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Italie"Mafia Capitale": la justice italienne ouvre le procès des bas-fonds de Rome (PAPIER GENERAL)

Par Ljubomir MILASIN

Rome, 5 nov 2015 (AFP) - La justice italienne a ouvert jeudi le procès des bas-fonds de Rome où un vaste réseau de criminels, d'entrepreneurs et d'hommes politiques est parvenu à gangrener la municipalité de la ville éternelle.

Ce maxi-procès, l'un des plus importants pour corruption depuis les grands procès lancés après les enquêtes "mains propres" dans les années 1990, s'est ouvert vers 09H30 (08H30 GMT) devant la cour pénale de Rome.

Plusieurs centaines de personnes, avocats, magistrats, assistants, greffiers, journalistes ou simples curieux ont assisté à cette audience, beaucoup debout faute de place.

Le principal des 46 prévenus est Massimo Carminati, un ex-militant d'extrême droite qui s'est reconverti dans la criminalité et avait été condamné pour appartenance à la "banda della Magliana", un groupe ayant fait régner la terreur dans la capitale dans les années 1980.

Il est aujourd'hui accusé d'extorsion, de corruption et de détournement de fonds publics, avec la complicité d'entrepreneurs véreux et d'hommes politiques peu scrupuleux.

Son bras droit est Salvatore Buzzi, le patron d'une coopérative travaillant pour la municipalité de Rome, médiateur entre le monde politique et celui plus obscur géré par Carminati, selon les enquêteurs.

Buzzi, incarcéré depuis son arrestation l'an dernier tout comme Carminati, avait déjà été condamné à 30 ans de prison pour avoir assassiné de 34 coups de couteau son complice qui l'aidait à écouler des chèques volés. Il avait finalement été libéré pour bonne conduite au bout de six ans.

Selon les enquêteurs, les deux hommes avaient mis en place un vaste réseau de corruption dont les affaires s'étendaient de la gestion des ordures à la maintenance des espaces verts ou à l'hébergement des réfugiés, autant de secteurs bénéficiant d'importants fonds publics.

Jeudi, ils n'étaient pas présents à l'audience, suivant le procès sur un écran depuis leur cellule.

L'affaire a explosé en décembre 2014 avec l'arrestation de 37 personnes, dont Massimo Carminati, 57 ans, borgne depuis un échange de tirs avec la police alors qu'il tentait de fuir en Suisse en 1981.

Au total, une centaine de personnes, dont des entrepreneurs et l'ex-maire de droite Gianni Alemanno, sont visés par cette enquête. Ce dernier a clamé mercredi son innocence, assurant que sa seule erreur a été de ne pas avoir vu ce qui se tramait autour de lui.

Parmi les noms les plus connus figurent celui de Luca Gramazio, ancien chef des élus du parti de Silvio Berlusconi, d'abord à la mairie de Rome puis à l'assemblée de la région du Latium, dans laquelle se trouve la capitale italienne.

La gauche y est aussi représentée, avec Mirko Coratti, ancien président du conseil municipal de Rome et membre du Parti démocrate (PD) de l'actuel chef du gouvernement Matteo Renzi.

L'un des enjeux de ce procès, dont les quelque 130 audiences prévues doivent durer jusqu'à l'été, sera de déterminer si le réseau était mafieux comme ceux de Cosa Nostra en Sicile, la Camorra à Naples ou la 'Ndranghetta en Calabre, ou s'il s'agissait d'une simple bande de criminels.

Les peines sont en effet beaucoup plus lourdes si le caractère mafieux est établi, ce que l'accusation soutient. La défense juge au contraire que la mafia n'existe pas à Rome.

Carminati veut "clarifier beaucoup de choses et croyez-moi, il le fera. Dans cette histoire, ce qui le gêne le plus, c'est que son nom soit associé à la mafia ou à la drogue", a déclaré jeudi son avocat, Giosue Naso, aux journalistes.

Il a dénoncé le fait que son client ne puisse se rendre physiquement aux audiences -- "pour des raisons de sécurité et d'ordre public" selon le tribunal --, assurant que cela représentait une violation de ses droits.

La première audience était purement technique et portait sur la présence ou non des chaînes de télévision, diverses questions procédurales ainsi que sur la constitution des parties civiles.

Dès la deuxième audience, le tribunal devrait se déplacer à la prison de Rebibbia, dans la banlieue nord-est de Rome.

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(AFP)

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