Actualisé 24.01.2019 à 07:36

VidéoLorànt Deutsch raconte Genève et accumule les bourdes

Le comédien et féru d’histoire relate l’histoire genevoise dans une vidéo de 5 minutes. Mais il aligne les petits raccourcis et erreurs grossières.

par
Renaud Michiels
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Dans un épisode d'«À Toute Berzingue» résumant l'histoire de Genève en cinq minutes, Lorànt Deutsch nous fait tout l'historique du «Château du Rhône». Qui n'existe pas.

Dans un épisode d'«À Toute Berzingue» résumant l'histoire de Genève en cinq minutes, Lorànt Deutsch nous fait tout l'historique du «Château du Rhône». Qui n'existe pas.

Youtube/Lorànt Deutsch
Jean Calvin a écrit la Constitution genevoise, affirme Lorànt Deutsch. Oui mais pas vraiment, en fait.

Jean Calvin a écrit la Constitution genevoise, affirme Lorànt Deutsch. Oui mais pas vraiment, en fait.

Youtube/Lorànt Deutsch
Le comédien français raconte que l'origine du jet d'eau est liée à un «accident» venant de «machines à vapeur». Intéressant. Mais complètement fantaisiste.

Le comédien français raconte que l'origine du jet d'eau est liée à un «accident» venant de «machines à vapeur». Intéressant. Mais complètement fantaisiste.

Youtube/Lorànt Deutsch

Déjà auteur de plusieurs livres de vulgarisation historique, l’acteur Lorànt Deutsch a lancé un nouveau format, cette fois en vidéo. Ça s’appelle «A Toute Berzingue»: le Français raconte l’histoire d’une ville en cinq minutes. Il a déjà proposé Nice, La Rochelle et Orléans. Et il y a deux semaines, Genève. Le résultat? C’est nerveux, plaisant, instructif. Mais aussi malheureusement truffé de petites coquilles et de grosses bourdes.

Nom de château inventé

Dès le début, Lorànt Deutsch évoque la venue de «l’empereur Jules César» au bout du lac, en -58. Or César n’a jamais été empereur – et à l’époque il était proconsul. Il s’agit d’une erreur assez classique. Mais pas chez ceux qui se targuent de raconter le passé. Plus grave, il présente l’histoire du château de l’Île, dont il ne reste aujourd’hui que la Tour de l’Île, bien connue des Genevois. Et voilà que le comédien lui invente carrément un nom, parlant du «château du Rhône».

Ça devient ensuite très embarrassant lorsqu’il s’attaque au symbole de la ville. «Un jet d’eau provoqué à l’origine par un accident, une surpression engendrée par l’arrêt des nombreuses machines à vapeur de Genève», fabule-t-il doctement. Où a-t-il pêché ça? Le jet est bien un peu né par hasard. Mais pas par accident. Il est né d’une valve, une soupape de sécurité pour éviter les surpressions dans le réseau hydraulique, qui laissait échapper un jet d’eau vers le haut.

Une lime, pas un couteau

Ces erreurs sont flagrantes. En existe-t-il d’autres? Historien et archiviste d’État du canton de Genève, Pierre Flückiger a accepté de visionner l'épisode pour nous. Et il a repéré bon nombre d’autres «raccourcis».

Certains sont relativement anodins. Exemples? La tour de l’île, à nouveau, présentée par l’acteur comme «le plus ancien vestige médiéval de Genève». «Il est juste de dire que c’est la plus ancienne trace d’une construction du Moyen Age, mais d’une construction de type militaire», précise Pierre Flückiger. Qui corrige Lorànt Deutsch sur un autre point: «L’impératrice Sissi n’a pas été tuée à coups de couteau, mais avec une lime triangulaire.»

Rousseau fuit un endroit où il n'est pas

Pas trop grave. Mais l’archiviste d’État pointe d’autres problèmes. Contrairement à ce qu’avance Lorànt Deutsch, «Calvin n’est pas l’auteur d’une Constitution genevoise, d’ailleurs c’est un peu un anachronisme que de parler de constitution à cette époque», explique-t-il.

Erreur encore plus grossière, le Français raconte que Rousseau a été «obligé de fuir la cité en 1763». Or cette année-là, il n’était pas à Genève. «Rousseau, en réalité, quitte Genève en 1728. En 1763, en fait, il renonce à sa citoyenneté genevoise dans une lettre qu’il adresse au gouvernement.» Entre fuir et renoncer à une citoyenneté, il existe tout de même une légère différence… Enfin, «dire que les évêques obtiennent les clefs de la ville XIIe siècle n’est pas exact, puisqu’il y a des évêques à Genève dès le IVe siècle», remarque encore Pierre Flückiger.

Cerise sur le gâteau: un gros oubli

Ça fait beaucoup. Par le passé, le vulgarisateur Lorànt Deutsch a souvent été critiqué pour ses imprécisions, raccourcis ou erreurs. Son passage à Genève ne fera donc pas exception. Et à ces mauvais points il faut ajouter ce qui apparaît presque comme une faute, incompréhensible. Lorànt Deutsch a en effet réussi l'exploit de ne pas dire un seul mot sur le seul événement historique connu et fêté par à peu près tous les Genevois: L'Escalade...

Sa vidéo:

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