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ExclusifMarc Vuilleumier lâche la police lausannoise

Marc Vuilleumier, municipal en charge de la sécurité à Lausanne, ne veut plus diriger la police. Il répond ainsi aux critiques persistantes sur sa politique contre l'insécurité croissante.

par
Dominique Botti-Matin Dimanche
Le municipal lausannois Marc Vuilleumier annoncera jeudi à ses collègues sa volonté de ne plus diriger la police.

Le municipal lausannois Marc Vuilleumier annoncera jeudi à ses collègues sa volonté de ne plus diriger la police.

Philippe Maeder

Marc Vuilleumier, le municipal lausannois en charge de la Police, était le deuxième meilleur élu à l'exécutif aux dernières élections. Et pourtant. Cela fait près d'une année que sa politique contre l'insécurité croissante à Lausanne est critiquée. Voire fustigée. Ses détracteurs proviennent de la droite de l'échiquier politique qui a juré d'avoir sa peau. Plus récemment, les critiques ont émergé au sein même du collège municipal. Déçu, mais pas abattu par cette situation, Marc Vuilleumier a décidé d'agir. Il remet ainsi la police à ses collègues de la Municipalité. Mais il ne démissionne pas. Et compte poursuivre son mandat à la tête des autres services à sa charge: les Sports, la Police du commerce, le Contrôle des habitants, les Services d'urgence.

Des donneurs de leçons

Le municipal popiste a pris sa décision ce week-end. Et la présentera à la Municipalité jeudi prochain. «Puisque certains pensent qu'ils ont de meilleures solutions pour résoudre les problèmes d'insécurité, qu'ils assument leurs propos et s'occupent de la police», a-t-il déclaré hier au «Matin Dimanche». Marc Vuilleumier ne dit pas qui sont ces municipaux donneurs de leçons, par souci de discrétion et par respect de la collégialité. Mais peut-être que les propos sur la sécurité du syndic écologiste Daniel Brélaz (lire notre édition du 15 juillet) ont quelque peu échaudé le désormais ex-municipal de la Police.

Marc Vuilleumier a mûrement réfléchi sa décision cet été. Il ne pense pas abandonner le navire: «Au contraire, je le fais pour le bien de la police. Quant à moi, je suis satisfait de ce que j'ai accompli depuis deux législatures pour la sécurité à Lausanne. J'en suis même fier.» Le popiste rappelle la réussite de plusieurs de ses projets: le code de déontologie, la revalorisation du statut des agents, son combat contre la police unique.

Ce sentiment du devoir accompli est aussi une raison de sa décision. Aujourd'hui, les points de vue sur la question de la sécurité auraient fondamentalement changé au sein de la majorité rose-rouge-verte. «Certains veulent une police plus dure, qui a la main un peu plus lourde, explique-t-il. D'autres pensent que les dealers peuvent disparaître dans une année ou deux. Du jour au lendemain. Je suis également pour, mais ce n'est pas réaliste. Personne ne peut faire de la politique par décret.» Selon lui, les problèmes d'insécurité à Lausanne, comme dans les autres grandes villes de Suisse, sont complexes. Les solutions sont à trouver au niveau communal, cantonal et fédéral. «Lausanne ne peut pas faire tout, toute seule», ajoute-t-il.

Les membres de la Municipalité discuteront de ce départ dès la semaine prochaine. Peuvent-ils refuser cette proposition? «J'en doute fort. Car, je le répète, ceux qui prétendent avoir les solutions toutes faites contre l'insécurité doivent aujourd'hui assumer», répond le démissionnaire. Il avoue ne pas connaître la réaction des autres municipaux. Mais la discussion sera riche et constructive, assure-t-il. Il espère même pouvoir obtenir d'autres services en échange de la police. Dans le social par exemple. Marc Vuilleumier n'a jamais songé à une démission. «Je dois respecter mes électeurs et j'ai encore beaucoup à faire dans mes autres services», assure-t-il.

Cette décision est insolite, voire inédite, en politique vaudoise. Elle annonce une rentrée mouvementée en ville de Lausanne. Car la démission ravive les tensions au sein de la majorité de gauche à l'exécutif. Elle animera encore davantage les débats sur la politique de la sécurité au Conseil communal. Qui reprendra la police? A quelles conditions? Comment Marc Vuilleumier pourra-t-il continuer à travailler avec ses collègues après leur avoir fait un coup pareil? Certains proches disent respecter cette décision, mais ne savent pas encore si c'est la meilleure. Dans tous les cas, ils estiment que la Municipalité est contrainte à prendre ses responsabilités rapidement. Sans en faire payer le prix aux agents sur le terrain, qui eux continuent à travailler dans des conditions difficiles.

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