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«Gilets jaunes»Macron et Philippe s'efforcent de reprendre la main

Les Français sont toujours nombreux à se dire déçus du discours de Macron et à vouloir poursuivre leur mobilisation.

Le 1er ministre français a défendu mardi devant l'Assemblée les mesures déclinées la veille par le président pour montrer qu'elles répondent aux demandes des «gilets jaunes». Ceux-ci sont toujours nombreux à se dire déçus et à vouloir poursuivre leur mobilisation.

«Le président a entendu la colère qui s'exprime et a apporté les réponses qui s'imposaient», a assuré Édouard Philippe en détaillant les annonces du chef de l'État la veille, des mesures «massives» pour que «le travail paie», financées par l'Etat, a-t-il plaidé.

Il est revenu en particulier sur l'annonce-phare de la veille, une augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic via une prime d'activité majorée. «Quand a-t-on augmenté le Smic d'un niveau de 100 euros? Avez-vous un exemple récent?», a-t-il lancé, assurant que cette mesure concernerait tous ceux payés au salaire minimum.

Il a aussi rappelé l'exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2000 euros par mois - qui concernera désormais selon lui 70% des retraités -, les heures supplémentaires défiscalisées et l'appel aux entreprises à verser une prime de fin d'année sans impôt ni charges.

Elus menacés

Le premier ministre a aussi dénoncé avec force les menaces et dégradations visant des élus, notamment des parlementaires LREM, en marge du mouvement des «gilets jaunes».

Pour réconforter des élus «très éprouvés» par ces agressions, Emmanuel Macron devait recevoir d'ailleurs mardi soir à l'Elysée tous les parlementaires LREM et MoDem.

Le soutien des Français recule

Preuve des immenses attentes de l'opinion, l'audience spectaculaire de l'allocution présidentielle, suivie par plus de 23 millions de Français, toutes chaînes confondues, un record absolu pour une annonce officielle.

Les premiers sondages montrent que le soutien des Français au mouvement, qui réunissait jusqu'ici plus des trois quarts de la population, a nettement reculé mais reste important, autour de 50% des sondés.

Nombreux protestataires mobilisés

Les mesures annoncées lundi soir en faveur du pouvoir d'achat, chiffrées à environ 10 milliards d'euros, n'ont cependant pas été jugées suffisantes par de nombreux protestataires. Ceux-ci ont annoncé leur détermination à poursuivre les blocages et appelé à un «acte V» de la mobilisation samedi dans toute la France.

D'autres accueillaient plus positivement les annonces. «Il y a de bonnes idées, un mea culpa, qui arrive trop tard, mais on ne va pas cracher dessus», estime Claude Rambour, 42 ans, «gilet jaune» dans le nord du pays. Jacline Mouraud, porte-parole réputée modérée, a elle appelé à «une trêve», en saluant «des avancées».

Les mesures annoncées risquent en tout cas de creuser nettement le déficit, qui selon Gérard Darmanin pourrait grimper à 2,5% hors coût de la transformation du CICE en baisse de charges (0,9%), soit 3,4% au lieu des 2,8% visés jusqu'ici.

Les banques font un geste

Alors que beaucoup de «gilets jaunes» reprochent à Emmanuel Macron de ne pas avoir mis à contribution les plus riches, les grandes banques françaises ont accepté de geler leurs frais bancaires pour 2019 et de les plafonner à 25 euros mensuels pour les 3,6 millions de personnes «les plus fragiles».

Ce qui reviendra, selon la Banque de France, à rendre aux ménages 500 à 600 millions d'euros de pouvoir d'achat. Mercredi, M. Macron recevra des grandes entreprises, auxquelles il demandera également des efforts.

Motion de censure

Plusieurs organisations patronales ont salué mardi les annonces du président, qui sont «de nature à répondre aux attentes exprimées sans pénaliser la compétitivité des entreprises», selon le Medef.

Pour Les Républicains, les annonces d'Emmanuel Macron constituent «un désaveu cinglant pour son gouvernement». Ils approuvent toutefois la défiscalisation des heures supplémentaires.

Le chef de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a lui apporté son soutien à un «acte V» de la mobilisation samedi. Plus prudente, Marine Le Pen a demandé aux «gilets jaunes» «d'analyser en conscience» les propositions du président. Les députés socialistes, Insoumis et communistes comptaient déposer mardi une motion de censure qui sera débattue jeudi.

(ats)

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