L’Uni de Lausanne ne retire pas le doctorat de Mussolini

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MémoireL’Uni de Lausanne ne retire pas le doctorat de Mussolini

La direction condamne l’attribution de ce titre honoraire en 1937 au leader fasciste italien mais ne veut pas donner l’impression qu’elle cherche à effacer le passé.

par
Michel Pralong
Benito Mussolini passe en revue ses troupes à Rome en 1938. Un an plus tôt, il avait été fait docteur honoris causa par l’Université de Lausanne.

Benito Mussolini passe en revue ses troupes à Rome en 1938. Un an plus tôt, il avait été fait docteur honoris causa par l’Université de Lausanne.

AFP

En 1937, l’Université de Lausanne décide de décerner un doctorat honoris causa à Benito Mussolini. Elle le fait alors que les exactions du régime fasciste italien sont déjà connues et elle a l’appui des autorités politiques de l’époque. Ce geste avait déjà été contesté à l’époque et, évidemment, une fois la Seconde Guerre mondiale terminée.

Des demandes successives de retrait à titre posthume de ce doctorat ont été déposées. En 1987, le Rectorat refuse de retirer cette distinction mais met à la disposition du public la totalité des archives de l’UNIL concernant les circonstances de l’attribution de cet honneur. Cela afin de comprendre comment on a pu en arriver là.

La polémique est relancée en 2020 et la direction a alors considéré que la posture adoptée depuis 1987 «ne répondait plus aux attentes de la société contemporaine, particulièrement sensible aux questions mémorielles et aux enjeux éthiques et politiques liées à celles-ci». Elle décide donc de mandater un groupe d’experts afin de savoir s’il fallait reconsidérer cette position.

Indignation et malaise légitimes

Le rapport a été rendu public ce vendredi 24 juin. «Il reconnaît la pleine légitimité de l’indignation ou du malaise suscités par le doctorat honoris causa, mais souligne également qu’une réponse institutionnelle qui se limiterait à la question du retrait serait incomplète. En effet, outre le fait qu’un acte de retrait n’a pas de base légale ou réglementaire, il risque avant tout de donner l’impression que l’UNIL veut effacer le passé, ou pour le moins se dédouaner de manière conjoncturelle».

Du coup, la direction affirme que remettre ce titre à Mussolini a été clairement une erreur et que l’UNIL a «failli à sa mission et aux valeurs académiques fondées sur le respect de l’individu et la liberté de pensée. Plutôt que renier ou effacer cet épisode qui fait partie de son histoire, la direction de l’UNIL veut qu’il serve d’avertissement permanent sur de possibles dérives idéologiques auxquelles toute personne, institution – à commencer par l’UNIL elle-même – ou société est exposée en tout temps».

Un travail de mémoire

L’UNIL a donc décidé au contraire d’encourager la mémoire sur cet événement en ouvrant un site web consacré à l’événement, en créant un fonds pour des projets de recherche ainsi qu’un prix récompensant une recherche ou une activité portant sur le développement des idéologies totalitaires inspirées du fascisme et les mécanismes d’adhésion à de telles idéologies. Et, enfin, en mettant sur pied un atelier de médiation scientifique à destination des écoles et gymnases ainsi que du grand public, sur la thématique des enjeux mémoriels et du fascisme.

«Les valeurs de l’UNIL sont à l’opposé du fascisme et nous ne sommes jamais trop ambitieux quand il s’agit de défendre les valeurs démocratiques et de lutter pour que les errements du passé ne se reproduisent plus, a déclaré le recteur Frédéric Herman. Si nous, Université, qui devons être un modèle de démocratie, baissons les bras, quel exemple donnons-nous à notre société?»

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