Sciences: Longue vie aux poissons moches
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SciencesLongue vie aux poissons moches

Une étude française classe 116 poissons tropicaux selon leur beauté. Mais l'intérêt de la démarche se cache à la fin du classement.

par
Renaud Michiels
Le rémora est plutôt perçu comme un poisson moche. Mais son intérêt écologique est indiscutable.

Le rémora est plutôt perçu comme un poisson moche. Mais son intérêt écologique est indiscutable.

Wikipédia/Flickr/Richard Ling

Le Centre national de la recherche scientifique français (CNRS) a organisé une sorte de concours de beauté pour poissons. 116 espèces de récifs coralliens ont été sélectionnées. Et 8000 sondés devaient juger leur beauté sur photo. Les résultats viennent d’être publiés dans la revue Scientific Reports. Et alors, qui a été élu Mister Poisson Tropical? Voici le podium.

Troisième, le poisson-lime à taches orange:

Second, le zancle cornu:

And the winner is… le poisson-ange à demi-cercles:

Conclusion: les Apollons des mers sont élégants et colorés. Et c’est tout? Non, évidemment. Après avoir fait jauger les qualités esthétiques des 116 espèces, les chercheurs ont quantifié leur intérêt écologique. Or le résultat est sans appel: «les poissons de récifs coralliens les moins attractifs ont une richesse fonctionnelle beaucoup plus élevée que les espèces les plus attrayantes», tranche l’étude. Tandis que les jolis poissons paradent, les moches bossent et ils sont plus utiles à notre planète.

Concrètement, «Le Parisien» donne quelques exemples de poissons disgracieux mais extrêmement utiles. Grâce à son bel appétit, la caranque régule les populations de poissons et de crustacés. Le rémora, lui, se colle sur le ventre de gros poissons. Et il débarrasse par exemple les requins des minuscules crustacés parasites qui squattent sa peau. Quant aux nasiques, comme vous pouvez le voir ci-dessous, ils ont un physique louche. Mais ils avalent des algues qui pourraient tuer les coraux si elles pullulaient.

«Il est urgent d’attirer l’attention des scientifiques et du grand public sur des espèces moins attrayantes afin de mieux apprécier et protéger les espèces qui soutiennent de manière cruciale la diversité fonctionnelle dans les écosystèmes menacés», souligne l’étude.

Des recherches précédentes ont démontré que l’homme protège davantage les espèces qu’il aime ou admire. Les chercheurs indiquent avec ce palmarès des poissons jolis ou vilains qu’il faut se méfier de ce biais esthétique. D’autant qu’en plus de mieux protéger les belles bêtes, nous les étudions aussi davantage. On en sait par exemple bien plus sur le tigre que sur le ver de terre… Alors il est grand temps de réhabiliter les moches.

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