Livres - L’Oliver Twist genevois revit en BD
Publié

LivresL’Oliver Twist genevois revit en BD

Élisabeth Voyame signe son premier album en adaptant «Le roman de Solon», l’histoire vraie d’un pauvre hère dans la Cité de Calvin au XIXe siècle.

par
Michel Pralong
1 / 6
Solon a 15 ans lorsqu’il se fait arrêter pour la première fois, pas encore pour vol.

Solon a 15 ans lorsqu’il se fait arrêter pour la première fois, pas encore pour vol.

Élisabeth Voyame/Antipodes
Élisabeth Voyame fait déambuler ses personnages dans la Genève de l’époque.

Élisabeth Voyame fait déambuler ses personnages dans la Genève de l’époque.

Élisabeth Voyame/Antipodes
Les passages en prison n’aident pas à la socialisation.

Les passages en prison n’aident pas à la socialisation.

Élisabeth Voyame/Antipodes

Ce sont deux parcours plutôt singuliers. D’un côté celui du personnage principal du livre de Martine Ruchat paru en 2008: «Le roman de Solon». Enfant placé, gamin des rues, devenu voleur par nécessité, puis par métier, Marc Solon traverse sa vie (1840-1896) en allant de prison genevoise en prison genevoise, se faisant à chaque fois arrêter à peine ressorti. Martine Ruchat avait fait de nombreuses recherches historiques pour retracer le parcours de ce personnage ayant réellement existé.

Aujourd’hui, ce livre est adapté par Élisabeth Voyame qui signe là sa première BD, à passé 50 ans, elle qui a une carrière d’historienne de l’art et d’enseignante de français langue étrangère. Il faut oser se lancer dans pareille aventure, mais son coup d’essai est réussi. Elle a su mettre en scène ce livre, découper la vie de Solon, lui donner des traits, nous faire voir la Genève du XIXe siècle et, tout simplement, nous tenir en haleine page après page.

École d’illustration milanaise

«Le dessin a toujours été là dans ma vie, nous explique-t-elle. Dès mes 4-5 ans. On m’encourageait. Mais avec mes études, j’ai laissé le dessin de côté, parce qu’on disait qu’on n’en vivait pas, et je l’ai toujours regretté». Elle y retouchera à 25 ans, à Milan, où elle se rend pour son sujet de mémoire et suivra une école d’illustration. Mais encore une fois, elle ne poursuivra pas dans cette voie. Jusqu’à il y a quelques années où, au hasard d’une rencontre, les éditions Antipode lui proposent d’illustrer un ouvrage. Le projet tombera à l’eau, mais les éditions lui proposent alors d’adapter «Solon» en BD.

«J’ai lu le livre et j’ai dit oui, bien sûr, je me lance. Je crois que j’aurais été prête à y aller pour tout ouvrage qui m’intéressait, mais pour mon premier travail j’ai eu de la chance et été très touchée que l’on me confie un livre aussi beau». Élisabeth Voyame se jette donc à l’eau, elle qui, elle l’avoue, ne connaissait rien à la BD. «J’avais lu quelques «Boule et Bill», mais ce monde m’était étranger. Une fois ce travail confié, je suis retourné feuilleter d’autres albums, en librairie».

Du «Roman de Solon», qui se veut aussi un ouvrage historique et sociologique, elle se concentre sur la biographie du personnage, lui donne les traits qu’elle lui imagine. Elle s’appuie sur des recherches iconographiques pour dessiner le Genève d’alors, les costumes. Elle progresse de quatre pages en quatre pages, pour un livre qui en comptera 200, et montre le résultat tous les deux trois chapitres finis à l’éditeur et à Martine Ruchat, qui l’encouragent. «J’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à faire cet ouvrage».

Pas de happy end

Le lecteur aussi, prend plaisir à le lire. Il y a l’histoire, déjà, forte. Solon, c’est un peu l’Oliver Twist de Dickens: l’enfant laissé à lui-même, qui doit survivre dans la rue, voler pour cela. Mais contrairement au héros anglais, le petit Genevois n’aura pas la chance d’être recueilli par une famille riche. Genève n’est alors guère tolérant envers ces gamins des rues, ces jeunes délinquants. On lui apprend toutefois le métier de cordonnier en prison, qu’on lui laissera exercer à sa prochaine sortie. Mais cette fois, Solon trébuchera seul, plongera dans l’alcool et retrouvera ses mauvaises pratiques. Une sombre litanie qui durera presque jusqu’à la fin de sa vie.

Dessinée à l’encre de Chine et au petit Rotring, la BD prend des allures de gravures de l’époque, qui collent bien au récit. Élisabeth Voyame avoue qu’elle aimerait beaucoup continuer dans cette voie, illustrer le livre d’un autre, ou faire une BD sur son propre scénario. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Grâce à Solon, qui n’est jamais parvenu à changer de vie, Élisabeth Voyame en a peut-être trouvé une nouvelle.

«Solon», par Élisabeth Voyame d’après Martine Ruchat, Éd. Antipodes, 206 pages

«Solon», par Élisabeth Voyame d’après Martine Ruchat, Éd. Antipodes, 206 pages

Votre opinion