Actualisé 24.05.2020 à 04:51

Des centaines de manifestants dans le centre de Hong Kong

Asie

Des militants pro-démocratie se sont rassemblés ce dimanche dans le centre de la métropole pour protester contre le projet de loi de la Chine sur la sécurité nationale qu’ils jugent liberticide.

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Donald Trump a annoncé vendredi qu'il souhaitait mettre fin aux exemptions accordées à Hong Kong dans le cadre de sa relation spéciale avec les États-Unis désormais remise en cause. (29 mai 2020)

Donald Trump a annoncé vendredi qu'il souhaitait mettre fin aux exemptions accordées à Hong Kong dans le cadre de sa relation spéciale avec les États-Unis désormais remise en cause. (29 mai 2020)

Keystone
«Mécontent» face à l'intention de Pékin de priver Hong Kong de son autonomie, le président américain a promis mardi une riposte imminente. (26 mai 2020)

«Mécontent» face à l'intention de Pékin de priver Hong Kong de son autonomie, le président américain a promis mardi une riposte imminente. (26 mai 2020)

Keystone
Les manifestants ont scandé des slogans de la mouvance pro-démocratie avant d'être dispersés par les tirs lacrymogènes de la police anti-émeute. (Dimanche 24 mai 2020)

Les manifestants ont scandé des slogans de la mouvance pro-démocratie avant d'être dispersés par les tirs lacrymogènes de la police anti-émeute. (Dimanche 24 mai 2020)

AFP

Des centaines de manifestants ont commencé dimanche après-midi à se réunir dans le centre de Hong Kong pour protester contre le projet de Pékin d'imposer à sa région semi-autonome une loi controversée sur la sécurité, selon des journalistes de l'AFP.

Ils ont scandé des slogans de la mouvance pro-démocratie tandis que la police anti-émeute, déployée en force, a tiré des lacrymogènes pour les disperser.

Les manifestants, dont le rassemblement n'avait pas été autorisé, défilaient entre les quartiers commerçants de Causeway Bay et Wanchai quand les grenades lacrymogènes ont été tirées. Au moins un protestataire a été arrêté.

Descendre dans les rues

La mouvance pro-démocratie hongkongaise a appelé dimanche la population à descendre dans les rues pour dénoncer le projet de Pékin d'imposer à la ville une loi sur la «sécurité nationale», dont beaucoup redoutent qu'elle n'annonce la fin des libertés dans l'ex-colonie britannique.

Le régime communiste a déposé vendredi au Parlement un texte visant à interdire «la trahison, la sécession, la sédition et la subversion» à Hong Kong, en réponse aux manifestations monstres de l'opposition démocratique en 2019.

Des militants pro-démocratie ont multiplié les appels à se rassembler dimanche après-midi dans certains quartiers commerçants de l'île de Hong Kong, cherchant à relancer la spectaculaire contestation qui a ébranlé le territoire semi-autonome de juin à décembre.

«Sans le moindre délai»

La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, déposée au Parlement chinois, devra s'appliquer «sans le moindre délai», a averti dimanche le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, alors même que des milliers de manifestants hongkongais se mesuraient aux forces de l'ordre dans l'ancienne colonie britannique.

«Il est impératif que la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong et son mécanisme de mise en oeuvre s'appliquent sans le moindre délai», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse au siège du Parlement chinois à Pékin. Il a justifié le recours à cette loi par les manifestations qui ont secoué Hong Kong l'an dernier.

«Les actes violents et terroristes continuent à monter et des forces étrangères se sont profondément et illégalement ingérées dans les affaires de Hong Kong», a-t-il estimé, dénonçant «une grave menace pour la prospérité à long terme» du territoire revenu dans le giron de la Chine en 1997.

«De retour»

Bien que confortée par le triomphe des «pro-démocratie» aux scrutins locaux de novembre, cette mobilisation s'est arrêtée au début de l'année en raison des milliers d'arrestations réalisées par la police et, surtout, du fait des restrictions de rassemblement ordonnées pour lutter contre le coronavirus. «Nous sommes de retour! Rendez-vous dans les rues le 24 mai», disait samedi un graffiti sur un mur proche de la station de métro de Kowloon Tong.

Plus de 8300 personnes ont été arrêtées depuis le début de la contestation il y a un an. Environ 200 ont encore été interpellées en marge d'actions de moindre ampleur à l'occasion de la Fête des mères début mai.

Difficile de dire dans quelle mesure l'appel à descendre dans les rues sera suivi dimanche, aucune manifestation n'ayant été autorisée. Et la police a averti qu'elle interviendrait contre tout rassemblement illégal, en vertu notamment des restrictions imposées contre le Covid-19 qui interdisent de se réunir en public à plus de huit personnes.

Policiers déployés

«La police déploiera demain les effectifs nécessaires dans les endroits appropriés, oeuvrera de façon résolue au maintien de l'ordre public et procédera aux interpellations appropriées», ont annoncé samedi les forces de l'ordre dans un communiqué. De multiples unités de la police anti-émeute étaient bien en vue dimanche dans le quartier de Causeway Bay, point de départ possible d'une manifestation.

Mais en raison des interdictions de rassemblements, les «pro-démocratie» pourraient opter pour une multiplication des sites de manifestation plutôt que pour une action d'envergure.

Hong Kong jouit d'une très large autonomie par rapport au reste du pays dirigé par le Parti communiste chinois (PCC), en vertu du concept «Un pays, deux systèmes» qui avait présidé à sa rétrocession par Londres en 1997. Ses habitants bénéficient ainsi de la liberté d'expression, de la liberté de la presse et d'une justice indépendante. Des droits inconnus en Chine continentale.

Passage en force

Ce modèle est censé durer jusqu'en 2047 mais nombre de Hongkongais dénoncent depuis des années des ingérences de plus en plus grandes de Pékin. Et beaucoup voient dans le passage en force de Pékin sur la question de la loi sur la sécurité nationale l'entorse la plus grave à ce jour au principe «Un pays, deux systèmes».

L'article 23 de la «Loi fondamentale», qui sert depuis deux décennies de mini-Constitution au territoire semi-autonome, prévoit que la région se dote elle-même d'une loi sur la sécurité. Mais cette clause n'a jamais été appliquée. Car une grande partie des Hongkongais y voit une menace pour leurs libertés. La dernière tentative de l'exécutif hongkongais de mise en oeuvre de l'article 23, en 2003, avait échoué face à des manifestations monstres.

Les opposants au texte redoutent en particulier une clause qui permettrait aux policiers chinois de mener des enquêtes à Hong Kong avec leurs homologues hongkongais. Beaucoup y voient les prémices d'une répression de toute dissidence sur le territoire.

«Éléments politiques violents»

Maria Tam, spécialiste du droit hongkongais et conseillère spéciale auprès du Parlement chinois, a cependant affirmé samedi que les policiers chinois devraient recueillir le feu vert des autorités hongkongaises pour enquêter. «Je ne crains pas que quelqu'un soit arrêté par un policier (chinois) et ramené en Chine continentale pour enquête ou sanction», a-t-elle affirmé. «Cela n'arrivera pas.»

La cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam, qui est alignée sur Pékin et profondément impopulaire, a défendu la décision de la Chine en jugeant nécessaire de protéger la sécurité nationale et de punir les «éléments politiques violents». Le projet de résolution sera soumis au vote du parlement chinois jeudi, lors de la séance de clôture de l'actuelle session parlementaire. L'issue ne fait aucun doute, l'assemblée étant soumise au PCC.

(AFP)

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