15.08.2020 à 11:18

BiélorussieLoukachenko discute avec Poutine de la «menace» qui vise son pays

Le président biélorusse s’est entretenu par téléphone avec son homologue russe ce samedi au sujet de la situation intérieure et extérieure de la Biélorussie, secouée par des manifestations depuis dimanche.

Les deux présidents ont échangé peu de temps après la demande de Loukachenko (à droite) de s’entretenir avec Poutine pour évoquer la «menace» qui vise son pays, selon lui.

Les deux présidents ont échangé peu de temps après la demande de Loukachenko (à droite) de s’entretenir avec Poutine pour évoquer la «menace» qui vise son pays, selon lui.

AFP

Le président de la Biélorussie Alexandre Loukachenko s’est entretenu par téléphone samedi avec son homologue russe Vladimir Poutine, en plein mouvement de contestation contre sa réélection contestée, a rapporté l’agence étatique Belta.

«Les présidents ont discuté de la situation en cours à l’intérieur et l’extérieur de la Biélorussie», a indiqué l’agence biélorusse Belta, sur sa chaîne Telegram, peu de temps après que le président Loukachenko a demandé à s’entretenir avec Poutine pour évoquer la «menace» visant, selon lui, son pays et «toute notre région».

«Une agression est en train d’être menée contre la Biélorussie. Nous devons contacter Poutine, le président russe, pour que je puisse parler avec lui maintenant», avait affirmé Alexandre Loukachenko plus tôt samedi, lors d’une réunion avec des responsables. «Car ce n’est pas une menace uniquement contre la Biélorussie», avait ainsi ajouté le chef d’État, qui a soutenu que la contestation menaçait toute la région et l’Union entre la Russie et la Biélorussie, une union intergouvernementale en place entre les deux pays.

Kremlin «confiant»

Le Kremlin s'est dit samedi «confiant» dans une résolution rapide de la crise en Biélorussie. «Les deux parties ont exprimé leur confiance dans une résolution prochaine des problèmes en cours» au Bélarus, a indiqué dans un communiqué la présidence russe, après un entretien téléphonique entre Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko.

Selon le Kremlin, «le plus important est que ces problèmes ne profitent pas à des forces destructrices cherchant à porter atteinte à la collaboration mutuellement avantageuse» mise en place à travers l'Union entre la Russie et le Bélarus, une alliance existant entre ces deux ex-républiques soviétiques.

L'entretien a confirmé l'orientation vers «un renforcement de ces relations d'union correspondant aux intérêts essentiels des peuples frères que sont la Russie et le Bélarus», a ajouté le Kremlin.

«Révolution de couleur»

Selon Alexandre Loukachenko, son pays fait face à une «révolution de couleur» – le nom donné à plusieurs soulèvements populaires dans l’ex-URSS ces 20 dernières années – avec des «éléments d’interférence extérieure.»

Le pouvoir biélorusse a reçu le soutien de Moscou, qui a dénoncé des tentatives d’«ingérence étrangère» visant à déstabiliser la Biélorussie, un allié historique de la Russie, malgré des tensions récurrentes entre les deux pays ces dernières années.

Milliers de manifestants

Plusieurs milliers de manifestants étaient à nouveau rassemblés samedi à Minsk, la capitale de la Biélorussie, pour protester contre la réélection du président Alexandre Loukachenko, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des milliers de personnes convergeaient vers la station de métro Pouchkinskaïa, à l’ouest du centre de Minsk, pour rendre hommage à un manifestant ayant trouvé la mort à proximité lors d’une manifestation lundi dernier. «Non à la violence!» «Vive la Biélorussie», scandaient les manifestants, portant des fleurs ou faisant le «V» de la victoire avec les doigts.

De nombreuses personnes se sont rassemblées vers la station de métro Pouchkinskaïa à Minsk pour rendre hommage à un manifestant ayant trouvé la mort lors d’un affrontement avec la police.

AFP

Au même moment, entre 500 et 700 personnes sont réunies avec la famille du défunt autour de son cercueil, exposé dans un autre quartier de la capitale, selon une journaliste de l’AFP sur place. La foule s’est ensuite dispersée pour se rendre à la station de métro Pouchkinskaïa.

Depuis dimanche soir, la Biélorussie est le théâtre d’une vague de protestation d’une ampleur inédite contre la réélection d’Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans dans cette ex-république soviétique.

Sa victoire – officiellement avec 80% des voix – a été perçue comme largement falsifiée alors qu’une immense mobilisation en faveur de sa rivale inattendue, Svetlana Tikhanovskaïa, avait enflammé la Biélorussie avant le scrutin. Cette dernière, officiellement créditée de 10% des voix, a dénoncé des fraudes massives.

Forces antiémeutes

Les quatre premières soirées de manifestations avaient été matées par les forces antiémeutes, faisant au moins deux morts et 150 blessés toujours hospitalisés vendredi.

Des personnes libérées ont raconté à l’AFP des conditions de détention atroces. Privées d’eau, de nourriture et de sommeil, passées à tabac ou brûlées avec des cigarettes, elles étaient incarcérées par dizaines dans des cellules prévues pour quatre ou six.

Novice en politique, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, professeur d’anglais de formation et mère au foyer, a quitté la Biélorussie après avoir subi des menaces du pouvoir, selon ses soutiens. Son mari, qu’elle a remplacé au pied levé dans la course à la présidence, est emprisonné depuis mai.

De nombreux Etats occidentaux ont condamné les violences et dénoncé des fraudes.

«Ingérence étrangère»

Le pouvoir biélorusse a reçu le soutien de Moscou qui a dénoncé des tentatives d’«ingérence étrangère» visant à déstabiliser la Biélorussie, un allié historique de la Russie, malgré des tensions récurrentes entre les deux pays ces dernières années.

Le chef de l’État biélorusse avait notamment accusé la Russie de vouloir réduire son pays à l’état de vassal et de s’ingérer dans le scrutin du 9 août en faveur de ses adversaires.

Alexandre Loukachenko, 65 ans, n’a jamais laissé aucune opposition s’ancrer. La précédente vague de contestation, en 2010, avait elle aussi été sévèrement réprimée.

(ATS/NXP)

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