Football: Mais qu’est-ce qui cloche au FC Zurich?

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FootballMais qu’est-ce qui cloche au FC Zurich?

Le champion en titre a attendu près de cinq matches pour inscrire son premier but en Super League cette saison. Avec seulement deux points au compteur, ses débuts sont ratés. Décryptage.

par
Valentin Schnorhk

474. C’est en minutes le temps qu’il aura fallu au champion en titre pour inscrire son premier but en Super League cette saison. Brutal retour sur terre pour le FC Zurich, qui avait rapidement rendu incontestable son sacre durant la saison dernière. Et même si la libération est intervenue avec Fabian Rohner à Winterthour (1-1) dimanche, cela ne résout pas tous les maux: le FCZ ne compte que 2 points après cinq journées.

Tout est plus compliqué pour les Zurichois cette saison.

Tout est plus compliqué pour les Zurichois cette saison.

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Début de saison étonnant, donc. Il existe bien sûr passablement de circonstances atténuantes: les départs de l’entraîneur André Breitenreiter, remplacé par Franco Foda, et des joueurs-clés qu’ont été Ousmane Doumbia et Assan Ceesay l’an dernier en font partie. Pareil pour les matches de Coupe d’Europe qui garnissent le calendrier zurichois chaque semaine et contraignent Foda à jongler avec son effectif. Mais le contexte global suffit-il à expliquer ces récurrentes défaillances? Décryptage.


L’indéniable poisse

Pour Zurich, le choc est d’autant plus violent cette saison que tout ce qui leur réussissait l’an dernier ne fonctionne plus aujourd’hui. C’est dans les chiffres que le contraste est le plus éloquent: la saison passée, le FCZ avait pris pour habitude de surperformer à tous les niveaux. Il marquait beaucoup plus que ce que le modèle des Expected Goals lui prédisait et, en plus, il encaissait moins de buts que ce que la théorie supposait.

Il y avait là bien sûr des explications tactiques: une capacité à se mettre en excellente position de tir et, surtout, à rendre compliquées toutes les tentatives adverses grâce à une densité et une agressivité devant son propre but. Il y avait peut-être aussi un peu de chance, même si leur titre de champion ne s’arrête pas à ça. En revanche, depuis le début de saison, Zurich affiche une indéniable poisse.

Le FCZ se distingue désormais par une sous-performance totale. Notamment du point de vue offensif: il n’a marqué qu’un seul but, alors que selon les Expected Goals, il devrait en avoir inscrit sept. Un écart bien trop important et qui appelle un certain retour à la moyenne durant ces prochaines semaines. Le penalty manqué par Antonio Marchesano lors de la 1re journée contre Young Boys alors que le score était encore de 0-0 pèse un certain poids dans cette inefficacité.


Un héritage difficile à assumer

Statistiquement donc, Zurich ne s’inscrit pas vraiment sur la lancée de l’année passée. D’autres données le disent également. À commencer par la possession de balle. Durant l’exercice 2021-22, le Stadtclub s’était fait spécialiste de laisser le ballon à ses adversaires: moins de 47% en moyenne sur l’ensemble de la saison. La donne a changé. Peut-être parce que leur statut n’est plus le même. Peut-être aussi parce que l’arrivée d’un nouvel entraîneur et le départ de Ceesay, lequel s’exprimait extrêmement bien en transition, ont fait évoluer l’approche.

Il y a un tout cas un fait: Zurich a désormais 54% du temps le ballon. Mais force est d’admettre qu’il ne parvient pas encore à l’utiliser parfaitement. Parce que si le FCZ amène plus régulièrement la balle dans le dernier tiers adverse, il le touche moins souvent dans la surface (16 fois par match, contre 19 l’an dernier). Il y a donc des principes offensifs en mutation. Et par instants, il en ressort le sentiment d’un Zurich qui cherche ses repères, en tentant de reproduire des actions qui ont marché par le passé, mais qui sont moins efficaces désormais.

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Ces principes qui ne marchent plus: Un schéma connu du FCZ de l’an dernier était la construction à trois défenseurs avec l’intention de créer un surnombre sur un côté. Notamment à gauche, comme ici contre Winterthour.

Ces principes qui ne marchent plus: Un schéma connu du FCZ de l’an dernier était la construction à trois défenseurs avec l’intention de créer un surnombre sur un côté. Notamment à gauche, comme ici contre Winterthour.

Aliti sert Guerrero. Ce dernier cherche à revenir à l’intérieur avec Avdijaj. Sauf que celui-ci a cherché l’appel en profondeur. Et aucun milieu n’est venu garnir la zone. Le ballon est perdu.

Aliti sert Guerrero. Ce dernier cherche à revenir à l’intérieur avec Avdijaj. Sauf que celui-ci a cherché l’appel en profondeur. Et aucun milieu n’est venu garnir la zone. Le ballon est perdu.

Et sur la transition, les Zurichois sont loin. Gelmi peut ainsi directement toucher Di Giusto, qui se créera une occasion.

Et sur la transition, les Zurichois sont loin. Gelmi peut ainsi directement toucher Di Giusto, qui se créera une occasion.

L’utilisation des côtés n’est plus autant la valeur refuge qu’elle avait pu être l’an dernier. On y combine moins, même si Boranijasevic et Guerrero sont toujours chargés de les animer. Mais la connexion avec les milieux et les attaquants se fait moins naturellement. Comme la recherche de la verticalité et de la profondeur, qui sont moins des caractéristiques de Santini ou Avdijaj. Voire également de Gnonto, beaucoup plus régulièrement aligné mais très demandeur en ballon dans les pieds.


