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CARICATURESMarée humaine en Tchétchénie contre Charlie Hebdo

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont protesté à Grozny contre les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo.

La Tchétchénie est devenue lundi 19 janvier, pour quelques heures, l'épicentre de la contestation contre les caricatures de Mahomet publiées par «Charlie Hebdo». Plusieurs centaines de milliers de personnes ont protesté lundi à Grozny. Les manifestations se sont également poursuivies dans d'autres pays musulmans.

Scandant «Allah Akbar» et agitant des banderoles proclamant leur amour pour le prophète Mahomet, les manifestants de Grozny ont défilé le long de la principale avenue de la capitale reconstruite après les deux guerres de Tchétchénie des années 1990. Ils ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme un blasphème.

Les autorités tchétchènes et le gouvernement fédéral à Moscou ont fait état de 800'000 à un million de manifestants, soit 60% à 80% de la population de la Tchétchénie. Mais il est difficile de dire avec précision combien de personnes ont répondu à l'appel du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov. Des journalistes présents sur place ont évoqué «plusieurs centaines de milliers de personnes».

«Vulgaire et offensant»

Le dirigeant tchétchène a accusé «les autorités et les services secrets des pays occidentaux» d'être derrière «l'incident» des caricatures. «Si cela est nécessaire, nous sommes prêts à mourir pour arrêter quiconque pense qu'il peut dénigrer de manière irresponsable le nom du prophète», a-t-il ajouté devant la foule.

«Vous et moi voyons comment les journalistes et les hommes politiques européens, sous les fallacieux prétextes de la liberté d'expression et de la démocratie, défendent la liberté d'être vulgaire et offensant, et insultent les sentiments religieux de centaines de millions de croyants», a-t-il ajouté.

Le défilé a été couvert en direct par la télévision nationale russe, ce qui laisse supposer qu'il avait le soutien du président Vladimir Poutine. Autoriser ce défilé pourrait constituer pour le Kremlin un moyen de calmer les musulmans russes dont un rassemblement du même type a été interdit à Moscou.

Drapeaux brûlés et menaces

La contestation contre les caricatures de Mahomet faisait tache d'huile dans plusieurs pays. En Iran, plus de 2000 personnes ont ainsi manifesté devant l'ambassade de France, scandant «Mort à la France», «Mort à Israël» et «Nous aimons le prophète». Des drapeaux américains et israéliens ont été brûlés en fin de manifestation.

A Gaza, c'est devant le centre culturel français que se sont rassemblés quelque 200 islamistes radicaux brandissant l'étendard noir des djihadistes. Ils ont brûlé un drapeau français et scandé: «Français, dégagez de Gaza ou nous vous égorgerons!»

A Jalalabad, dans l'est de l'Afghanistan, environ 500 manifestants ont défilé et brûlé un drapeau français. Au Pakistan, environ 250 militants de la Jamaat-e-Islami (JI), un des principaux partis islamistes du pays, ont scandé «Mort à la France», «Mort à Charlie Hebdo» à Peshawar (nord-ouest).

Deuil national au Niger

Théâtre des manifestations les plus violentes contre les caricatures de Mahomet, le Niger restait sur le qui-vive après des émeutes qui ont fait dix morts vendredi et samedi à Niamey et Zinder, la seconde ville du pays. Le gouvernement a décrété un deuil national de trois jours et les drapeaux seront mis en berne sur tout le territoire.

Les émeutiers ont pillé et incendié 45 églises dans la capitale, et détruits cinq hôtels, 36 débits de boissons, un orphelinat et une école chrétienne, selon la police. A Zinder, le Centre culturel franco-nigérien et au moins trois églises ont été incendiées. Plus de 300 chrétiens continuaient lundi de bénéficier d'une protection militaire dans la deuxième ville du pays.

Des incidents ont aussi eu lieu en France. Un drapeau français a été brûlé et remplacé par un drapeau marocain devant une école de Corse. En banlieue parisienne, un inconnu a menacé des soldats en faction devant un collège juif de Raincy, alors qu'une lycéenne de 19 ans a été placée en garde à vue à Pontoise pour des «menaces» postées sur la page Facebook de la mère d'une victime de Mohamed Merah.

(ats)

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