Publié

FootballLudovic Magnin: «Ça me reste un peu dans le cœur»

Le Vaudois reçoit un LS en perdition, dimanche avec le FC Zurich. Il raconte son rendez-vous manqué avec le club de son enfance et pourquoi il ne fera aucun cadeau à ses compatriotes.

par
Simon Meier
Ludovic Magnin: «je souhaite de tout mon cœur que Lausanne reste en Super League, mais Zurich ne lui fera pas de cadeaux.»

Ludovic Magnin: «je souhaite de tout mon cœur que Lausanne reste en Super League, mais Zurich ne lui fera pas de cadeaux.»

Keystone

- Ludovic Magnin, à tête presque reposée, que reste-t-il de ce 3-3 rocambolesque face à Sion, dimanche dernier?

Ce qui domine, c’est qu’on est revenus de nulle part, à dix, alors qu’on perdait 2-0, qu’il faisait chaud et qu’on n’était pas dans le rythme…. Déjà à onze contre onze, on savait que celui qui marquerait en premier, avec cette chaleur, aurait du mal. On revient de nulle part, on tourne le match et on donne ce troisième but, comme on a donné les deux premiers. Eux nous donnent des buts aussi, disons que c’était la journée des cadeaux.

- Le dernier, celui de votre gardien Yanick Brecher, a offert un point précieux aux Valaisans, dans la lutte contre la relégation. Avez-vous reçu des messages de mécontentement de la part d’amis lausannois?

Que puis-je répondre à une question comme ça, sincèrement? Les Lausannois, ils n’ont qu’à s’en sortir eux-mêmes, et puis voilà. Nous allons faire notre match dimanche et nous avons suffisamment besoin de points nous-mêmes pour ne pas regarder à gauche, à droite. On est tous en train de se battre pour quelque chose, le championnat va se jouer jusqu’à la dernière journée, donc personne n’envoie de SMS à personne.

- Après Sion et avant Thoune, vous affrontez Lausanne, la lanterne rouge. Comment vivez-vous ce rôle d’arbitre dans la lutte contre la relégation?

Je n’y pense pas une seconde. Depuis qu’on a repris cette équipe, on essaie de lui donner un style, de jouer au foot et de faire progresser nos jeunes joueurs. En Suisse, tout le monde dit qu’il joue avec les jeunes, mais le FC Zurich est le seul à le faire vraiment. Les joueurs progressent, niveau foot on est mieux. Le seul truc qui nous manque, ce sont les points.

- Quand Blick souligne que votre moyenne par match (deux victoires, trois nuls et cinq défaites jusqu’ici) est inférieure à celle de Sami Hyypiä lors de la saison 2015/16, celle de la relégation, vous ressentez une certaine pression?

(Il éclate de rire) Ça fait trop longtemps que je suis dans le domaine, j’ai rigolé en lisant ça. Sur le plan mathématique, ils n’ont pas tort, c’est juste – mais ils ont aussi écrit qu’il y avait plus de spectacle, c’est déjà bien. J’ai signé pour deux ans et demi, avec des objectifs communs, un président (ndlr: Ancillo Canepa) et un directeur sportif (Thomas Bickel) qui connaissent la problématique: il faut du temps pour construire quelque chose. Ils m’en donnent, donc je n’ai pas de souci à accepter les pressions extérieures. Cela ne m’empêche pas de dormir, je fais mon job et, encore une fois: on a dit qu’on voulait mettre des jeunes, faire du spectacle au Letzigrund et prendre des points pour être en haut du tableau. Les deux premiers objectifs sont remplis, il reste le troisième. On veut aller en Ligue Europa cette année et, par la suite, concurrencer les deux grands qui sont devant nous.

- Ludovic par pitié, vous êtes le dernier Vaudois à pouvoir sauver le LS: vous ne voulez vraiment pas faire un geste, dimanche, et laisser trois points à vos compatriotes?

Non. Tout ce que je peux promettre, c’est qu’on donnera tout pour gagner contre Thoune aussi. On a besoin de points. A ce niveau, de toute façon, il n’y a jamais de cadeaux.

- Mais Ludo, ce maillot bleu et blanc, vous l’avez porté tout jeune…

Je l’ai porté une année, qui a été très difficile pour moi, en 1996/97. Mais j’en garde de bons souvenirs, parce que j’ai rencontré des gars exceptionnels. De toute façon, cela restera toujours mon club – quand j’étais gamin, je rêvais de jouer au Lausanne-Sport. Cela ne s’est jamais passé, pas toujours à cause de moi, mais aussi. Donc ce club, j’espère qu’il va se maintenir en Super League, d’autant que j’y ai de grands amis: Pablo (ndlr: Iglesias, directeur sportif), Xavier (Margairaz, qui vient d’intégrer le staff), qui essaient de sauver le club. J’espère qu’ils vont s’en sortir mais par contre, ils vont devoir faire neuf points sur les trois matches après moi.

- Donc, pas d’amitié qui compte?

