Nicaragua - Malgré le tollé international, Ortega continue d’écarter ses opposants
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NicaraguaMalgré le tollé international, Ortega continue d’écarter ses opposants

Ils sont désormais 19 dirigeants politiques, ex-guérilléros dissidents, journalistes ou hommes d’affaires à avoir été placés en détention ou en résidence surveillée par les autorités.

Le gouvernement affirme que les potentiels candidats à la présidence arrêtés sont des «usurpateurs» financés par les États-Unis et l’Union européenne pour fomenter un «coup d’État» contre Daniel Ortega. (Photo Cesar PEREZ / Nicaraguan Presidency / AFP)

Le gouvernement affirme que les potentiels candidats à la présidence arrêtés sont des «usurpateurs» financés par les États-Unis et l’Union européenne pour fomenter un «coup d’État» contre Daniel Ortega. (Photo Cesar PEREZ / Nicaraguan Presidency / AFP)

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Les arrestations d’opposants et de candidats à la présidentielle s’enchaînent au Nicaragua: malgré le tollé international, le président Daniel Ortega veut s’assurer d’avoir le champ libre pour un quatrième mandat en novembre.

Dimanche, un cinquième membre de l’opposition ayant rendu publique son intention de se présenter à la présidentielle du 7 novembre a été arrêté, et deux autres interpellations d’opposants ont eu lieu dès le lendemain. Ils sont désormais 19 dirigeants politiques, ex-guérilléros dissidents, journalistes ou hommes d’affaires à avoir été placés en détention ou en résidence surveillée, dont celle qui est considérée comme sa plus sérieuse adversaire, la journaliste Cristiana Chamorro.

Les charges retenues contre eux, comme l’«atteinte à l’indépendance et à la souveraineté» du pays ou l’incitation à «l’ingérence étrangère», font partie d’un nouvel arsenal législatif très contesté mis en place en décembre par le président Ortega, 75 ans, au pouvoir depuis 2007. Parallèlement, plusieurs opposants ont fui le pays face aux menaces.

Mardi, lors d’une session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, 59 pays se sont dit dans une déclaration commune «profondément préoccupés par le fait que les lois récemment adoptées restreignent indûment la participation politique, la liberté d’expression, de réunion et d’association». Ces pays, de nombreux européens, latino-américains ainsi que les États-Unis, jugent «particulièrement inquiétantes la dissolution arbitraire de partis politiques et les poursuites pénales engagées contre de nombreux candidats à la présidence et dissidents» et réclament leur «libération immédiate».

Le gouvernement affirme, lui, que ces potentiels candidats à la présidence sont des «usurpateurs» financés par les États-Unis et l’Union européenne pour fomenter un «coup d’État» contre Daniel Ortega. La Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a déclaré au cours de ce Conseil que son bureau a «enregistré une escalade de persécutions ciblées contre les défenseurs des droits humains, les journalistes et les personnes perçues comme des opposants». Selon elle, la crise politique au Nicaragua «non seulement ne montre aucun signe de sortie, mais s’est aggravée de manière alarmante».

En 2018, le pays a été secoué par une contestation exigeant la démission de Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo devenue vice-présidente en 2016, accusés par leurs détracteurs d’avoir instauré une «dictature» marquée par la corruption et le népotisme. Une violente répression a fait 328 morts, des centaines d’opposants ont été emprisonnés et plus de 100’000 Nicaraguayens se sont exilés.

Michelle Bachelet a demandé «la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement, la cessation de tous les actes de persécution à l’encontre des voix dissidentes, le rétablissement des droits et libertés qui rendent possible un processus électoral libre, crédible et équitable».

«Il est là pour rester»

Pour le sociologue Oscar René Vargas, la logique d’Ortega, qui a gouverné de 1979 à 1990 avant de revenir au pouvoir en 2007, est d’éliminer tout rival potentiel qui pourrait mettre en danger sa réélection à un quatrième mandat successif. Le processus électoral se déroule «dans un état de siège de facto», a-t-il déclaré à l’AFP.

Selon Mr Vargas, la stratégie du chef de l’État consiste à permettre la participation de candidats qui lui conviennent «pour obtenir un minimum de légitimité».

«Ortega démontre qu’il n’est pas prêt à jouer avec le pouvoir. Il est là pour rester et paiera n’importe quel prix pour le perpétuer», a renchéri auprès de l’AFP depuis les États-Unis la romancière nicaraguayenne Gioconda Belli. Pour elle, les élections de novembre «seront un cirque» et «l’opposition ne devrait pas y participer».

Human Rights Watch (HRW) a appelé les Nations Unies à accroître la pression pour protéger les droits humains et garantir des élections libres. L’ONG a demandé de porter la question devant le Conseil de sécurité, arguant d’un danger d’instabilité dans la région.

Washington a riposté au coup de filet contre l’opposition en élargissant les sanctions déjà prises à quatre responsables nicaraguayens, dont la fille du président. Mais le Nicaragua, 6,5 millions d’habitants, étant le deuxième pays le plus pauvre du continent américain, le président démocrate Joe Biden craint que les sanctions, si elles atteignent la population, déclenchent un nouvel afflux de migrants vers les États-Unis, un dossier épineux pour la Maison-Blanche.

(AFP)

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