En quête d’identité

Plus globalement, il y a après un mois de compétition le sentiment d’un FCZ qui se cherche. Franco Foda a déjà aligné beaucoup de joueurs différents. Il doit gérer les temps de jeu. Mais cela se ressent sur le terrain. En témoignent les différents systèmes déjà utilisés: le 3-4-1-2 fidèle à Breitenreiter a parfois été délaissé au profit d’un 4-4-2 ou d’un 4-2-3-1 pas toujours bien animés. Sur ces derniers matches, Foda est revenu à l’alignement qui avait mené au titre. Soit.

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Des animations défensives très variables: Lors de la 1re journée sur la pelouse de Young Boys, Zurich se met en tête d’aller presser haut. Par séquences, cela fonctionne.

Des animations défensives très variables: Lors de la 1re journée sur la pelouse de Young Boys, Zurich se met en tête d’aller presser haut. Par séquences, cela fonctionne.

Puis, une semaine plus tard, lors de la réception de Lucerne, c’est un 4-4-2 avec un bloc médian qui est proposé.

Puis, une semaine plus tard, lors de la réception de Lucerne, c’est un 4-4-2 avec un bloc médian qui est proposé.

Enfin, dimanche à Winterthour, le FCZ choisit de reprendre un principe qui a fonctionné l’an passé: l’orientation individuelle et axiale avec un positionnement assez haut.

Enfin, dimanche à Winterthour, le FCZ choisit de reprendre un principe qui a fonctionné l’an passé: l’orientation individuelle et axiale avec un positionnement assez haut.

Mais les animations ont également tendance à varier. En particulier sans ballon. Ainsi, Zurich ne raconte jamais des intentions très claires, au point de passer d’un 4-4-2 médian contre Lucerne à une orientation plus haute et individuelle contre Winterthour dimanche. Sans que l’une ou l’autre version ne fasse véritablement ses preuves. Et lorsqu’il s’agit de défendre bas, l’occupation de la surface est un peu moins marquante que l’an dernier. Avec une donnée révélatrice: là où les défenseurs zurichois contraient près d’un tiers des tirs qui leur étaient adressés, ils n’en bloquent plus qu’un sur cinq. Comme s’ils avaient quelque peu ôté de leur identité la défense de surface.

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Une défense moins imperméable: La défense de surface est moins solidaire que l’an dernier. Seuls six Zurichois sont présents derrière le ballon, laissant Di Giusto frapper. Heureusement, Kryeziu sort bien et peut contrer la frappe.

Une défense moins imperméable: La défense de surface est moins solidaire que l’an dernier. Seuls six Zurichois sont présents derrière le ballon, laissant Di Giusto frapper. Heureusement, Kryeziu sort bien et peut contrer la frappe.

Les transitions défensives incarnent également un danger. Guerrero perd la balle et Winterthour peut repartir immédiatement avec Ramizi.

Les transitions défensives incarnent également un danger. Guerrero perd la balle et Winterthour peut repartir immédiatement avec Ramizi.

La balle en profondeur vers Manzambi suffit à prendre à revers l’ensemble de la défense. Winterthour pourra ouvrir le score sur cette séquence.

La balle en profondeur vers Manzambi suffit à prendre à revers l’ensemble de la défense. Winterthour pourra ouvrir le score sur cette séquence.

Du point de vue de l’animation offensive, il y a également des interrogations qui surgissent au fil des matches. Par exemple, l’intention d’avoir le ballon est louable et elle peut donner certaines phases de possession intéressantes et maîtrisées dans le camp adverse. En revanche, à la relance, la gestion de la pression semble beaucoup plus difficile à assumer et Zurich se laisse repousser relativement facilement (le bloc défensif de Winterthour en a allégrement profité dimanche). Avec des erreurs techniques parfois inquiétantes.

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Une résistance faible à la pression: Zurich affiche une certaine peine à repartir lorsque l’adversaire est pressant sur le porteur. Ici, Brecher va servir Boranijasevic qui, sous pression, va manquer son contrôle.

Une résistance faible à la pression: Zurich affiche une certaine peine à repartir lorsque l’adversaire est pressant sur le porteur. Ici, Brecher va servir Boranijasevic qui, sous pression, va manquer son contrôle.

Autre exemple contre Winterthour: Zurich est en possession haute et Kamberi joue avec Condé, plein axe. Celui-ci ne peut pas se retourner et rejoue en retrait.

Autre exemple contre Winterthour: Zurich est en possession haute et Kamberi joue avec Condé, plein axe. Celui-ci ne peut pas se retourner et rejoue en retrait.

Quelques secondes plus tard, Winterthour a remonté son bloc et Zurich est en difficulté. Kamberi devra jouer long.

Quelques secondes plus tard, Winterthour a remonté son bloc et Zurich est en difficulté. Kamberi devra jouer long.

Tout cela est révélateur du processus de transition dans lequel est lancé presque malgré lui le FC Zurich. Il lui sera difficile de répéter une saison aussi parfaite que l’an dernier. Et savoir faire son deuil n’a rien d’aisé: ce n’est pas parce que la recette a fonctionné en 2021-22 qu’il en sera de même cette saison. Pour Franco Foda, tout cela est bien piégeux.

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