Football: Magnin: «Pas grand-monde ne nous aurait battus»
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FootballMagnin: «Pas grand-monde ne nous aurait battus»

Ludovic Magnin, survolté lors de la victoire de son FC Zurich en finale de la Coupe de Suisse, met des mots forts sur son premier triomphe de coach.

par
Simon Meier
Berne
Ludovic Magnin, vainqueur de la Coupe de Suisse avec le FC Zurich, laisse éclater sa joie au coup de sifflet final.

Ludovic Magnin, vainqueur de la Coupe de Suisse avec le FC Zurich, laisse éclater sa joie au coup de sifflet final.

AFP

Il a hurlé, gesticulé, bondi, serré les poings, craché sa rage, expulsé son bonheur. Bref, Ludovic Magnin a vécu – et gagné – sa première finale de Coupe comme entraîneur. Près d’une heure et demie après l’extase (au coup de sifflet final, il était le premier à sprinter en direction des supporters zurichois), le Vaudois s’est longuement épanché en salle de presse. Voici une compilation de ses différentes interventions.

Ludovic Magnin, comment vous sentez-vous après ce match durant lequel vous avez explosé plusieurs fois? Vide ou euphorique?

Je suis calme. Quand tu es entraîneur d’une équipe et que tu exiges d’elle une telle passion, un tel esprit combatif, tu ne peux pas coacher comme ça, tranquille. Je suis comme je suis, je ne veux pas me cacher. Il n’y a aucune vérité, en football, mais je sais que le plus important, c’est ce qui se passe de l’autre côté de la ligne blanche, sur le terrain. Et là, les gars ont fait des choses sensationnelles. Cette équipe a une mentalité spéciale et c’est ce qui nous a permis de gagner aujourd’hui. Ce succès rend toute la famille du FC Zurich heureuse. Nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir vivre ça, avec cette incroyable tribune blanche. Nous n’étions pas à l’extérieur et, les fois où je me suis rassis sur mon banc et que je regardais ces gens exceptionnels (ndlr: les supporters du FCZ), j’en avais des frissons.

Alors, est-ce plus facile de jouer une finale comme entraîneur ou comme joueur?

Comme joueur. Tu dois juste te concentrer, préparer ton match, tu as l’échauffement pendant que l’entraîneur attend dans le vestiaire, en espérant que cela commence vite. La tension est très grande. Tu te demandes si les plans vont fonctionner, si les joueurs vont répondre.

On peut dire que oui…

Les gars ont réussi à mettre le cœur qu’on avait demandé depuis deux semaines. Aujourd’hui (ndlr: dimanche), je pense que pas grand-monde ne nous aurait battus. Comme je l’ai dit aux joueurs, une finale de Coupe, ça ne se gagne pas en jouant le tiki-taka. C’est les émotions. Le truc, c’est de mettre les mecs dans une température suffisamment chaude pour qu’ils soient capables de casser un mur en sortant. Tout à l’heure (ndlr : dimanche au Stade de Suisse),on sentait une atmosphère spéciale dans le vestiaire. Ils ont sorti d’eux-mêmes une énergie impensable.

Vous leur en avez sans doute transmis une part. Comment?

Je dois le dire: ce que le club et le staff ont mis en œuvre avant cette finale est sensationnel, même si tu n’es jamais sûr que cela va fonctionner. Mon expérience de finales de Coupe ou de championnat m’a beaucoup aidé, aussi. On a pris le temps de faire les choses calmement, on a pu aller s’entraîner seuls sur les terrains de la FIFA, où on n’a fait que jouer au foot jusqu’à mercredi. Jeudi c’était tranquille et vendredi, on s’est mis au vert à Thoune. A partir du moment où on montait dans le bus, on changeait d’air, d’atmosphère. On était tous ensemble, avec les 21 joueurs qui méritaient d’être là. Et vendredi soir à l’hôtel, on a parlé.

De quoi?

Je leur ai dit entre autre qu’on ne naissait pas vainqueur, mais qu’on devait travailler pour. C’est la vérité, au foot comme dans la vie de tous les jours. Tous ceux qui réussissent ont bossé dur.

C’était la seule clé de cette finale?

Non. L’idée était de gagner les duels mais, pour ça, il faut déjà créer la possibilité qu’il y en ait. En plus du cœur, on avait un plan (sourire). En alignant une défense à trois, nous pouvions mieux les contrer sur les centres et les balles arrêtées, un domaine où YB est très fort. Ils jouent dans leur 4-4-2 depuis un an, il n’y a pas beaucoup de surprises. Nous savions qu’YB, comme Bâle, joue très offensif, avec des latéraux très haut. Donc quand tu récupères le ballon, si tu joues avec deux attaquants, tu peux vite te retrouver à deux contre deux en rupture. Après une minute 30, on a la grosse chance de «Michi» (ndlr: Michael Frey, qui ouvrira le score à la 11e minute, dans des conditions un peu similaires), qui arrive exactement de la façon voulue. Donc les mecs, sur le terrain, se disent: «Ok, ça marche.» Cette première opportunité nous a poussés. On a un peu spéculé là-dessus, ça a marché les gars! (Il se marre).

Ce premier titre vous prouve-t-il que vous êtes sur le bon chemin?

Cela apporte une satisfaction, clair. Mais pour ce qui est du chemin, je ne sais pas si c’est le bon. Mais c’est le mien, celui que j’ai choisi. L’important, c’est que cela soit le bon à mes yeux et à ceux de la direction du club. Naturellement, quand on finit une saison avec de bons résultats en championnat et une victoire en Coupe, cela apporte pas mal de calme. Il est aussi important, dans un tel moment, de ne pas oublier son prédécesseur: une partie de cette Coupe revient à Uli Forte, qui avait amené l’équipe en demi-finale. Je le dis et le redis, ce n’est pas ma victoire, mais celle de tout un club.

Comment avez-vous vécu les derniers instants de cette partie ?

J’aurais adoré que l’arbitre siffle cinq minutes plus tôt. C’était de la tension pure. Nous sentions bien que, si le 2-2 tombait, nous étions quasiment morts en prolongations, à dix contre onze, dans un tel match… Mais bon, l’égalisation n’est pas tombée.

Jeudi, vous avez votre examen final pour votre diplôme UEFA Pro. Espérez-vous un point supplémentaire pour cette victoire?

J’ai quand même préparé mon power-point. Mais je peux aller à l’examen avec ce trophée, j’espère que mes formateurs seront contents de voir qu’un jeune entraîneur suisse a déjà eu la chance de vivre ça. Mes six ans de formation m’ont beaucoup apporté. C’est nécessaire, en tant que jeune entraîneur, d’apprendre, de remplir son sac à dos. Une carrière de joueur pro ne suffit pas, il y a tellement de dimensions différentes dans le management d’une équipe. J’ai aussi la chance d’avoir beaucoup de gens autour de moi, à commencer par mon assistant René Van Eck, le staff, le président, qui ont accepté de travailler avec un type qui a encore du lait derrière les oreilles. Je le répète: cette Coupe, c’est la victoire de tout un club. Depuis deux semaines, nous avons vécu quelque chose d’incroyable.

Et vous avez bâti une vraie relation avec le cinquième arbitre, où partirez-vous en vacances?

Non, ça s’est bien passé, il me connait maintenant. J’ai revu les images entretemps et je peux vous dire que plein de fois, j’avais raison. Ne me faites pas parler de l’arbitre, sinon je vais de nouveau avoir les crocs!

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