Coronavirus: Lutter contre les coronasceptiques, mode d’emploi
Publié

CoronavirusLutter contre les coronasceptiques, mode d’emploi

Face aux «fake news» sur la pandémie, la task force suisse propose de dialoguer davantage avec ceux qui y croient et les propagent et de ne surtout pas les diaboliser.

par
Michel Pralong
Face aux fausses informations, il ne faut pas se voiler la face mais expliquer pourquoi elles sont incorrectes.

Face aux fausses informations, il ne faut pas se voiler la face mais expliquer pourquoi elles sont incorrectes.

iStockphoto

La Swiss National Covid-19 Science task force, soit le groupe d’experts mis en place pour conseiller les autorités face à la pandémie, ne traite pas que des thèmes liés la santé. Certains de ses membres s’occupent plus spécifiquement des questions éthiques, juridiques et sociales. Ils viennent de publier un rapport intitulé «Réponses au déni du corona».

Les théories du complot et la désinformation se sont propagées comme rarement durant cette pandémie et continuent à le faire. Ce qui a notamment pour conséquence d’affaiblir la confiance dans les autorités et leurs décisions, Qui ont donc plus de peine à faire accepter et appliquer les mesures qu’elles prennent. Cette défiance s’est encore accrue lors de la deuxième vague de l’épidémie en Suisse. Être crédible et écouté est important pour un gouvernement, les experts de la task force ont donc examiné ce phénomène de désinformation et proposent des stratégies pour lutter contre.

Huit grands mythes

Le rapport rappelle d’abord huit des plus grands mythes liés au coronavirus.

1. Il a été conçu dans un laboratoire en Chine.

2. Il n’est pas pire que la grippe.

3. Le masque est inutile.

4. Les élites et les groupes pharmaceutiques utilisent le virus pour s’enrichir avec les vaccins.

5. L’hydroxychloroquine est un traitement efficace.

6. Si les cas augmentent c’est seulement parce qu’on teste plus.

7. L’immunité collective nous protégera si nous laissons le virus se propager dans la population.

8. Les vaccins sont dangereux.

Des sondages, dont l’un réalisé par Tamedia, avaient d’ailleurs montré que ces affirmations trouvaient des oreilles attentives en Suisse aussi, puisque près d’un tiers des personnes interrogées pensaient que le virus s’était échappé d’un labo chinois, 13% qu’il n’était pas plus dangereux que la grippe et 8% que Bill Gates et l’OMS dramatisaient la situation à leur propre profit. Ces «fake news» trouvent davantage de supporters parmi les jeunes avec des niveaux d’éducation et de revenus inférieurs, ainsi que parmi ceux qui s’informent principalement sur les réseaux sociaux.

Des réponses (trop) simples

Le rapport rappelle que les situations de crise sont propices à l’acceptation de théories du complot car elles offrent souvent des réponses simples à des questions complexes et incertaines et ceux qui les partagent ont alors le sentiment d’appartenir à un groupe et d’avoir un meilleur contrôle sur la situation difficile qu’ils vivent.

La pandémie a été d’autant plus propice à cela que son ampleur a provoqué une surabondance d’informations diffusées très rapidement, avec énormément d’incertitudes et de contradictions, les connaissances scientifiques étant très lacunaires au début.

D’un point de vue juridique, difficile de lutter contre la propagation de ces fausses informations. D’abord pour respecter la liberté d’expression, ensuite parce qu’il n’est pas facile de différencier qui propage volontairement (et dans quel but?) un mensonge de celui qui ne fait qu’exprimer son opinion sur la politique menée par les autorités. Ce n’est donc pas en tentant de faire taire ceux qui relaient des fake news qu’on les supprimera.

Des contacts plus directs avec la population

La task force propose plusieurs axes pour répondre à la désinformation: il ne faut déjà pas ignorer ces affirmations mensongères, mais au contraire en faire état publiquement et démontrer pourquoi elles sont fausses. Il faut qu’autorités et experts communiquent un maximum et ouvertement, reconnaissant que, sur certains sujets, il existe encore des incertitudes tandis que sur d’autres, il y a un consensus scientifique. Mais pour ce faire, explique la task force, ces prises de parole ne devraient pas se faire que dans les médias, lors de conférence de presse. Il faut trouver des formats interactifs, dans lesquels la population puisse exprimer directement ses craintes et ses interrogations, en étant entendue par les experts, qui y répondront.

Le rapport recommande également aux autorités de montrer un engagement clair vis-à-vis des mesures qu’il propose en n’hésitant pas à infliger, de manière juste et cohérente, des amendes pour les faire respecter. La task force a été entendue sur ce point puisque des amendes d’ordre sont infligées depuis le 1er février.

Mais ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est de marginaliser et diaboliser ceux qui sont à l’origine ou relaient ces fausses informations. Cela ne ferait que renforcer la polarisation du débat et nourrir les divisions sociales, alimentant les théories du complot. La task force estime que nos outils démocratiques suffisent pour lutter contre ces phénomènes, prenant pour preuve l’échec de l’initiative contre l’utilisation de l’appli Swisscovid, faute de signatures.

Votre opinion