Hippisme - Londres et Rio sont derrière, à Tokyo ce sera différent
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HippismeLondres et Rio sont derrière, à Tokyo ce sera différent

Pour Steve Guerdat, champion olympique de 2012, et les autres cavaliers, le règlement a changé depuis les derniers Jeux, pas forcément dans le bon sens.

par
Christian Maillard
Steve Guerdat va tout faire pour répéter ce geste au Japon, mais ce sera plus compliqué.

Steve Guerdat va tout faire pour répéter ce geste au Japon, mais ce sera plus compliqué.

YVAIN GENEVAY

Même si on ne refait pas l’Histoire et qu’on ne le saura jamais, Steve Guerdat serait-il devenu champion olympique à Londres avec le règlement actuel? Il y a neuf ans, Nino des Buissonnets volait à tel point qu’il aurait certainement emmené son cavalier Jurassien sur le Toit du Monde peu importe le terrain, la température et le mode de qualification. Toujours est-il qu’à Tokyo avec le nouveau format adopté les conditions seront bien différentes qu’en Angleterre et qu’à Rio cinq ans auparavant. Au grand dam des cavaliers…

Tout d’abord, contrairement aux autres JO, les délégations ne pourront plus voyager avec un cinquième couple de réserve qui permettait sur place de favoriser les montures les plus en forme ou de les remplacer s’il y avait un souci vétérinaire, une blessure ou une maladie. Cette fois-ci, pour le saut d’obstacles, il n’y aura que trois participants autorisés, que ce soit dans l’épreuve individuelle ou par équipe. Ce qui signifie que le quatrième larron pourrait très bien effectuer ce long voyage au Japon pour rien.

«Pour moi, il y a un côté stratégique qui entre en ligne de compte»

Michel Sorg, sélectionneur de l’équipe de Suisse de saut d’obstacles

«Pour moi, renchérit Michel Sorg, sélectionneur de l’équipe de Suisse de saut d’obstacles, il y a toutefois un côté stratégique qui entre en ligne de compte. On peut très bien aligner ce quatrième et enlever un couple en fonction de ce qu’on ressent deux heures avant l’épreuve. Cela signifie qu’on peut parfaitement changer aussi après l’individuelle pour la compétition par équipe et même encore entre les deux manches de cette épreuve par nations. Du coup, on décidera sur place qui fait quoi.» Comme un coup de poker?

Michel Sorg décidera à Tokyo quels cavaliers seront au départ de l’épreuve individuelle et celle par équipe.

Michel Sorg décidera à Tokyo quels cavaliers seront au départ de l’épreuve individuelle et celle par équipe.

GEORGES CABRERA

Autre aberration: celle de commencer, le 3 août, non pas par l’épreuve par équipe mais par l’individuelle, avec une (seule) manche de qualification avec barrage - et plus trois comme par le passé - afin de sélectionner parmi les vingt nations invitées et 75 concurrents au départ, les 30 meilleurs pour la finale du lendemain, également sur un unique parcours.

«Avec trois cavaliers uniquement et aucun score à biffer, si l’un d’eux est moins en forme, il n’y a aucun joker et c’est terminé»

Michel Sorg, sélectionneur de l’équipe suisse de saut d’obstacles

«Avec trois cavaliers uniquement et aucun score à biffer, si l’un d’eux est moins en forme, il n’y a aucun joker et c’est terminé, reconnaît Michel Sorg. Et comme les scores repartent complètement à zéro pour cette finale par équipe, c’est comme si la qualification navait pas de valeur. À vrai dire, tu peux te qualifier avec 16 points et devenir champion!» Vous avez dit bizarre?

Et Alban Poudret, directeur sportif du concours hippique de Genève et rédacteur en chef du Cavalier romand, de sauter à son tour sur l’obstacle: «Quand l’épreuve par équipe se déroulait avant l’individuelle, il y avait une première manche pas trop compliquée avant de monter progressivement en puissance. Cela permettait de sélectionner vraiment les trente meilleurs pour la finale individuelle sur deux parcours différents. Là il n’y en aura qu’un seul, pas difficile avec un temps impossible à faire pour qu’il n’y ait pas 15 barragistes.»

