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footMatches truqués: l'Italie en guerre depuis longtemps (ENCADRE)

Par Emmanuel BARRANGUET Rome, 18 nov 2014 (AFP) - Le foot français tremble devant l'éventualité d'un scandale de matches truqués en Ligue 2, mais en Italie, le mal est ancien et profond: ce pays est régulièrement assailli par les affaires et se bat depuis trois ans contre le tentaculaire "Calcioscommesse".

L'Italie a "un problème culturel" et "la complaisance et l'omerta" finiront par tuer le calcio: le constat est lâché par Cristiano Doni, ex-capitaine de l'Atalanta Bergame, arrêté et emprisonné pour avoir vendu des matches dans le cadre du "Calcioscommesse". Dernier scandale majeur à avoir éclaboussé le foot italien, le "Calcioscommesse" a explosé en juin 2011 et n'est toujours pas résolu. Il fait suite à deux autres affaires retentissantes, le "Totonero" en 1980 et le "Calciopoli" en 2006. A chaque fois, ces affaires mettent en évidence le lien entre football, argent sale et crime organisé. Le "Calcioscommesse" a été organisé par des parieurs qui influent surtout sur des petits faits de jeu, le nombre de buts marqués ou le premier but, plus difficiles à détecter par la police que l'achat pur et simple de la victoire ou du match nul. Le scandale concerne surtout des matches de divisions inférieures, mais éclabousse également la première division (Serie A). Même l'équipe d'Italie a été touchée, recevant la visite de la police pour une perquisition à 5 heures du matin à son centre d'entraînement, quelques jours à peine avant de s'envoler pour l'Euro-2012. Soupçonné, l'international Domenico Criscito a même dû renoncer au Championnat d'Europe, avant d'être blanchi par la suite. Plusieurs centaines de joueurs sont soupçonnés, en tout 72 ont été arrêtés depuis 2011, dont le capitaine de la Lazio Rome, Stefano Mauri, emprisonné quelques jours et suspendu six mois, ou le gardien belge du Torino (ex-Bari), Jean-François Gillet, suspendu un an. Beppe Signori, ex-international italien, est également au coeur du scandale, qui porte l'ombre du crime organisé. Le jeu "favorise le recyclage de l'argent sale", prévient le procureur antimafia Antonio Ingroia, qui souligne l'enracinement du problème dans le terreau du calcio. Le chevalier blanc du calcioscommesse, le procureur de Crémone Roberto Di Martino, promet depuis trois ans de nettoyer les écuries d'Augias, mais depuis septembre 2013 et l'arrestation à Singapour du chef supposé du réseau, Eng Tan Seet dit "Dan" Seet, l'affaire n'a pas connu de rebondissement médiatique spectaculaire. L'Italie est une multirécidiviste. Le scandale Totonero de 1980 concernait déjà les paris et avait coûté une rétrogradation à l'AC Milan et deux ans de suspension à l'attaquant de l'équipe nationale, Paolo Rossi, pardonné avant le Mondial-1982... qu'il a gagné en terminant meilleur buteur. En 2006, le plus grand club du pays, la Juventus Turin, se choisissait des arbitres complaisants dans l'affaire dite du Calciopoli, et fut elle aussi reléguée en Serie B (2e div.). La corruption a frappé d'autres grands pays de football, la France avec Valenciennes-Marseille (1993), l'Allemagne avec l'arbitre corrompu Robert Hoyzer (2005), et même l'Angleterre, avec le gardien de Liverpool Bruce Grobbelaar (1994). Reste que le foot italien est "infecté", selon la Gazzetta dello sport, et "qu'en terme d'image, nous sommes les pires", tranche Fabio Capello, figure du foot italien et actuel sélectionneur de la Russie, à qui ces affaires font "honte". eba/pr/dhe

(AFP)

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