Royaume-Uni: Londres élit son premier maire musulman
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Royaume-UniLondres élit son premier maire musulman

Le travailliste Sadiq Khan veut être «le maire de tous les Londoniens».

Sadiq Khan.

Sadiq Khan.

AFP

Le député Sadiq Khan, membre de l'opposition travailliste, a été élu maire de Londres, selon le résultat définitif annoncé officiellement dans la nuit de vendredi à samedi, devenant le premier maire musulman d'une grande capitale occidentale.

Fils d'un immigré pakistanais conducteur d'autobus, Sadiq Khan a obtenu 1'310'143 voix contre 994'614 voix pour son principal rival, le conservateur Zac Goldsmith, fils du milliardaire Jimmy Goldsmith.

Au terme d'une campagne âpre, voire calomnieuse, où il s'est vu accusé par son principal adversaire de liens avec des extrémistes islamistes, Sadiq Khan, ancien avocat des droits de l'Homme âgé de 45 ans, a promis, lors de son premier discours après l'annonce officielle de son élection, d'être «le maire de tous les Londoniens».

«L'unité plutôt que la division»

«Cette élection ne s'est pas passée sans polémiques, et je suis fier de voir que Londres a choisi aujourd'hui l'espoir plutôt que la peur, l'unité plutôt que la division», a-t-il déclaré après l'annonce des résultats au City Hall, l'hôtel de ville de la capitale, sous les applaudissements et les acclamations de ses sympathisants.

«J'espère que nous ne serons plus confrontés à un choix si difficile. La peur ne nous apporte pas plus de sécurité, elle ne nous rend que plus faibles, et la politique de la peur n'est tout simplement pas la bienvenue dans notre ville», a-t-il ajouté.

Au moment où Sadiq Khan exprimait, le candidat du parti d'extrême droite Britain First, Paul Golding, qui était aligné derrière lui avec les autres candidats, lui a tourné le dos.

Félicitations de Jeremy Corbyn

«Félicitations @SadiqKhan. Je suis impatient de travailler avec toi pour faire de Londres une ville équitable pour tous!», a déclaré sur Twitter le chef du Labour, Jeremy Corbyn.

Le député de Tooting, un quartier populaire du sud de Londres, succède à l'excentrique conservateur Boris Johnson, un partisan d'une sortie de l'Union européenne à qui l'on prête l'ambition de devenir Premier ministre.

Ancien avocat au tempérament énergique, ancien ministre, père de deux filles, Sadiq Khan a promis de répondre aux problèmes les plus criants de la capitale, dont la population a augmenté de 900'0000 habitants en huit ans pour atteindre 8,6 millions: logements inabordables, transports saturés et pollution.

Félicitations internationales

Sadiq Khan a toujours conservé son avance malgré les accusations lancées par Zac Goldsmith selon lesquelles le travailliste était proche de prêcheurs radicaux et qu'il fournissait de «l'oxygène» aux extrémistes. Pour sa défense, il a expliqué qu'il avait combattu l'extrémisme toute sa vie et qu'il regrettait d'avoir partagé des tribunes avec des orateurs porteurs d'opinions «abjectes».

A l'étranger, les maires de grandes villes l'ont félicité pour son élection, exprimant le souhait de travailler au plus vite avec lui. La maire de Paris Anne Hidalgo s'est ainsi déclarée «Convaincue que son humanisme & son progressisme bénéficieront aux Londoniens!»

Son homologue new-yorkais Bill de Blasio a également félicité le nouvel élu sur Twitter.

Victoire en demi-teinte pour le SNP en Ecosse

En Ecosse, le parti indépendantiste (SNP) s'est offert une victoire en demi-teinte en décrochant 63 sièges sur les 129 du parlement régional, soit moins bien que les 69 obtenus en 2011.

Le SNP ne sera pas donc en mesure de former un gouvernement majoritaire face aux conservateurs qui engrangent 16 sièges de mieux qu'en 2011, avec 31 élus.

Ce léger recul pourrait refroidir les revendications indépendantistes du SNP, à moins que le Royaume-Uni ne vote pour une sortie de l'Union européenne lors du référendum sur cette question le 23 juin.

Jeremy Corbyn remis en cause

S'exprimant à ce propos, la dirigeante du SNP, Nicola Sturgeon, a déclaré que son parti «plaiderait toujours sa cause avec passion, mais aussi patience et respect», soulignant que son objectif était de «persuader et pas de diviser».

Le Labour écossais perd 13 sièges, à 24 élus. Les travaillistes s'en sortent mieux au Pays de Galles, en décrochant 29 sièges sur 60, un résultat suffisant pour se maintenir au pouvoir.

Le Labour ne semble pas avoir fait «aussi bien qu'il aurait dû un an après les élections» législatives de mai 2015, soulignait Iain Begg, de la LSE. Le parti anti-UE et anti-immigration Ukip a obtenu, lui, son premier siège à l'assemblée écossaise et deux à Londres.

Le bilan de ces élections sera étudié de près par une fraction du parti travailliste, qui cherche une occasion de remettre en cause l'autorité de Jeremy Corbyn, n'ayant pas digéré son élection à la tête du parti en septembre et l'estimant incapable de mener les travaillistes à la victoire aux élections législatives de 2020.

Le quartier de Tooting fier de son nouveau maire

«Sadiq Khan zinda baad!» (Bravo Sadiq Khan!), crient de joie, et en ourdou, quelques clients et employés d'un modeste restaurant du quartier bigarré de Tooting, où le futur maire de Londres, d'origine pakistanaise, a ses habitudes.

«Nous sommes heureux et fiers», clame Malik Ahmed, 32 ans, employé du «Lahore Karahi» devant des tables en enfilade. «Sadiq Khan était ici avec sa famille mercredi encore. C'est un homme formidable, et il a aidé beaucoup de gens du quartier», assure-t-il.

Cette fierté inondait la circonscription du député Sadiq Kahn, fils d'un chauffeur de bus, dont le parti travailliste a revendiqué la victoire à la mairie de Londres vendredi en fin de journée. Dans ce quartier, musulmans en tenue traditionnelle côtoient des hipsters, ouvriers et employés rentrant du travail.

(ats)

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