«Là, il suffira d’un bruit d’un avion ou dans le public ou d’un obstacle effrayant pour que cette épreuve, sur un unique tracé, se transforme en loterie. Cela n’a plus rien à voir avec un vrai championnat sélectif»

Alban Poudret, directeur sportif du concours hippique de Genève

Ce n’était pas le cas à Rio ou à Londres où après les deux passages par équipe plus une manche qualificative avant la finale, il était possible de mieux gérer. «Là, il suffira d’un bruit d’un avion ou dans le public ou d’un obstacle effrayant pour que cette épreuve, sur un unique tracé, se transforme en loterie. Cela n’a plus rien à voir avec un vrai championnat sélectif», s’insurge celui qui est aussi consultant sur la RTS.

Si, pour Michel Sorg, «le champion olympique aura mérité son titre», il préférait lui aussi l’ancien système. «Je ne suis pas très convaincu par celui-ci et où l’individuelle est placé avant l’épreuve par équipe, mais on fera les comptes après les Jeux. Je ne suis pas certain non plus que cela amène plus de suspense en faisant comme cela. À mon avis, dans l’épreuve par équipe, il y avait plus d’intérêt à biffer un résultat car si vous commencez par un douze point, vous pouvez déjà oublier.»

«C’est comme si un match de tennis se jouait en un seul set ou un match de hockey sur un tiers. On est moyennement emballé»

Michel Sorg, sélectionneur de l’équipe de Suisse de saut d’obstacles
Martin Fuchs est prêt à décoller pour Tokyo avec des ambitions. Même si lui non plus n’est pas très favorable à ces changements.

Martin Fuchs est prêt à décoller pour Tokyo avec des ambitions. Même si lui non plus n’est pas très favorable à ces changements.

AFP

À l’image de Steve Guerdat, Bryan Balsiger ou de Martin Fuchs, les cavaliers ne sont pas non plus favorables à ce changement. «Mais on n’a pas le choix, on va devoir composer avec, poursuit le sélectionneur suisse. Notre but reste identique: celui de cumuler des sans-fautes. Maintenant, sportivement, c’est comme si un match de tennis se jouait en un seul set ou un match de hockey sur un tiers. On est moyennement emballé. Mais c’est la même chose pour tout le monde, on est tous dans le même navire et s’il faut changer quelque chose on en parlera ensemble plus tard.»

Les chevaux décolleront pour Tokyo de Liège avec une escale à Doha, dans la nuit du 24 au 25 juillet alors que les cavaliers et la délégation suisse suivront le 26 avec un vol direct depuis Zurich. Où Steve Guerdat est bien décidé à réécrire l’Histoire

Les chevaux seront-ils aussi testés?

Question d’un béotien: les chevaux vont-ils devoir effectuer un test Covid en arrivant au Japon? Réponse de Michel Sorg, chef d’équipe des cavaliers suisses: «Non, mais en revanche des contrôles vétérinaires avec des examens sanguins vont être effectués avant le départ où les chevaux vont être mis en quarantaine une semaine avant de décoller à Aix-la-Chapelle. Ensuite, il s’agira de remplir des documents pour certifier qu’ils ne sont pas porteurs d’un virus quelconque. Il s’agira également de faire en sorte qu’ils ne soient pas en contact avec d’autres chevaux. Quant aux employés de l’écurie, ils devront changer d’habit à chaque fois qu’ils franchissent la porte pour ne pas amener quelque chose de l’extérieur.»

Les mesures sont toutes aussi strictes pour Steve Guerdat, Martin Fuchs, Bryan Balsiger, Beat Mändli et les gens de l’entourage. «On va tous devoir procéder à un test 72 heures avant de partir et ensuite encore un autre à notre arrivée et tous les jours même si on est tous vaccinés», lâche encore celui qui est sous-directeur du CHI.

Et, comme le précise également Alban Poudret, «comme il fera très chaud et très humide, il se pourrait qu’un cheval ne soit pas au top le jour J ou avant de monter dans l’avion, du coup il est encore possible en dernière minute, de choisir un cinquième qui aura été mis en quarantaine avant le départ

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