Football: Mágico González, génie éternel du football andalou

Publié

FootballMágico González, génie éternel du football andalou

Puisque la Liga reprend ce soir avec le derby de Séville, rendons hommage au plus grand joueur de la province (et du monde).

par
Sport-Center
Duo de rock-stars: Jorge "Magico" Gonzalez en compagnie de Diego Maradona lors d'un jubilé au Salvador en 2006.

Duo de rock-stars: Jorge "Magico" Gonzalez en compagnie de Diego Maradona lors d'un jubilé au Salvador en 2006.

Keystone

La saison de Liga reprend ce soir à Sanchez Pizjuan avec un derby de Séville qui va sonner creux (22h). L'Espagne revient donc au football par l'Andalousie, province qui a accueilli, il y a 38 ans, celui qu'une rumeur romantique aime reconnaître comme le «plus grand joueur du monde» (sans doute à égalité avec «El Trinche» Carlovich, autre icône du football parallèle).

«On voulait tous l'imiter, on essayait, on se disait: «Putain, t'as vu le but de Mágico?» Alors on tentait les mêmes dribbles et on se cassait tous la gueule..., se souvient Diego Maradona, cité par SoFoot. Un seul homme peut faire de la magie avec ses pieds, son nom est Mágico González.»

Cette citation renvoie à la saison 1982-83, celle qui suit le Mundial espagnol. Lors de cette Coupe du monde, Mágico joue trois matches, ne marque aucun but et prend un cinglant 10-1 avec son Salvador face à la Hongrie. Et pourtant, le drôle d'oiseau est élu dans l'équipe type du tournoi, où il partage l'attaque avec Paolo Rossi!

Porté par la «hype» du Mundial, Mágico exporte alors son talent contrarié contre 130'000 dollars pour atterrir au FC Cadix, fraîchement descendu en deuxième division. C'est là, non loin de l'embouchure du Guadalquivir, que durant sept ans il va construire un personnage quasi mythologique: insaisissable de jour comme de nuit. Un héros de bande-dessinée, capable de jongler avec un paquet de cigarettes, de déambuler dans les rues de Cadix déguisé en clown et de claquer deux buts et deux passes décisives contre l'Atlético en une seule mi-temps... après avoir raté la première pour cause de sieste prolongée (de 0-1 à 4-1).

L'acte manqué avec le Barça

«J'étais chargé de venir le réveiller chez lui pour l'emmener à l'entraînement. Mais c'était impossible. Je lui balançais des chaussures dans la tronche, je le tirais par les pieds, rien à faire», raconte Pepe Meijas, son partenaire en attaque, dans le même article. Rien à faire, Mágico aimait dormir le jour autant qu'il adorait s'enfoncer dans la nuit pour y explorer toutes ses tentations.

Une anecdote résume à elle seule cette dépendance. Nous sommes en mai 1984, le Barça de Maradona et de Menotti lui offre un essai sous la forme d'une tournée aux États-Unis. En vrac, Mágico rate l'avion, rattrape la délégation et humilie Fluminense de sa complicité avec Maradona (2 buts), puis se fait réveiller en pleine alerte incendie avec une fille de joie dans les bras.

Le Barça, la gloire et l'explosion du football business s'en vont sans lui. Màgico s'en retourne donc à Cadix où il s'enfonce dans la caricature de sa légende, payé au «match joué» et contraint de se défendre (très mal) d'une accusation d'agression sexuelle.

L'artiste jouera encore jusqu'à passé 40 ans au Salvador, où Maradona viendra le fêter avant que le stade national ne soit rebaptisé en son honneur. «Je reconnais que je ne suis pas un saint et que j'aime la nuit, avoue-t-il volontiers. Que je suis un irresponsable et un mauvais professionnel. Je le sais, mais il y a un truc qui ne tourne pas rond chez moi: je n'aime pas considérer le football comme un boulot. Je joue juste pour m'amuser.»

Puissent les joueurs du Betis et de Séville honorer ce soir cette dernière phrase, alors que le football revient illuminer les nuits andalouses.

Mathieu Aeschmann

Ton opinion