30.05.2012 à 07:57

Crise de la detteMadrid va créer un pot pourri avec ses dettes

L'Espagne est fortement bousculé sur les marchés. Pour tenter de sauver les meubles, le pays décide de mettre en commun les déficits de ses différentes régions, en émettant des hispanobonds.

Les banques restent la source principale de tracas, car l'Espagne va devoir mener le sauvetage public le plus cher de son histoire, celui de Bankia, troisième banque du pays par les actifs.

Les banques restent la source principale de tracas, car l'Espagne va devoir mener le sauvetage public le plus cher de son histoire, celui de Bankia, troisième banque du pays par les actifs.

Keystone

Pas un jour de répit. L'Espagne ne bénéficie d'aucun repos ni sursis. Les mauvaises nouvelles s'accumulent en effet pour Madrid: la banque centrale annonce aujourd'hui que l'économie, entrée en récession au premier trimestre avec un recul de son PIB de 0,3%, poursuivra son repli au deuxième. Par ailleurs, le gouvernement approuvera vendredi la «mise en commun» des émissions de dette des régions, pour «réduire la pression» sur ces collectivités, a annoncé la porte-parole du ministère de l'Economie.

Le ministre de l'Economie Luis de Guindos avait estimé que le PIB reculerait au deuxième trimestre, dans une ampleur «similaire» aux trois premiers mois de l'année.

Autre déconvenue du jour: selon des données provisoires, les ventes de détail en Espagne ont plongé de 9,8% au mois d'avril, la pire chute mensuelle depuis 2003, ce qui confirme la faiblesse de l'économie.

Prime de risque record

Dans ce contexte morose, les investisseurs continuent de fuir tant les entreprises espagnoles, avec une Bourse en chute de 2,71%, que la dette publique du pays, avec une prime de risque (surcoût que doit payer l'Espagne pour emprunter à dix ans, par rapport à l'Allemagne, référence du marché) qui a encore battu des records mardi matin, à 515,5 points.

Si le marché est si méfiant, c'est que, malgré la récession, le gouvernement doit actuellement agir sur plusieurs fronts, pour venir en aide à son secteur bancaire et à ses régions, tous deux fragilisés après avoir trop profité de la bulle immobilière, qui a éclaté en 2008.

La 3e banque du pays en banqueroute

Les banques restent la source principale de tracas, car l'Espagne va devoir mener le sauvetage public le plus cher de son histoire, celui de Bankia, troisième banque du pays par les actifs: pour se renflouer, elle a besoin de 23,5 milliards d'euros, dont 19 restent encore à trouver.

Une porte-parole du ministère de l'Economie a confirmé mardi que «la priorité est d'aller sur le marché», Madrid étant donc disposé à lancer une émission obligataire, malgré la tension actuelle, pour obtenir ces fonds.

De quoi faire grimper la dette publique espagnole bien au-delà des 79,8% du PIB visés par Madrid à fin 2012.

Vendre ou fusionner

Alors que l'ensemble du secteur bancaire doit réaliser plus de 80 milliards d'euros de nouvelles provisions en 2012, sous la pression du gouvernement, les banques se mettent en mouvement: Banco Popular, numéro quatre par la capitalisation boursière, a dit négocier la vente d'un pourcentage majoritaire de son activité de banque en ligne afin de couvrir en partie ces nouvelles provisions.

Autre stratégie adoptée par les banques: fusionner pour se renforcer. C'est l'option choisie mardi par trois caisses d'épargne, Ibercaja, Liberbank et Caja3, qui devraient approuver dans la journée leur fusion, qui créera la septième banque du pays par actifs (120 milliards d'euros).

Mais le marché s'inquiète aussi pour les 17 régions espagnoles: jouissant d'une grande autonomie, elles sont responsables des trois quarts du dérapage budgétaire de l'Espagne en 2011.

Promesses non tenues

Le pays a ainsi enregistré un déficit de 8,9% du PIB, au lieu des 6% promis, et les régions, qui s'étaient engagées à atteindre 1,3%, ont cumulé un déficit de 2,94%.

Considérées comme les mauvaises élèves de la rigueur budgétaire, elles ont de plus en plus de mal à se financer auprès du marché: pour leur venir en aide, le gouvernement approuvera vendredi la «mise en commun» des émissions de dette des régions, pour «réduire la pression »sur ces collectivités, a annoncé la porte-parole du ministère de l'Economie.

«Je peux vous confirmer que ce sera (approuvé) vendredi», a-t-elle déclaré, indiquant que les émissions seront «mises en commun, avec la garantie du Trésor», sous forme d'hispanobons.

Mi-mai, le gouvernement a déjà dû souscrire un prêt de 30 milliards d'euros pour aider les villes et régions à régler les factures de leurs fournisseurs.

(AFP)

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