03.04.2017 à 06:58

MédiasLondres s'attaque aux «nouvelles bidons»

Une commission parlementaire britannique est chargée de trouver un moyen pour contenir le phénomène au Royaume-Uni.

«J'encourage les gens à considérer les infos bidon comme un divertissement, je leur apprend que c'est quelque chose qu'il faut analyser avant de le partager», explique l'un des principaux rédacteurs du site ouvertement parodique The Southend News Network. (Dimanche 2 avril 2017)

«J'encourage les gens à considérer les infos bidon comme un divertissement, je leur apprend que c'est quelque chose qu'il faut analyser avant de le partager», explique l'un des principaux rédacteurs du site ouvertement parodique The Southend News Network. (Dimanche 2 avril 2017)

AFP

Le développement des «nouvelles bidons» constitue «une menace pour la démocratie», selon Damian Collins. Ce dernier est à la tête d'une commission parlementaire chargée de trouver des solutions pour contenir le phénomène au Royaume-Uni.

Les «nouvelles bidons» n'ont rien de nouveau, mais ont pris une ampleur sans précédent ces derniers temps en raison des réseaux sociaux, constate Damian Collins.

Or elles constituent «une menace pour la démocratie (...) quand des gens les utilisent délibérément sur les réseaux sociaux au sujet d'une élection», dit-il. Le référendum sur la sortie de l'Union européenne en juin 2016 au Royaume-Uni a été l'occasion de découvrir leur poids, tout comme l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis.

Des mesures contre les sites

Les députés britanniques ont décidé de réagir en mettant en place en janvier une commission qui doit déterminer quelles mesures prendre contre les sites internet qui relaient ces informations bidons, y compris les bloquer ou y interdire la publicité.

L'idée est aussi de convaincre les entreprises de haute technologie de se saisir du problème, comme elles l'ont fait avec le partage de contenus illégaux ou le harcèlement en ligne, ajoute Damian Collins, qui la préside. Regrettant que cela ait été à chaque fois «sous la contrainte, et avec réticence».

Dans les écoles de journalisme britanniques, on essaie aussi de réagir en formant les nouvelles générations de journalistes aptes à gérer et trier au mieux le flot d'informations qui transite sur la Toile.

Il faut «une pensée éditoriale différente» face aux nouveaux outils disponibles, dit James Rodgers, maître de conférence à la City University de Londres, qui dispense l'un des enseignements en journalisme les plus prestigieux du pays. Mais le spécialiste des «nouvelles bidons», ancien journaliste à la BBC et Reuters, estime que le changement viendra aussi des utilisateurs des réseaux sociaux, à mesure qu'ils auront apprivoisé ces outils.

«Un divertissement»

De l'autre côté du miroir, un fabricant de fausses nouvelles table aussi sur l'apprentissage des utilisateurs. Et estime qu'avec son activité, il y contribue.

«J'encourage les gens à considérer les infos bidons comme un divertissement, je leur apprends que c'est quelque chose qu'il faut analyser avant de le partager», dit le trentenaire londonien, qui est l'un des principaux rédacteurs du site ouvertement parodique The Southend News Network.

Le jeune homme, qui préfère garder l'anonymat en raison de menaces reçues, explique que la meilleure recette pour qu'une information devienne virale est de faire primer l'émotion sur la réflexion. «Une nouvelle bidon qui a du succès fait toujours appel à la colère et aux peurs des gens», dit-il, soulignant que le référendum sur le Brexit avait été une période particulièrement faste. «C'est un sujet tellement sensible, les gens foncent la tête la première», dit-il.

Une histoire affirmant que l'ancien Premier ministre David Cameron avait déclaré à des clients d'un supermarché qu'il ne respecterait pas le résultat du référendum si c'était oui pour la sortie a été vue plus de 400'000 fois et l'a particulièrement marqué. «Les gens s'indignaient, disant 'Je savais qu'il ferait ça!'. Ils lisaient juste le titre et le premier paragraphe et le partageaient sans réfléchir».

(ats)

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