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Ski alpin«Marc a une immense force de caractère!»

Souvent malchanceux sur la piste, Marc Gisin a décidé de mettre un terme à sa carrière. Les réactions de sa sœur, Dominique, et Didier Défago.

par
Sylvain Bolt
La grande sœur de Marc Gisin, ici en 2012, se dit impressionnée par son petit frère, qui n’a pas été épargné par les grosses blessures.

La grande sœur de Marc Gisin, ici en 2012, se dit impressionnée par son petit frère, qui n’a pas été épargné par les grosses blessures.

KEYSTONE

En janvier, après une séance d’entraînement chaotique à Wengen, Marc Gisin avait préféré se retirer pour tenter un ultime tour de force cette saison. Largué au chrono (82e et dernier avec plus de 21 secondes de retard), l’Obwaldien s’était fait peur en évitant de justesse une chute sur le Minschkante, dérapant jusqu’au fond de la mythique piste.

Dans l’Oberland bernois, Marc Gisin avait alors promis de tout faire pour revenir. Lundi, il a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il prenait sa retraite sportive à 32 ans.

Jamais vraiment remis de son terrible accident de décembre 2018, à Val Gardena, le skieur d’Engelberg a décidé de ranger ses longs skis de descente à la cave. Pour de bon cette fois. «J’ai essayé de donner à mon corps et surtout à mon cerveau le temps nécessaire pour récupérer», a écrit l’Obwaldien lundi sur ses réseaux sociaux. Mais mon corps ne le supporte plus. Ma proprioception, qui n’est pas encore complètement guérie, ne me permettra pas de skier comme je le souhaite et comme cela est exigé au plus haut niveau.»

Le Lauberhorn aura donc été son dernier contact avec une piste de Coupe du monde. C’est sur la même pente que l’Obwaldien avait enfilé son premier dossard en Coupe du monde l’hiver 2009. Avant cet épisode de Wengen en janvier 2020, le skieur d’Engelberg avait enchaîné les entraînements: Lake Louise, Beaver Creek et même Val Gardena, sur la Saslong où il avait failli perdre la vie une année plus tôt.

Un pantin désarticulé

Déséquilibré à l’entrée des «bosses du chameau» de la piste italienne, Marc Gisin avait été victime d’un terrible choc: plusieurs fractures des côtes, une lésion au poumon. Il avait été désarticulé tel un pantin sur la Saslong. Et il ne s’était réveillé qu’après une semaine d’un coma artificiel. Avec l’idée de revenir. Encore et toujours: il avait retrouvé ses skis 73 jours seulement après son accident.

«Cette petite faute n’aurait eu aucune conséquence partout ailleurs. Il a fallu qu’elle arrive au pire des endroits»

Dominique Gisin

«C’est tout simplement impressionnant comme Marc a géré cette situation malgré la malchance qu’il a eue, raconte au téléphone Dominique Gisin. Cette petite faute n’aurait eu aucune conséquence partout ailleurs. Il a fallu qu’elle arrive au pire des endroits. Après avoir été miraculé, il a eu le courage de se relancer en piste.»

La sœur de Marc Gisin se dit extrêmement fière de son cadet. «Il voulait essayer de revenir, c’était vraiment important pour lui, explique-t-elle. Et il a bien fait: il est revenu très fort physiquement et cela sera bénéfique pour sa vie sans les skis. J’ai toujours su qu’il allait prendre la bonne décision quand il le faudrait.»

Une machine déréglée

Le frère de Dominique et de Michelle n’a pas été épargné par la poisse pendant sa carrière. En 2012, il sétait déchiré le ligament croisé du genou à Crans-Montana. La blessure «classique» du skieur. En janvier 2015, déjà, une chute spectaculaire à Kitzbühel lavait laissé avec un traumatisme crânien.

«C’est difficile de revenir après un tel choc et ce peu importe le sport»

Didier Défago

«Ces traumatismes à la tête ont eu raison de plusieurs carrières, comme celles de Daniel Albrecht, Hans Grugger ou Antoine Dénériaz, énumère Didier Défago. C’est difficile de revenir après un tel choc et ce peu importe le sport. Peut-être encore un peu plus en descente, où la décision doit être prise en une fraction de seconde et la moindre erreur peut être fatale. Là, tout doit fonctionner à 100%, aussi dans la tête, et notamment au niveau de la coordination.»

C’est justement ce genre de détails - qui n’en sont plus à un tel niveauqui peuvent dérégler une machine et mettre à mal même les plus persévérants. «Marc n’était plus aussi dynamique et il avait notamment des petits soucis de coordination liés à sa grande taille, qu’il avait pourtant réussi à combler avant son accident», souligne Dominique Gisin.

Message poignant

Sur son compte Instagram, Marc Gisin, qui s’est classé deux fois cinquième à Kitzbühel (2016 et 2018), a résumé sa carrière en images et a publié un message très fort, en référence à ses nombreux coups du sort. «Certains peuvent dire que j’ai gaspillé vingt ans de ma vie. Ou que j’ai été têtu de ne pas comprendre que le ski n’était pas fait pour moi. Peut-être que j’ai fait tout faux. Peut-être. Mais peut-être aussi que j’ai fait tout juste. Car j’ai trouvé une passion dans la vie. Je l’ai suivie, j’ai grandi avec et j’aurais même été prêt à mourir pour elle.»

Instagram Marc Gisin

Les coéquipiers et adversaires de Marc Gisin ont tous rendu hommage au skieur d’Engelberg, comme son pote grison Carlo Janka.

Le descendeur suisse Gilles Roulin a lui aussi publié un joli hommage à la carrière de Marc Gisin: «Bien que tu n’aies jamais gagné, je t’admire. Tu as si souvent été si proche du sommet et les coups durs t’ont à chaque fois freiné. Et pas des petites blessures mais de gros chocs. Il faut vraiment avoir du courage!»

Didier Défago garde lui aussi que des bons souvenirs de son ancien coéquipier. «Marc, c’est un grand bonhomme en taille mais aussi humainement, se souvient le Valaisan. Un bon vivant, un talentueux golfeur et surtout un battant, comme son envie de revenir l’a démontré. Je lui souhaite tout le meilleur pour sa reconversion. Savoir dire stop, c’est l’une des décisions les plus difficiles dans la carrière d’un sportif. Que cela fonctionne ou pas». Dominique Gisin ne se fait elle aucun souvenir pour l’avenir de son frère: «Marc a tellement appris et vu ce qu’il a vécu au cours de sa carrière, il a une immense force de caractère. Je suis impressionnée par la personne qu’il est devenu!»

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