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MilitantMapuche soigné en Suisse: «Je ne connais pas la douleur»

Blessé par un tir de la police au Chili, Waikilaf Cadín Calfunao est à Genève pour être traité par un expert en blessures de guerre.

par
Sarah Zeines
Waikilaf Cadín Calfunao est soigné à Genève par le Dr Laurent Subilia, spécialiste des blessures de guerre.

Waikilaf Cadín Calfunao est soigné à Genève par le Dr Laurent Subilia, spécialiste des blessures de guerre.

Yvain Genevay

La posture droite et la démarche sûre, en dépit de la béquille qui le soutient, Waikilaf Cadín Calfunao a tout d’un révolutionnaire. Le fils de Juana Rosa Calfunao, cheffe spirituelle au sein de la communauté autochtone Mapuche, au Chili, a gardé un air grave au fil de la discussion que nous avons eue hier matin avec lui. L’homme de 35 ans se trouve actuellement à Genève, pour traiter une blessure par balle à la jambe.

Un coup dur qui remonte au 28 janvier dernier, suite à des tirs de la police chilienne à Temuco, région où il vit au sud de la capitale, Santiago. «Nous défendons nos terres contre les autorités locales depuis quatre générations. J’ai été atteint par les tirs en défendant ma mère, arrêtée par des agents pour leur avoir fait face, raconte-t-il. Le projectile a éclaté dans ma jambe, où des dizaines de fragments se trouvent encore. Comme je n’ai pas accès aux soins spécifiques à ce problème dans mon pays, j’ai fait le voyage pour voir un spécialiste.»

Le Dr Laurent Subilia, expert en blessures de guerre à la Fondation Autonomia, est à l’origine de la venue de Waikilaf Calfunao. Depuis son bureau de la rue des Voisins, dans le quartier de Plainpalais (GE), ce médecin militant tente de soulager la douleur du Mapuche. «Certains éclats de balle se trouvent dans ses articulations et doivent être enlevés, explique-t-il. Il a également une mâchoire fracturée depuis longtemps. J’ai traité sa mère pour le même type de blessure par le passé.»

Un docteur militant

Et de préciser: «Il est très difficile de connaître le seuil d’inconfort d’un Mapuche. La notion de douleur individuelle n’existe pas pour eux. La communauté passe toujours avant.» Une affirmation confirmée par son patient. «Je ne connais ni la peur, ni la souffrance physique, assure-t-il. Je suis habitué aux coups de la police depuis mon enfance.»

Un refus de l’intimidation que l’activiste compte conserver, au cours des trois semaines qui lui restent à passer en Suisse. «Je suis également ici pour dénoncer les violences dont souffre mon peuple. Et ce, avec l’aide de la Commission interaméricaine des droits de l’homme. À terme, j’espère que ma venue ici ouvrira la porte aux soins pour les autres Mapuche blessés comme moi», lance-t-il, le regard perçant.

Interview de Jimena Reyes, de la Fédération internationale des droits de l’homme

Quels sont les enjeux de ce conflit? L’histoire des Mapuche est aussi celle de nombreuses communautés autochtones. Ils sont poussés hors de leurs terres par des autorités régionales, qui font prévaloir leurs intérêts économiques.

La FIDH intervient-elle? Oui. Il y a quelques années, nous avons défendu cinq Mapuche, condamnés pour terrorisme. Nous avons gagné et le gouvernement national a été reconnu coupable de discrimination raciale.

Qui est responsable des violences?

La force publique, mais aussi le pouvoir judiciaire, qui agit trop souvent de manière discriminatoire vis-à-vis des Mapuche.

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