose. Elle veut le ballon, elle l’a donc eu contre des Turcs bien repliés devant leur but. Et elle fait en sorte de le récupérer rapidement quand elle le perd, avec un maillage du terrain efficace, qui n’a laissé que très peu de chance à l’adversaire de repartir en transition (citons simplement ce raid de Ünder juste avant le 1-0, après un coup franc mal joué par l’Italie). Mais au-delà de ça, il y a des circuits qui fonctionnent. Côté gauche, la paire Leonardo Spinazzola (élu homme du match, ce qui rend honneur à sa percussion)-Lorenzo Insigne a causé bien des misères à la Turquie. Les déplacements de Nicolo Barella aussi, notamment en seconde période où il partait d’un peu plus bas.

Cette Italie est aussi celle de la flexibilité tactique. On relance et construit à trois défenseurs, on défend à quatre. Cela induit une volonté de réfléchir aux zones qui sont attaquées, aux espaces qui sont occupés. Autrement dit, Roberto Mancini semble avoir mis en place une sélection qui rappelle le travail qui peut être fait en club. Trois ans à repartir de zéro ou presque (après la non-qualification pour le Mondial 2018) pour arriver à ça: une grande partie du chemin est déjà faite. Il reste maintenant à la concrétiser.

Désormais attendue

Car avec ce net succès, l’Italie ne peut plus se cacher. Elle va être attendue, dès mercredi contre la Suisse – qui serait bien inspirée de battre le Pays de Galles samedi. Au point de pouvoir aller au bout? «Il nous manque seulement six matches pour y arriver, s’est marré Mancini en conférence de presse. La route est longue, avec des équipes très fortes en face. Mais je n’ai pas de doutes sur mon équipe: je sais qu’elle joue bien. Reste que les matches ne se gagnent pas par décret, même ceux qui semblent faciles. Je suis convaincu que nous jouons bien, mais nous pouvons faire encore mieux.»

Il faut par exemple mentionner ce manque de décision dans l’avant-dernier geste. Dans le dernier aussi. Vendredi, à l’Olimpico, on a parfois vu des Italiens tourner autour de la surface, se faire des politesses ou alors tenter leur chance par dépit. Ce n’était pas tout à fait précis. Mais cela revenait à chaque fois et il était bien clair que la stratégie de l’étreinte allait payer. Que Demiral doive inscrire un but contre-son-camp est un symbole d’une Turquie qui a trop subi pour s’en sortir. Cela donne certaines indications: la passivité, le bloc bas ne sont pas des garanties contre cette Italie, toujours capable de trouver une position de tir, même si elle n’est pas idéale.

Mais après un tel match, il y a forcément des interrogations sur cette Nazionale. Elle a beau avoir désormais enchaîné 28 matches sans défaite, que devient-elle lorsqu’on va la chercher? Il faut compter sur la Suisse pour la presser, pour la faire jouer de plus bas. Et pour la forcer à faire des erreurs. Les hommes de Mancini connaissent leur récital. Mais en ont-ils d’autres en réserve, le jour où ça ne marchera pas aussi bien? L’écart entre l’outsider et le favori repose aussi sur ce critère.

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