Fin des accords bilatéraux - L’UE tente de débaucher les chercheurs suisses
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Fin des accords bilatérauxL’UE tente de débaucher les chercheurs suisses

Bruxelles a écrit une lettre aux scientifiques en Suisse pour leur conseiller de travailler dans une université européenne.

par
Christine Talos
Berne a écrit aux chercheurs pour démentir les dires de l’UE. (photo d’illustration)

Berne a écrit aux chercheurs pour démentir les dires de l’UE. (photo d’illustration)

AFP

L’Union européenne n’a pas perdu de temps. Alors que la Commission européenne a officiellement annoncé à la Suisse le 12 juillet dernier qu’elle était considérée jusqu’à nouvel ordre comme un pays tiers non associé au programme-cadre de recherche Horizon Europe pour tous les appels à projets de l’année 2021, le Tages-Anzeiger révèle samedi que Bruxelles vient d’écrire aux scientifiques suisses pour les débaucher.

En effet, les chercheurs qui ont demandé ces dernières semaines des financements de la part de l’UE ont reçu un e-mail le 19 juillet en ce sens. «Comme vous le savez peut-être, toutes les discussions exploratoires concernant l’association de la Suisse à la prochaine génération de programmes de l’UE sont actuellement gelées», peut-on lire dans la lettre du Conseil européen de la recherche (CER), que le quotidien alémanique a pu lire. Cela signifie que les universités suisses ne sont pas éligibles pour le CER, explique-t-il.

Et de préciser qu’«exceptionnellement», il existe une possibilité pour les scientifiques touchés d’obtenir malgré tout un financement. Il leur suffit de «remplacer leur institution hôte suisse par un établissement similaire basé dans un pays éligible». En clair: de s’installer dans une université européenne.

Selon le Tagi, Berne a immédiatement réagi. Le 20 juillet, le Secrétariat d’État à la formation, la recherche et l’innovation (SEFRI) a publié sur son site web une lettre contredisant le courriel de l’UE. Selon le texte, il n’est pas nécessaire de se transférer dans une université de l’UE pour toucher des fonds.

Berne se veut rassurante

Même si la Suisse est désormais considérée comme un pays tiers, les chercheurs helvétiques peuvent participer à Horizon Europe ainsi qu’aux programmes et initiatives qui y sont liés, et déposer des propositions pour les volets du programme et les instruments d’encouragement qui leur sont ouverts, a aussi écrit le SEFRI sur son site. Cependant, leurs coûts de projets ne seront généralement pas financés par la Commission européenne, souligne-t-il. «Dans ce cas, chaque fois qu’une participation sera possible, le financement sera assuré par le SEFRI», explique-t-il.

Et de rappeler que le Parlement a accordé une enveloppe de 6,15 milliards de francs pour permettre à la Suisse de participer au «paquet Horizon» et a déjà décidé d’une possibilité de financement direct pour les chercheurs de Suisse.

Les institutions très inquiètes

Face à cette offensive de l’UE, le président du Fonds national suisse de la recherche, Matthias Egger, le président du Fonds national suisse de la recherche scientifique, a diffusé le document du SEFRI sur Twitter en implorant les scientifiques d’un «S’il vous plaît, restez!»

Du côté de Swissuniversities, l’organisation faîtière des universités suisses, on prend très au sérieux aussi l’affaire. Pour elle, le risque que des chercheurs quittent le pays parce qu’ils n’ont plus accès aux prestigieuses subventions européennes est réel. L’organisation, qui estime que la recherche suisse est prise en otage dans les démêlés entre la Suisse et l’Europe, demande donc au Conseil fédéral et au Parlement de stabiliser au plus vite les relations avec l’UE.

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