Seconde Guerre mondiale - Lyon n’oublie pas le convoi mortel du 11 août 1944
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Seconde Guerre mondialeLyon n’oublie pas le convoi mortel du 11 août 1944

Parti juste avant la libération de la France, le train 14166 finira en Allemagne. Deux personnes sur trois mourront, alors que certaines étaient «non déportables»…

Partis de la prison lyonnaise de Montluc (photo), le 11 août 1944, les déportés du train 14166 ne verront pas les camps de transit de la région parisienne. Beaucoup mourront à Auschwitz-Birkenau, onze jours plus tard.

Partis de la prison lyonnaise de Montluc (photo), le 11 août 1944, les déportés du train 14166 ne verront pas les camps de transit de la région parisienne. Beaucoup mourront à Auschwitz-Birkenau, onze jours plus tard.

AFP

D’une simple opération de transfert de prisonniers résistants et juifs à une véritable déportation vers les camps: le mémorial de la prison de Montluc documente le martyre inédit du convoi parti le 11 août 1944 de Lyon, le dernier avant la Libération, sur ordre de Klaus Barbie.

Dans l’enceinte même du sinistre chemin de ronde de l’ancienne prison de la Gestapo, à Lyon, 14 panneaux retracent le parcours du train 14166, onze jours de dérive inorganisée, sans ravitaillement ou presque, et progressivement mortelle. Un engrenage terrifiant, qu’évoquent les petits mots lancés sur la voie depuis les wagons bondés par certains des 650 passagers-détenus – «le moral est bon» – ou ce rapport de la Croix-Rouge – «les internés étaient dans un complet dénuement».

«Il n’y a aucun autre exemple en France d’un transfert de prisonniers devenant un convoi de déportation», relève l’historien spécialiste de la Shoah Tal Bruttman, commissaire de cette exposition qui servira de support pédagogique au Concours national de la Résistance 2021-2022, destiné aux collégiens et lycéens.

Voies ferrées bombardées

Rien ne destinait ces prisonniers à l’enfer concentrationnaire nazi, le matin du 11 août: le train 14166, convoi le plus important jamais constitué au départ de Lyon, devait seulement rallier les camps de transit de la région parisienne – Romainville et Compiègne pour les 300 femmes et hommes résistants, Drancy pour les 350 Juifs. Mais il n’atteindra jamais ces destinations.

Car deux mois après le débarquement en Normandie et quasiment au même moment que celui en Provence, le 15 août, les Alliés et la Résistance ne cessent de bombarder les voies. Le chemin vers Paris se transforme en impasses successives: une grande carte dans le chemin de ronde matérialise ce parcours chaotique. «À chaque fois, parce que cette direction était bombardée, il fallait prendre une autre voie», qui «était encore bombardée», témoigne dans l’exposition Jacques Benayoun, un des derniers survivants.

Même les «conjoints d’aryens» seront tués

Puisque les rails français semblent impraticables, le train prend la direction du Reich. Il atteint les camps de Natzweiler-Struthof, en Alsace, puis ceux de Ravensbrück et d’Auschwitz-Birkenau, le 22 août. La désorganisation est telle que la direction SS de Birkenau n’a pas été prévenue de son arrivée. Et dix jours durant, les prisonniers déportés seront tenus à l’écart du camp, pour examen de leur situation.

«À chaque fois, parce que cette direction était bombardée, il fallait prendre une autre voie, qui était encore bombardée…»

Jacques Benayoun, un des derniers survivants du convoi 14166

Les deux tiers d’entre eux finiront assassinés, alors que «beaucoup étaient non déportables» par statut: ainsi les «conjoints d’Aryens», ou les «Mischlinge» («demi-Juifs», selon la terminologie nazie), nombreux dans ce train, auraient été épargnés s’ils étaient passés comme prévu par le «sas» du camp de Drancy, explique Tal Bruttman.

Les survivants témoigneront au procès de Klaus Barbie

En outre, les déportations des Juifs internés à Drancy avaient cessé depuis le 31 juillet. Et les départs de résistants depuis Paris ont continué seulement jusqu’au 15 août, quatre jours avant la libération de la capitale. Seule une moitié de ceux partis de Lyon survivront. Certains témoigneront au procès de Klaus Barbie, le chef de la Gestapo, jugé en 1987 à Lyon pour «crime contre l’humanité». Le sort des passagers du train 14166 figurait parmi les chefs d’accusation retenus contre le «boucher de Lyon», qui fut condamné à la perpétuité.

(AFP)

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