Hockey sur glace - Machine à gagner, Zoug ne veut pas rater le train une troisième fois
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Hockey sur glaceMachine à gagner, Zoug ne veut pas rater le train une troisième fois

Finaliste en 2017 et 2019, le club de Suisse centrale a construit une machine de guerre depuis près de dix ans. Ne lui manque que le titre. Premier rendez-vous ce lundi soir avec GE Servette.

par
Grégoire Surdez
Zoug se prépare au succès depuis plusieurs années. Tout sauf un hasard.

Zoug se prépare au succès depuis plusieurs années. Tout sauf un hasard.

Freshfocus

Zoug, sa vieille ville, son quartier des affaires, son lac, ses boîtes aux lettres. Et son équipe de hockey. Une institution bâtie avec intelligence depuis une petite dizaine d’années. Mais aussi avec des moyens financiers conséquents. Les multinationales, qui ont pignon sur rue dans la cité du kirsch, investissent (presque) sans compter. Et le président, Hans-Peter Strebel, un milliardaire qui a fait fortune dans la pharma, assure les arrières en cas de besoin ou de coup dur. Un centre d’entraînement révolutionnaire, une académie, une nouvelle patinoire, des restaurants: il y a tout à Zoug. Tout sauf le titre de champion de Suisse. En 2017 et 2019, le train est passé deux fois sans s’arrêter…

Thiry a été conquis

L’ancien joueur Patrick Oppliger connaît la maison zougoise comme sa poche. Il a joué pendant 14 saisons dans ce qui s’appelait alors le Herti. Une patinoire d’un autre temps. D’un autre siècle. Le XXe, celui qui a vu les Taureaux remporter leur seul et unique titre de champion de Suisse. En 1998, Wes Walz, Bill McDougall, Misko Antisin et autres Dino Kessler avaient mené le club au sommet du hockey suisse. «Depuis, le club a longtemps essayé de renouer avec ce passé glorieux, raconte le Chaux-de-fonnier. La restructuration a commencé il y a près de dix ans, mais c’est vraiment depuis 2018, avec l’arrivée de Dan Tangnes et le départ de Doug Shedden, que tout s’est véritablement mis en place pour aller chercher un 2e titre.»

Le technicien n’a pas seulement révolutionné le jeu de son équipe. Il a modernisé l’ensemble du processus de fonctionnement. De la communication à la préparation physique en passant par l’inculcation d’une culture de l’effort et de la victoire. Lancien junior de Ge Servette Thomas Thiry est passé par la filière zougoise. «J’avais signé avec l’Academy pour y parfaire et y terminer ma formation, afin de me préparer au passage chez les professionnels, dit l’international français qui est au bénéfice d’une licence suisse. Mais très vite, j’ai intégré le groupe pro, au bout de trois mois je crois. J’ai été profondément marqué par mes années passées au sein de l’organisation. J’en garde le souvenir d’un club qui, de l’employé de bureau à la star de l’équipe, partage des valeurs communes d’excellence. Il y a une philosophie partagée qui tient en une charte, qui est signée par tous.»

De l’argent et des idées

«How we are, how we play». Que l’on pourrait traduire par «Nous jouons comme nous sommes». Ceci est la devise des Taureaux qui tendent vers la perfection au quotidien, et elle est irrévocable. «On s’entraîne tellement que c’en était presque trop, admet Thiry. Pour certains, il est possible que cette façon d’être et penser ne soit pas la meilleure. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup appris à Zoug et cela m’aidera pour toute la suite de ma carrière.»

Avec Dan Tangnes, il a appris que le plaisir n’était pas incompatible avec la rigueur. Le technicien danois bénéficie lui aussi d’un concept de suivi et de préparation totalement innovant en Suisse. Le centre d’entraînement de l’EV Zoug a des airs de science-fiction. C’est le fameux OYM (pour On Your Marks) powered by HP Strebel, inauguré en 2020 et devisé à 100 millions de francs. Il y a tout là-bas. «C’est un outil de travail absolument incroyable, explique Patrick Oppliger. Tout y est personnalisé. Chaque joueur est connecté aux diverses machines de force et de condition physique. Le suivi est permanent. Cela permet de déceler les forces et les faiblesses de chacun et de travailler en fonction de cela. Ce système est à mon sens l’une des grandes forces de l’équipe qui est souvent épargnée par les blessures dites d’usure. Il y a moins de lésions musculaires, notamment aux adducteurs, à Zoug, et ce n’est sans doute pas un hasard.»

«Le club a regardé ce qui se faisait de mieux dans tous les domaines et il a ensuite compilé le tout pour créer un modèle très compétitif»

Patrick Oppliger, ancien joueur de Zoug

Ce bijou technologique avait tapé dans l’œil des ex-dirigeants genevois. Lors des discussions avec les autorités sur la future et très lointaine nouvelle patinoire de Ge Servette, Laurent Strawson et ses compères de l’ancien CA avaient inclus dans le cahier des charges une structure s’inspirant pour tout ou partie de cet OYM. «Quand on pense nouvelle patinoire, on ne pense que loges, confort et hausse de revenus, nous expliquait l’ancien président. Mais on ne pense pas assez à toutes ces nouvelles technologies qui accompagnent désormais la préparation d’une équipe professionnelle.»

Un centre dernier cri

Zoug, lui, a pensé à tout lorsqu’il a décidé de viser les sommets. «Le club a regardé ce qui se faisait de mieux dans tous les domaines et il a ensuite compilé le tout pour créer un modèle très compétitif, explique Patrick Oppliger. On pourrait dire qu’ils se sont inspirés de Berne pour tout ce qui touche au côté business, avec notamment le développement des revenus liés à la restauration. Et ils ont trouvé l’inspiration du côté de Zurich pour tout ce qui touche à la recherche et au développement des jeunes talents.»

Ces beaux efforts ont un coût. Là aussi, Zoug peut compter sur un ancrage idéal. Petit paradis fiscal, le Canton regorge de sièges sociaux des plusieurs grandes multinationales qui participent au soutien du club. Formation, recherche, développement, jeunesse, des mots magiques qui trouvent un écho favorable auprès des entreprises toujours soucieuses de leur image. Le budget est l’un des trois plus gros de Suisse, avec Berne et Zurich.

Pas de sentiment

«Il ny a pas vraiment de chiffres qui sont communiqués, mais c’est clairement l’une des plus grosses cylindrées de ce championnat, dit Patrick Oppliger. C’est un club qui a des bases financières très solides. Avec des gros investisseurs et sponsors comme Novartis. Avec aussi un président qui assure en cas de besoin. Mais le club ne fera jamais n’importe quoi avec cet argent. Les joueurs sont payés à leur juste valeur. Alors, oui, un Leonardo Genoni ou un Gregory Hofmann ont de très gros salaires. Mais ils doivent ensuite le justifier sur la glace. A contrario, le cas Raphaël Diaz est emblématique de cette politique sportive sans concession. Le capitaine voulait prolonger et demander tant. Le club estimait qu’il était tout de même sur une pente descendante et proposait moins. Au final, il n’a pas cédé et a laissé partir son défenseur emblématique.»

Avant de filer à Fribourg, le défenseur international n’a plus qu’un seul objectif. «C’est la gagne, et il est partagé par tous, à commencer par les dirigeants qui ne s’en cachent pas, rappelle Thomas Thiry. À Zoug, on veut le titre et rien d’autre.»

Un troisième échec après 2017 et 2019 passerait très mal.

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