Actualisé 17.05.2019 à 14:19

HumeurM. Maurer, on ne vous remercie pas pour ce moment

Interviewé par CNN, le président de la Confédération avait manifestement envie d’être ailleurs. Et nous aussi: c'était affreux.

von
Renaud Michiels

Ueli Maurer a répété dans un anglais approximatif qu'il n'avait rien à dire.

Ça ne dure même pas 3 minutes 30. Mais ça semble interminable. Ueli Maurer a donné une interview à CNN à l’issue de sa rencontre avec le président américain Donald Trump. Et il n’aurait pas dû.

De ces longues minutes embarrassantes, on ne peut retenir que l’anglais laborieux du président de la Confédération. Dès les premières secondes, le ton est donné. Histoire de ne même pas tenter de donner le change, on entend un collaborateur lui traduire les questions en suisse allemand.

«I can nothing say»

Puis on entendra le magistrat UDC buter sur le terme «confidential». Demander qu’on lui répète une question. Ou lâcher péniblement des réponses creuses dans un anglais approximatif. «I have not the possibility… the opinion to inform you.» «I can not… nothing say to this issue.»

Sur le fond, logiquement, CNN voulait des réponses sur les tensions grandissantes entre les États-Unis et l’Iran. Et, tout aussi logiquement, Ueli Maurer n’allait pas exposer publiquement les discussions tenues sur ce sujet explosif. Il a donc répété et répété encore qu’il n’avait rien à déclarer. C'était couru d’avance. Alors que diable est-il allé faire dans cette galère?

Que de l'abstrait

L’interview atteint un sommet de nullité lorsque, face à du rien, la journaliste de CNN se décide à poser une question ouverte: «Quel a été votre message concret à M Trump aujourd’hui?» «It was not concrete. It’s nothing for the… publicity», répond le conseiller fédéral. Ce n’était pas concret. Et rien de ce qui a été échangé n’est public.

Ueli Maurer aurait pu parler des bons offices de la Suisse. Même tenter de vanter nos montres et chocolats aurait été mieux. Mais non, rien de concret à signaler, dit-il. Quelques abstractions ont bien été proférées mais elles sont secrètes…

Cette interview est un désastre. M. Maurer, on ne vous remercie pas pour ce moment. Son service de communication a ensuite pris la responsabilité du naufrage, expliquant que le président n’entendait pas les questions. Et que l’interview aurait dû être refusée dans ces conditions.

Soit. Mais ça ne change rien à l’impression laissée. Tous ceux qui ont subi cette séquence ne retiendront qu’une chose. La Suisse n’a rien à dire. Et le dit mal.

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