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Prix«Ma vie de Courgette» va chasser l'Oscar avec deux César en poche

Le long-métrage concourt dans la catégorie «Meilleur film d'animation». Pauline Gygax, sa productrice, revient sur une aventure américaine déjà triomphale.

par
Jean-Philippe Bernard
Le Valaisan Claude Barras (à dr.), avec les coproducteurs et la coscénariste, Céline Sciamma (à dr.). Après le César, un Oscar?

Le Valaisan Claude Barras (à dr.), avec les coproducteurs et la coscénariste, Céline Sciamma (à dr.). Après le César, un Oscar?

Christophe Petit Tesson, Keystone

Après avoir empoché deux César (meilleur long-métrage d'animation, meilleure adaptation), l'équipe de «Ma vie de Courgette», son réalisateur Claude Barras et ses producteurs Pauline Gygax et Max Kali, fondateurs de Rita Productions, s'apprêtent à vivre un nouveau moment grandiose à la cérémonie des Oscars. Leur film est en effet nommé dans la catégorie «Meilleur film d'animation» aux côtés de longs-métrages tels que «Kubo et l'Armure magique», «Vaiana: La Légende du bout du monde», «La Tortue rouge» sans oublier «Zootopie», le grandissime favori. À quelques heures du dénouement, Pauline Gygax revient sur une aventure qui marquera durablement le cinéma suisse.

Vous vivez une expérience peu banale pour une productrice suisse: la course aux Oscars. Ce doit être passionnant non?

Oui, c'est formidable. Ce n'est pratiquement que du bonheur, même si c'est très épuisant. C'est un honneur aussi. Début août, lorsque l'Office fédéral de la culture a inscrit «Ma vie de Courgette» auprès de l'Academy of Motion picture arts et sciences, même si nous étions fort occupés avec la sortie du film en octobre (car nous restons une petite structure), nous avons été très fiers. Et nous avons décidé de tout mettre en œuvre afin d'aller le plus loin possible. En parallèle, nous avons également démarré la course aux Golden Globes.

On imagine que ce type de campagne a un coût non négligeable. Et comme vous n'êtes pas chez Disney…

Non, nous n'avons pas des budgets Disney, ça c'est certain (rires). Après le Festival de Cannes, nous avions épuisé notre budget promo. Il a fallu chercher de nouveaux financements pour les Golden Globes et les Oscars. Nous avons obtenu du soutien du côté de l'Office fédéral de la culture, de la SSR et de différents privés qui appréciaient le film et qui croyaient en nous. Au total, le budget pour une telle aventure, qui court tout de même sur 6 mois, se monte à plusieurs centaines de milliers de francs.

Quels sont les différents types de frais que vous avez dû assumer?

Il y a notamment tout ce qui concerne la publicité, la fabrication de DVD pour les académiciens, l'organisation de projections. Il a fallu aussi engager une traductrice qui travaillait de très près avec Claude. Et puis il y a les frais de séjour.

Lorsque des stars et des gros producteurs font campagne à Hollywood, on imagine aisément leurs points de chute: les palaces de Beverly Hills. Pour vous, ce doit être un peu plus modeste non?

Ah, ça c'est clair: nous ne descendons pas dans les 5 étoiles (rires). Au contraire, on essaye de trouver les Airbnb les moins chers. On la joue à l'image de ce qu'est le film: modeste, cool.

Quelles étaient vos activités quotidiennes lors de vos différents séjours en Californie?

Avant de partir, nous avions engagé une publiciste américaine rompue à ce genre d'exercice. Une personne disposant d'un bon réseau, capable de rassembler rapidement et de nous le faire connaître. L'enjeu était de nous rendre visible. Donc de montrer «Ma vie de Courgette» à un maximum de gens en un minimum de temps.

Et ça a fonctionné comme vous le souhaitiez?

Absolument. J'estime qu'entre les projections organisées par nos soins et les projections en festivals (Sundance, Palm Springs, Santa Barbara) entre 6000 et 8000 personnes ont vu le film (en version sous-titrée car la version anglaise n'a été prête que pour le Festival de Sundance, en janvier dernier). Rapidement, le bouche-à-oreille a fonctionné. Comme partout, les spectateurs étaient sous le charme, l'histoire leur parle, ils tombent amoureux. Nous avons mené des débats passionnants avec Claude au terme des différentes projections. Oui, c'est certain, tout ce petit monde ne venait pas uniquement pour le cocktail final (rires)…

Quid de la presse?

Claude a fait différentes capsules pour Internet. Et nous avons eu une pleine page dans le Time Magazine qui parlait du film comme d'un véritable bijou. Et également des papiers dithyrambiques dans le LA Times, Rolling Stone Magazine

Avez-vous eu un feedback des professionnels américains de l'animation?

Bien sûr. Claude a visité les principaux studios d'animation: Pixar, Disney, DreamWorks. Partout, il a été chaleureusement accueilli. Il a perçu une fraternité immédiate. D'abord parce que les Américains connaissent la trajectoire de «Courgette» et qu'ils adorent les success stories. Pour eux, Claude fait partie de la famille. Même s'ils peuvent s'appuyer sur des budgets infiniment plus importants, ces gens demeurent des artisans et, surtout, des passionnés.

Après les César, vous avez immédiatement pris l'avion pour Los Angeles?

Oui. Et une fois arrivés, il y a un cocktail précérémonie pour «Courgette». Sur le toit de notre hôtel, avec une vue imprenable sur Hollywood et Sunset Boulevard.

Ensuite, direction le tapis rouge?

Oui, et les Golden Globes, le mois dernier, nous auront servi de «tour de chauffe». Outre le fait que ce soir-là j'ai eu la chance, le privilège, de frôler accidentellement le torse de Ryan Gosling (rires), nous avons appris à garder notre constance sur le tapis rouge, à ne pas ressembler à des poules sans tête, surtout au moment du photo-call, quand tous les objectifs sont tournés vers les stars hollywoodiennes.

Savez-vous où vous serez placé dans le Dolby Theater, où aura lieu la cérémonie?

Oui, nous serons en orchestre, de bonnes places, peut-être pas les toutes meilleures mais de belles places!

Si «Courgette» gagne, vous monterez sur scène?

Le protocole est très strict. Nous avons dû désigner les personnes qui monteront sur scène, en cas de victoire. Ce seront Max et Claude. Ce serait dingue. Mais, je peux vous faire une dernière confidence?

Avec plaisir!

Nous avons gagné, quoi qu'il arrive. Depuis Cannes, ce film a effectué un parcours merveilleux, touché au cœur plein de gens (110 000 spectateurs rien qu'en Suisse romande). On va boucler cette aventure humaine extraordinaire dans la plus importante des cérémonies cinématographiques. Un Oscar, ce serait fou. Mais là, c'est déjà merveilleux, inoubliable. Et nous en sommes infiniment reconnaissants.

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