Royaume-Uni - Londres veut centraliser un rail fragmenté, un projet qui divise
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Royaume-UniLondres veut centraliser un rail fragmenté, un projet qui divise

Le gouvernement britannique veut améliorer les réservations et les tarifs dans le transport ferroviaire sans remettre en cause la privatisation du secteur.

Image d’illustration.

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Le gouvernement britannique présente jeudi sa très attendue réforme du rail censée mettre fin aux nombreux dysfonctionnements du secteur, en centralisant les réservations et la tarification sans revenir sur les privatisations des années 90, mais son projet divise. L’Etat, qui restera propriétaire des infrastructures et des lignes elles-mêmes, veut mettre fin à la «fragmentation» des lignes dont l’exploitation est elle pour l’heure assurée par une myriade d’opérateurs dont la SNCF.

Le plan pour le rail Williams-Shapps préconise de créer une instance publique unique, la Great British Railways, qui aura la responsabilité des lignes et permettra de simplifier et moderniser la tarification, a dévoilé le gouvernement dans un communiqué dans la nuit de mercredi à jeudi. Toutes les réservations seront centralisées sur un site internet unique, et les nouveaux contrats de sous-traitants seront «focalisés sur la ponctualité et l’amélioration de l’efficacité».

La stratégie préconisée entend assurer un avenir «financièrement durable» pour le secteur durement touché par la pandémie, qui a annihilé le trafic à cause des confinements et restrictions à l’activité. Le rapport explique que l’agence publique Great British Railways «intègrera» les différentes lignes, collectera les paiements, établira les horaires et la tarification» afin de «rationaliser» un système éclaté.

«Colmatage»

Le rapport prévoit toutefois de conserver «un rôle substantiel (...) pour le secteur privé» car Great British Railways passera des contrats avec des partenaires privés pour faire rouler les trains, un modèle déjà utilisé notamment par Transport for London, l’équivalent britannique de la RATP. «Je suis un fervent défenseur du rail mais pendant trop longtemps les passagers n’ont pas eu le niveau de service qu’ils méritent», a commenté le Premier ministre Boris Johnson, cité dans un communiqué.

Le ministre des Transports Grant Shapps a pour sa part estimé que la compagnie Great British Railways (GBR) «marquera l’avènement d’une nouvelle ère dans l’histoire des lignes de chemins de fer» britanniques. Interrogé jeudi sur la chaîne de télévision Sky News, le ministre conservateur a estimé que le système actuel est «trop compliqué» mais qu’il ne veut pas revenir au temps du rail nationalisé non plus: «nous avions un nombre de passagers en baisse et des stations qui fermaient».

«Le secteur privé gèrera les concessions, les trains, mais sera payé pour que ces trains arrivent à l’heure, les garder propres, et une seule organisation vous vendra les tickets et gèrera les horaires», a-t-il détaillé. Il présentera sa réforme au Parlement britannique dans la matinée. GBR ne sera pas opérationnelle avant 2023 même si certains points de réforme vont entrer en vigueur dès cet été, à l’instar des tickets saisonniers flexibles.

Manuel Cortes, secrétaire général du syndicat d’employés des transports TSSA, a qualifié le rapport de «colmatage», estimant qu’»un modèle fondé sur des contrats d'exploitation se traduira par une fuite des fonds provenant des passagers et des contribuables sous forme de dividendes pour les actionnaires». Les problèmes du rail, ancien fleuron britannique à l’origine de la révolution industrielle, durent depuis des années et en janvier 2020, Boris Johnson avait annoncé la nationalisation de lignes dans le nord de l’Angleterre avant de prendre le contrôle effectif temporaire de toutes les lignes du fait de la pandémie.

Réactions mitigées

Les résultats de la privatisation sont très controversés. Les travaillistes, qui ont milité en 2019 pour la nationalisation du secteur, et les syndicats mettent en avant les surcoûts, retards et inefficacités liés au découpage de l’exploitation. Les Chambres de commerce britanniques (BCC) saluent la «reconnaissance du besoin d’investissements provenant du secteur privé» tout en appelant à donner des services «fiables qui leur donnent confiance pour voyager par rail, avec des tarifs flexibles et plus abordables».

Richard Wellings, directeur pour les transports au centre de réflexion pro-libre-échange Institute of Economic Affairs, estime que la «nouvelle structure du secteur va conserver un fort degré de complexité et de fragmentation, ce qui laissera les coûts élevés pour les contribuables, tout en limitant les bénéfices de la concurrence». Cette organisation libérale prône une privatisation plus totale, incluant les lignes elles-mêmes, avec la fermeture de celles qui ne sont pas rentables.

(AFP)

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