Bah, non, définitivement pas. Des fois, malheureusement, le football est ingrat. On va rigoler avant le match et après. Mais pendant nonante minutes, il n’y aura plus de cadeaux, c’est comme ça – eux ne vont pas m’en faire non plus.

- Après la légendaire «théorie à Jean-Claude», il y a désormais le rapport à Jean-Claude, non?

Ah bon, pourquoi?

- Parce que votre papa était à la Pontaise, cette semaine, pour espionner le LS…

(Il se marre) Je vous jure sur la tête de mes enfants que je ne le savais même pas. Ce n’est pas moi qui l’ai envoyé! Mais maintenant que vous me le dites, comme il vient ce soir chez moi (ndlr: l’entretien a eu lieu jeudi), il va peut-être me raconter. Mais vous savez, cela fait trente ans que mon père est à la Pontaise, ce n’est pas seulement quand Lausanne joue contre moi. Maintenant, je ne savais pas qu’il faisait l’espion.

- Dimanche, pensez-vous qu’il sera partagé entre le LS et le Zurich de son fils?

Non. Il ne sera pas partagé, c’est certain, il sera à 100% derrière Ludo.

- Revenons sur cette fameuse saison 1996/97, où cela n’a pas collé entre le LS et vous...

On ne croyait pas en moi à l’époque, c’est tout. Il n’y a pas de problèmes. Cela a été très dur, mais je n’ai pas eu le temps de m’énerver trop, parce que juste après, Lucien m’a donné ma chance à 17 ans avec Yverdon. J’étais pendant une année à Lausanne et cela m’a forgé le caractère de prendre une bonne claque. Cela m’a servi pour la suite de ma carrière, notamment en tant qu’entraîneur de jeunes.

- Dans quel sens?

J’ai compris qu’il ne fallait pas regarder les gamins sur leur valeur à 14-15 ans, mais en essayant d’estimer leur potentiel à terme. A Lausanne, j’avais grandi d’un coup, je n’avais plus de coordination, et ils n’ont pas vu mes qualités de footballeur, mes facultés mentales. C’est le plus dangereux quand tu entraînes des jeunes: être bloqué sur la photographie à 16 ans et ne pas évaluer ce qui pourrait arriver ensuite. Je le dis franchement, je n’étais pas assez bon pour m’entraîner avec la première équipe à ce moment. Mais au niveau du potentiel, ils auraient peut-être dû me garder…

- Rappelez-nous qui était l’entraîneur, à ce moment?

C’était Georges Brégy, l’entraîneur de la première. Mais pas de souci, je garde de très bons souvenirs, au terme d’une année passée avec Radu Nunweiler chez les espoirs, un type et un entraîneur génial. Mais le fait est que cette année-là, je crois que tout le monde s’est entraîné au moins une fois avec la première, sauf moi. Voilà, c’est comme ça. Je n’ai aucune rancœur, mais cela me reste un peu dans le cœur, parce que j’aimais ce club et que je n’ai jamais pu y jouer.

- Vous allez peut-être l’entraîner, un jour?

(Amusé) Quand je vois ce qui se passe actuellement en Suisse romande et ce qui se fait en Suisse allemande, c’est difficile d’imaginer rentrer. Mais c’est une analyse du jour J, pas une projection sur ce qui va se passer dans quatre-cinq ans.

- Pourquoi est-on tellement mieux en Suisse allemande?

Ah ouais mais non… Il y a quand même d’autres structures, un autre potentiel, d’autres budgets. Être entraîneur de jeunes au FC Zurich ou au Team Vaud – j’en ai parlé avec mes amis –, je peux vous dire que ce n’est pas pareil; et je préfère être à Zurich.

- L’arrivée d’Ineos à la tête du LS, indépendamment du verdict sportif de ce printemps, peut-elle faire changer le club de dimension?

Si le club ne change pas de dimension, Ineos ne va pas faire long. Il y a un nouveau stade et ça, c’est génial, d’autant qu’il est encore plus près d’Echallens. Après, j’ai l’impression qu’ils ont investi cet hiver parce qu’ils pensaient atteindre l’Europe. Ça ne marche pas comme prévu et tu te retrouves en danger de relégation. Mais encore une fois, s’ils restent, je pense que Lausanne, avec Pablo et ce groupe derrière, cela pourrait être vraiment pas mal.

- Raison de plus Ludo, et c’est notre dernière tentative: laissez au moins un point au LS dimanche! Au nom de tous les Vaudois, on vous en conjure…

Ce qui est bien, d’abord, c’est que moi je ne fais rien. Je mets juste des joueurs sur le terrain et, à la fin, je suis pieds et poings liés. Pour le football romand et tout le canton de Vaud, à commencer par les gamins, je souhaite de tout mon cœur que Lausanne reste en Super League. Moi, quand j’étais enfant, je rêvais de jouer au Lausanne-Sport et ce serait le moment que tous les gamins du Gros-de-Vaud rêvent de nouveau à ça. Mais ils n’ont qu’à faire des points dans les trois autres matches. On espère qu’ils vont se maintenir, mais bon, vous savez bien que dans le football, beaucoup de choses ne sont pas calculables, ni faciles.

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!