Aide humanitaire - L’ONU veut élargir l’accès humanitaire transfrontalier en Syrie
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Aide humanitaireL’ONU veut élargir l’accès humanitaire transfrontalier en Syrie

En vigueur depuis 2014, l’autorisation transfrontalière a été drastiquement réduite l’an dernier à un seul point d’entrée, à Bab al-Hawa, via la Turquie.

L’arrêt de l’aide transfrontalière aurait des «conséquences humanitaires catastrophiques», selon l’ONG Amnesty International.

L’arrêt de l’aide transfrontalière aurait des «conséquences humanitaires catastrophiques», selon l’ONG Amnesty International.

AFP

L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a ajouté vendredi sa voix aux appels à maintenir et même élargir l’autorisation transfrontalière permettant d’acheminer de l’aide humanitaire aux Syriens sans l’aval de Damas, combattue par Moscou et vue comme un test d’une possible nouvelle relation russo-américaine.

«Les civils de tout le pays ont désespérément besoin d’une aide vitale et pour renforcer leur résilience. Il est absolument crucial de maintenir et d’étendre l’accès via les opérations transfrontalières et les lignes de front», a-t-il affirmé au Conseil de sécurité. «Une réponse transfrontalière à grande échelle est essentielle pendant 12 mois supplémentaires pour sauver des vies», a insisté l’émissaire.

En vigueur depuis 2014, l’autorisation transfrontalière a été drastiquement réduite l’an dernier à un seul point d’entrée, à Bab al-Hawa (nord-ouest), via la Turquie. Elle expire le 10 juillet. Les pays responsables du dossier à l’ONU, l’Irlande et la Norvège, deux membres non permanents du Conseil de sécurité, ont remis vendredi un projet de résolution à leurs 13 partenaires du Conseil de sécurité, qu’a pu obtenir aussi l’AFP.

Rare critique américaine

Prenant en compte l’augmentation des besoins humanitaires dans le nord-ouest et le nord-est de la Syrie, ils demandent le maintien pour un an de Bab al-Hawa, qui permet de desservir la région insurgée d’Idleb, et la réouverture également pour un an du point d’accès d’al-Yarubiyah qui permet d’alimenter à partir de l’Irak le nord-est de la Syrie.

Ce projet a aussitôt été critiqué dans une démarche rare par les États-Unis à l’égard de deux de ses alliés européens, pour ne pas rechercher davantage de passages frontaliers. «Je continue d’appeler à la réautorisation de Bab al-Hawa et au rétablissement des points de passage Bab al-Salam (nord-ouest) et al-Yarubiyah pour l’aide humanitaire», a déclaré dans un communiqué acerbe l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield. Elle a regretté la teneur du projet européen validé par les dix membres non permanents du Conseil de sécurité, selon des diplomates.

«Le Conseil de sécurité doit faire face au moment présent avec le solide accès humanitaire dont les populations de la région ont désespérément besoin. Faire moins serait ignorer nos responsabilités envers le peuple syrien, la communauté internationale et nos propres idéaux», a martelé la diplomate américaine. Après des négociations entre les 15 membres du Conseil, un vote est attendu d’ici au 10 juillet.

Ce sujet de l’autorisation transfrontalière a été abordé lors du récent sommet à Genève entre Joe Biden et Vladimir Poutine, qui n’aurait pas dévoilé de position précise. Avec une autorisation prolongée, ce dossier pourrait illustrer un nouveau départ dans la relation russo-américaine, estiment des médias américains.

16 vetos russes

Depuis le début de l’année, Moscou, principal allié de Damas et qui privilégie le retour à une pleine souveraineté syrienne, reste inflexible dans son souhait de voir la fin de l’autorisation onusienne. La Russie considère aussi que l’aide internationale à partir de Damas peut remplacer l’aide transfrontalière, un argumentaire réfuté par les Occidentaux et l’ONU. Depuis le début de la guerre en 2011, Moscou, qui juge que la dégradation de la situation humanitaire est due aux sanctions occidentales, a déjà eu recours 16 fois à son droit de veto sur le dossier syrien et la Chine 10 fois.

Dans un communiqué vendredi, Diana Semaan de l’ONG Amnesty International a souligné que l’arrêt de l’aide transfrontalière aurait des «conséquences humanitaires catastrophiques». «Nous appelons le Conseil de sécurité à ré-autoriser l’accès humanitaire via Bab al-Hawa et à rouvrir les points de passage de Bab al-Salam et al-Yarubiyah», a-t-elle ajouté.

Louis Charbonneau de l’ONG Human Rights Watch a aussi réclamé une poursuite de l’autorisation transfrontalière étendue aux deux accès fermés en 2020. «Tout ce qui n’est pas une réautorisation complète risque de condamner de nombreux millions de Syriens du nord à la misère ou à la mort, pour cause de malnutrition ou de Covid-19», a-t-il fait valoir dans un communiqué.

(AFP)

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