Commentaire - Mathias Reynard, ou le paradoxe valaisan
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CommentaireMathias Reynard, ou le paradoxe valaisan

Le socialiste du Valais romand commence une législature qui risque d’être chahutée dans un canton où le PDC a perdu sa majorité au Gouvernement.

par
Eric Felley
Ce 3 mai, Mathias Reynard a pris possession de son modeste bureau à Sion.

Ce 3 mai, Mathias Reynard a pris possession de son modeste bureau à Sion.

François Melillo

Le 3 mai 2021 s’est inscrit comme une nouvelle date dans la trajectoire politique de Mathias Reynard. Au lieu d’aller en classe retrouver ses élèves, au lieu d’aller à Berne siéger au Conseil national, il a pris le chemin de son bureau en ville de Sion, à la tête du Département de la santé, des affaires sociales et de la culture. C’est un poste de management pour celui qui jusqu’ici a travaillé au rythme de la vie parlementaire et de ses combats: pour l’égalité, contre le burn-out, pour l’accueil extra-familial, contre le harcèlement de rue, pour la protection des mères, pour la norme anti-homophobe ou en faveur du mariage pour tous.

Avec Mathias Reynard, c’est une personnalité très différente qui va siéger au Gouvernement valaisan. Il représente tout le paradoxe du Valais, qui d’un côté tire à droite, toujours plus à droite dans certains cercles, mais de l’autre s’urbanise et se rapproche de l’arc lémanique, où tant de pendulaires du Valais romand se rendent au travail. Mathias Reynard a été élu par cette nouvelle génération, qui veut voir en lui une personnalité garante de l’équilibre des forces dans un Conseil d’État, que d’aucuns auraient souhaité entièrement de droite.

Le Valais d’aujourd’hui reste marqué par une culture politique partisane, clanique et encore trop souvent clientéliste. La fin de la majorité du PDC au Gouvernement ne va pas changer d’un coup les habitudes dans les maisons de commune ou les couloirs de l’administration valaisanne. D’autres alliances se forment, d’autres intrigues se nouent, d’autres intérêts se manifestent. En l’absence du traditionnel leadership démocrate-chrétien, les rapports de force risquent de se durcir et moins de gens peuvent se prévaloir d’une protection garantie en haut lieu.

La condamnation du président de Bagnes et de son secrétaire pour un faux dans les titres lors d’un licenciement est symptomatique à cet égard. Il y a encore quelques années, le «parti» aurait su intervenir pour qu’une telle chose ne se produise pas. Dans ce contexte, le Valais va au-devant d’une période plus troublée. Mathias Reynard aura tout loisir d’être aux avant-postes pour apprécier cette situation. Espérons qu’il trouvera suffisamment de liberté pour continuer dans la veine qui est la sienne, celle de la franchise et de l’empathie.

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