06.06.2018 à 08:56

Lausanne (VD)L’uniforme pour déranger le deal

Sous la pression d’habitants en colère face au laisser-faire en matière de trafic de drogue, la Ville annonce davantage de policiers bien visibles, dès le 15 juin.

par
Frédéric Nejad Toulami
Contrôles et présence marquée dans les zones sensibles: cela devrait contribuer à diminuer le deal de rue, selon les autorités lausannoises.

Contrôles et présence marquée dans les zones sensibles: cela devrait contribuer à diminuer le deal de rue, selon les autorités lausannoises.

Jean-Christophe Bott, Keystone

Vingt policiers en uniforme seront mobilisés à plein temps dès le 15 juin, 7 j/7 et de 8 h à 22 h, dans six zones connues du trafic de drogue. C’est la principale mesure annoncée hier par Pierre-Antoine Hildbrand, responsable PLR de la Sécurité publique à Lausanne, aux côtés du commandant de la police communale, Pierre-Alain Raemy, et du chef des opérations policières, le major Stéphane Dumoulin.

Halte au sentiment d’impunité

Le syndic, Grégoire Junod, a tenu à être présent. Ancien responsable de la Sécurité lausannoise, le socialiste assure qu’il faut lutter contre le sentiment d’impunité qui découle de la présence active et ininterrompue des dealers de rue, et de l’impression d’autorité bafouée. «Et il faut différencier le problème de la toxicomanie de celui du trafic de drogue», précise-t-il, comme s’il s’adressait à l’extrême gauche qui ne cesse d’amalgamer les deux sujets. D’ailleurs, Pierre-Antoine Hildbrand en rajoute une couche: «Il faut mettre fin à l’angélisme et à la victimisation vis-à-vis des dealers de rue venus d’Afrique!»

L’élu a dévoilé le concept d’îlotage policier qui va être mis sur pied, dans un rôle surtout préventif. Par cette présence marquée, il s’agira de déranger le vendeur de substances illégales en empêchant la transaction avec un acheteur dans la rue. Car tous les intervenants ont rappelé la problématique récurrente du manque de cellules disponibles à Lausanne et dans le canton de Vaud. Sans places disponibles, impossible d’incarcérer des individus pris en flagrant délit. En empêchant qu’une infraction soit réalisée, il y aura ainsi moins d’incarcérations… Grégoire Junod se base sur des avis de criminologues et de statistiques pour justifier l’aspect répressif dans la rue. «Mieux vaut incarcérer plus souvent pour de courtes peines, que moins fréquemment mais pour de longues peines, ce qui occupe plus longtemps des cellules», constate le syndic de Lausanne.

Une hotline pour alerter

Autre nouveauté: la police va aussi mettre à disposition un numéro de téléphone spécifique pour les habitants et commerçants qui voudraient alerter la police de cas de trafic dans leur rue. Le but est de ne pas encombrer le standard de police secours. Fernand Melgar s’est dit globalement content de ces mesures. «Mais je suis étonné qu’il ait fallu attendre 20 ans pour cela», ajoute-t-il, tout en critiquant la limite de l’îlotage policier à 22 h.

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