TENNIS - Marc Rosset: «Roger doit être tolérant avec lui-même»
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TENNISMarc Rosset: «Roger doit être tolérant avec lui-même»

Le directeur sportif du Gonet Geneva Open tire un bilan du tournoi avant la finale de samedi (16h). Il revient aussi sur le retour de Federer et l’aventure Stricker.

par
Simon Meier
Marc Rosset (au centre) a côtoyé cette semaine de vieilles connaissances: Roger Federer et son entraîneur Severin Lüthi.

Marc Rosset (au centre) a côtoyé cette semaine de vieilles connaissances: Roger Federer et son entraîneur Severin Lüthi.

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Marc Rosset, quel regard portez-vous sur cette édition pas tout à fait finie du Geneva Open?

Vu ce qui se passe dans le monde avec cette pandémie, déjà, je suis content que nous n’ayons pas eu - je touche du bois - de problèmes avec tous ces tests, les machins... Quand tu organises quelque chose, avec toutes ces restrictions, c’est le point le plus important. Après, bien sûr, je suis déçu pour Roger (ndlr: Federer), même si on savait que ce serait compliqué pour lui de revenir sur terre battue. On a en revanche eu deux bonnes surprises sur les wild cards, avec Arthur Cazaux qui passe un tour et Dominic Stricker qui va en quart de finale.

La belle aventure du Bernois, rayon de soleil de ce tournoi, a-t-elle compensé à vos yeux l’élimination précoce de Federer?

Je ne sais pas, je ne raisonne pas comme cela. Je suis super content pour Stricker et super déçu pour Roger. Si Stricker avait pris 6-2 6-2 au 1er tour et que Roger avait gagné le tournoi, cela aurait été le contraire.

Avec le parcours de ce jeunot, vous êtes-vous revu en 1989, lorsque vous aviez remporté le tournoi dans la peau du jeune invité?

Oui, un peu. Ce qui est formidable, dans le sport comme dans la vie, c’est que le mot impossible n’existe pas. Moi j’étais genre 250e mondial quand j’ai reçu cette wild card et, voilà, j’avais gagné le tournoi. Lui était 419e, il avait six mois de moins que moi à l’époque. Il y avait une chance sur 100 pour qu’il le fasse, mais elle existait. S’il était allé au bout, c’est sûr qu’il y aurait eu un petit côté «revival» pour moi. Mais ce petit truc, je le ressens de toute façon lorsque je reviens ici et que je vois ce court central, même hors tournoi. Ça reste l’endroit où j’ai gagné mon premier titre ATP - ça fait toujours quelque chose. C’est là que tout a commencé en un sens, donc ça ne peut pas être un lieu neutre à mes yeux.

«Quand Roger était revenu en 2017 et qu’il avait tout cassé, ça n’était pas normal. La normalité, c’est ce qu’il vit maintenant»

Marc Rosset

Rayon sportif, y a-t-il un match ou un joueur qui vous ont particulièrement plu cette semaine?

Franchement, j’ai adoré Denis Shapovalov et son attitude. On parle plus des Tsitsipas, Zverev ou Medvedev dans sa génération. Mais un mec comme ça qui est 15e mondial, tête de série no2 du tournoi, qui doit entrer en lice le jeudi matin puis rejouer le jeudi soir, dans le froid, devant presque personne, et qui se bat comme ça… Il est sacrément motivé et, quand tu organises un tournoi, ça fait kiffer de voir de tels gars. Il est clairement là pour gagner le titre. Casper Ruud, c’est pareil: un bon mec, un super joueur avec une super attitude. Et ça fait du bien de voir ça.

La pluie, des gradins quasi déserts… À quel point l’édition de ce tournoi sera-t-elle imprégnée par ce contexte?

Quand tu prends des orages et de la grêle, ce sont les aléas. Soit tu déprimes et tu arrêtes tout, soit tu en rigoles presque. En fait, je me dis que c’est bien d’avoir tout eu sur la tête cette année. Comme ça, on est tranquille pendant cinq ans. Bien sûr que j’aurais préféré avoir Federer-Shapovalov en finale, dans un stade plein avec un ciel tout bleu. Mais il y a des choses qu’on peut contrôler et d’autres, malheureusement, pas. Donc cela ne sert à rien de s’énerver. Au final, j’ai surtout envie de tirer un grand coup de chapeau à Donato et son équipe. Parce que les mecs ont bossé comme des chiens sur l’entretien des terrains, ils sont exténués.

Roger Federer est revenu pour s’entraîner jeudi au Parc des Eaux-Vives. Comment l’avez-vous senti, moins de 48 heures après sa défaite?

Il fait avec. J’espère que la défaite d’ici lui a un peu servi d’électrochoc. Elle lui montre que les choses seront peut-être plus compliquées que ce qu’il avait prévu. Mais surtout, il ne doit pas se décourager. Son retour pourrait prendre plus de temps que prévu, ou pas, mais il ne faut pas lâcher. Quand il était revenu en 2017 et qu’il avait tout cassé, en un sens, ça n’était pas normal. La normalité, c’est ce qu’il vit maintenant. Même quand tu t’appelles Roger Federer, tu ne peux pas être loin des courts pendant quinze mois et tout casser. Sinon, je rentre tout de suite chez moi et je reprends ma raquette. Si c’était aussi simple que ça… Pour Roger, cela prendra du temps, il aura besoin de matches. À nous d’être patients, de ne pas le juger à chaque sortie. Quant à lui, il va falloir qu’il s’accroche, qu’il soit tolérant avec lui-même aussi. Qu’il continue à s’entraîner et la roue va tourner! Mais il ne faut en tout cas pas commencer à tirer sur l’ambulance après un match.

Roger Federer s’est-il déjà engagé pour l’édition 2022 du Geneva Open?

(Il rigole). C’est qui? Je ne connais pas… Vous savez, ce n’est pas moi qui fait le casting. En tant que directeur sportif, je m’occupe plus des liens avec les joueurs pendant le tournoi, je veille à ce qu’il n’y ait pas de soucis liés à la pandémie, j’entretiens les relations avec les sponsors. Mais je n’établis pas le tableau - et c'est de toute façon beaucoup trop tôt pour le faire. Concernant Roger, il faudra déjà voir combien de temps il joue. S’il est encore sur le circuit l’année prochaine, ce que je souhaite, il faudra voir. Mais là, on est vraiment dans la musique d’avenir. Moi, j’aime commenter ce que je vois et parler de ce que je connais. Je n’ai pas de boule de cristal en ce qui concerne l’année prochaine.

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