11.08.2017 à 10:01

Marilyn Manson, l'empaleur...

CONCERT

Jeudi soir, le chanteur américain revenait distiller son rock dans les arènes 12 ans après un premier passage. Récit.

par
Caroline Piccinin
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Joseph Carlucci
Joseph Carlucci
Joseph Carlucci

Il est passé minuit à Avenches, jeudi 10 août 2017. Les arènes se remplissent et, après le passage de The Sisters Of Mercy, on le constate: le dress code est noir. On aperçoit une impressionnante collection de T-shirts à crânes défoncés, de lentilles bizarroïdes pour les yeux et de maquillages entre poupée gothique et Mister Jack. Tous attendent celui qui en 1996 faisait rager les parents en sortant «Antichrist Superstar», un album au titre qui lui collera à la peau et au fond de teint comme un surnom de vilain alors que son pseudo l’est déjà. On se souvient encore de 2005, lorsque sa venue à Avenches avait déclenché la polémique, des pétitions et des manifestations à l’entrée du festival. «N’y allez pas, c’est mauvais pour votre âme» nous disait-on. On vous rassure, douze ans plus tard, nos âmes ne se sont pas égarées.

Ouverture avec un nouveau titre

Il est minuit 35, le chanteur et son groupe sont en retard. «The end» des Doors retentit dans les arènes et au bout des 11 minutes de la litanie de Morisson, le gigantesque rideau noir qui habille le devant de la scène tombe enfin. La bête est là, assise sur une sorte d'immense trône alors que son groupe joue devant. Après 1 couplet de «Revelation #12», il se lève pour offrir à son public en délire sa longue silhouette moulée dans un manteau noir. Son visage est grimé de bleu et blanc et on peut y lire une certaine jubilation.

Il entame «This is the new shit» et se balade de part et d’autre de la scène décorée de licornes (les mascottes de Rock Oz cette année). De son micro mi-coup de poing américain, mi-poignard, il perce les têtes des licornes gonflables multicolores avec un sourire maléfique. Le public se délecte, il répond: «Vous êtes hilarants. Vous pouvez crier pour moi, motherfuckers?» Il entame «Mobscene» et enchaîne les titres en faisant des pauses de plus en plus longues entre les chansons. Avant «Sweet Dreams» notamment. On comprend pourquoi lorsqu’on le voit réapparaître sur des échasses orthopédiques.

Des larsens et un brin d'indécence

«C’est marrant, il ne ressemble pas de plus en plus à Nicolas Cage?» lance quelqu’un. On rit, on est obligé d’acquiescer, l’Antéchrist tant redouté s’est un peu transformé en bête de foire. Une bête de foire, certes, mais une bête de scène, car même s’il a perdu de sa superbe de l’époque où droit comme un piquet sur un podium, il haranguait son public tel un dictateur, Marilyn Manson fait le job entre ses nombreux et un peu lassants «motherfucker».

Il enchaîne encore «Deep Six», «Disposable Teens», demande qui dans le public a baisé ce soir et en réaction aux réponses qu'il reçoit lance: «Oh My God, moi qui croyais que mes parents étaient dégoûtants!» Une fois les discussions sous la ceinture terminées, il offre enfin le classique «Beautiful People», histoire de faire encore monter la transe d'un cran dans son audience déjà en furie qui ne proteste pas lors des nombreux larsens durant les chansons.

L'animal s'est adouci

Il quitte la scène, son aura également et le silence s’installe. On se demande s’il va revenir. Les arènes commencent à se vider lorsque Manson réapparaît pour enchaîner deux chansons pour rappel, dont «Say 10» (prononcez: Satan, single de son album «Heaven Upside Down» à venir). Oui, l’artiste de 48 ans continue dans le genre qui est le sien depuis plus de 20 ans. Mais avec un petit quelque chose en plus, ou en moins: il s’est assagi, même s’il essaie de le cacher derrière trois couches de fond de teint et ses accessoires d’écorcheur pour empaler... des licornes en plastique.

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