L’OMS veut renommer la variole du singe, trop discriminante
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ÉpidémieL’OMS veut renommer la variole du singe, trop discriminante

La dénomination du virus qui circule actuellement dans le monde est jugée stigmatisante pour l’Afrique, outre qu’elle est fausse.

par
Michel Pralong
La variole du singe, ou Monkeypox en anglais (MPXV) fait référence à un virus venu d’Afrique et transmis par le singe, ce qui n’est pas le cas de l’épidémie actuelle.

La variole du singe, ou Monkeypox en anglais (MPXV) fait référence à un virus venu d’Afrique et transmis par le singe, ce qui n’est pas le cas de l’épidémie actuelle.

Getty Images/iStockphoto

En l’appelant variole du singe et en rappelant qu’il s’agissait d’une maladie que l’on trouvait généralement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, la désignation de l’épidémie actuelle n’est pas conforme. Pire, selon l’appel lancé par 30 scientifiques internationaux, «la référence et la nomenclature continues de ce virus comme étant africain sont également discriminatoires et stigmatisantes. La manifestation la plus évidente en est l’utilisation de photos de patients africains pour décrire les lésions de la variole dans les médias grand public du Nord».

L’OMS a entendu cette réclamation et va proposer le plus rapidement possible de nouveaux noms pour le virus, ses souches et la maladie qu’il provoque. L’appellation variole du singe, associée à l’Afrique ne correspond pas en effet aux directives de l’OMS qui recommandent d’éviter les régions géographiques et les noms d’animaux. On avait déjà vécu cela avec les variants du coronavirus, d’abord nommés d’après les pays où ils avaient été détectés avant d’être renommés selon l’alphabet grec.

Une transmission interhumaine

Avec la variole du singe, l’appellation est d’autant plus maladroite qu’elle est fausse. Contrairement aux épidémies recensées périodiquement depuis les années 1970 en Afrique, celle qui affecte désormais le monde entier ne semble pas forcément avoir de lien direct avec le continent africain. «Bien que l’origine de la nouvelle épidémie mondiale de MPXV soit encore inconnue, il est de plus en plus évident que le scénario le plus probable est que la transmission humaine cryptique à travers le continent dure depuis plus longtemps qu’on ne le pensait. Cependant, il y a un récit croissant dans les médias et parmi de nombreux scientifiques qui tentent de lier l’épidémie mondiale actuelle à l’Afrique ou à l’Afrique de l’Ouest, ou au Nigeria», expliquent les scientifiques dans leur appel.

De plus, lors des précédentes épidémies, la transmission était le plus souvent faite d’animaux (rongeurs, écureuils et primates non humains) à humains et rarement interhumaine. Or, ce n’est plus le cas maintenant, l’épidémie actuelle se transmet essentiellement par contacts étroits entre humains.

Des chiffres et des lettres

La variole du singe est abrégée MPXV (MP pour Monkeypox, le nom en anglais), les scientifiques proposent de nommer les différentes souches non plus par leur origine (Afrique de l’Ouest) mais par des chiffres, MPXV1, par exemple. Mais l’épidémie actuelle, interhumaine, se distingue des autres, donc les scientifiques proposent de la différencier en la nommant hMPXV. Mais il faudrait encore y ajouter des lettres et des chiffres pour montrer les lignées distinctes, puisqu’en fait, il y a déjà eu des épidémies interhumaines entre 2017 et 2019, ce qui implique, selon leur logique, que l’actuelle s’appellerait en fait hMPXVB.1.

Le coronavirus de Wuhan étant devenu le Covid-19, nom auquel le monde entier s’est habitué, reste à voir quelle appellation exacte choisir l’OMS. Reste que c’est le Comité international de taxonomie des virus (ICTV) qui devra valider ce nom.

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