Roumanie: Manifestations contre la réforme de la justice

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RoumanieManifestations contre la réforme de la justice

Le plan des sociaux-démocrates pour la réforme de la justice a été vivement dénoncé dans la rue par les Roumains dimanche.

Des manifestants réunis devant le Parlement de Bucarest. (Dimanche 26 novembre 2017)

Des manifestants réunis devant le Parlement de Bucarest. (Dimanche 26 novembre 2017)

AFP

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche à Bucarest et dans de nombreuses autres villes de Roumanie contre un plan très critiqué de réforme de la justice. Un plan que veulent faire adopter les sociaux-démocrates (PSD) au pouvoir.

«Bandits! Bandits!», ont scandé des milliers de protestataires dimanche devant le siège du gouvernement à Bucarest. «Nous voulons la justice, pas la corruption! Le PSD est une peste rouge!», pouvait-on aussi entendre.

Les manifestants étaient autour de 30'000 à marcher en direction du parlement dans la capitale, tandis que 20'000 personnes environ se sont mobilisées dans environ 70 villes du reste du pays. «Comment peut-on faire confiance à des loups pour décider des lois régissant le troupeau de moutons?», s'est indigné sur sa page Facebook l'ancien Premier ministre Dacian Ciolos, avant de rejoindre les manifestants à Bucarest.

La coalition dominée par le PSD, qui contrôle une large majorité au parlement, élabore un projet de refonte de la justice que la Commission européenne, la communauté diplomatique et des milliers de magistrats ont critiqué. Ces derniers estiment qu'un tel plan revient à placer l'appareil judiciaire sous le contrôle du pouvoir politique et affaiblirait les efforts de lutte contre la corruption.

Les aspects les plus contestés du projet de réforme de la justice concernent une unité d'inspection chargée de superviser l'attitude des magistrats, mais aussi le processus de nomination des procureurs et le droit du président à opposer son veto à des candidats à certains postes.

Corruption

Ces derniers jours, une commission parlementaire spéciale a engagé la discussion sur le projet de loi. Elle est présidée par Florin Iordache qui a démissionné en février de son poste de ministre de la Justice après avoir rédigé un décret sur la corruption largement décrié.

Le texte avait déclenché les plus importantes manifestations à travers le pays depuis celles qui avaient conduit à la chute de Nicolae Ceausescu en décembre 1989. Le décret, qui avait fini par être abrogé, aurait protégé de fait des dizaines de responsables de toute poursuite en justice pour faits de corruption.

Les procureurs roumains ont ouvert des enquêtes sur plusieurs centaines de responsables publics, dont plusieurs anciens Premiers ministres, dans le cadre d'opérations anti-corruption au cours des dix dernières années. Selon l'ONG Transparency International, la Roumanie compte parmi les pays les plus corrompus de l'Union européenne, même si Bruxelles a salué les efforts engagés par les magistrats.

Avoirs gelés

Les procureurs ont ainsi gelé ce mois-ci les avoirs personnels du chef de file du PSD, Liviu Dragnea, dans le cadre d'une enquête sur le détournement présumé de fonds publics, dont certains provenant de l'UE. Dragnea a nié toute malversation.

Dans un rapport rendu public le 15 novembre, la Commission européenne estimait que la réforme de la justice n'avait pas avancé en Roumanie cette année et que les remises en cause de l'indépendance de la justice demeuraient une source d'inquiétude.

(ats)

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