Football: Maurizio Jacobacci, un travailleur infatigable
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FootballMaurizio Jacobacci, un travailleur infatigable

Qui est cet ancien ailier gauche, vedette des années 1980, qui est en train de réussir l’opération sauvetage du FC Sion?

par
Bertrand Monnard
Maurizio Jacobacci se définit lui-même comme déterminé et perfectionniste, mais pas tétu.

Maurizio Jacobacci se définit lui-même comme déterminé et perfectionniste, mais pas tétu.

Keystone

Toujours lanterne rouge, Sion est loin d’être sauvé. Mais, depuis que Maurizio Jacobacci (55 ans) en a repris les rênes en février, l’équipe est métamorphosée. D’apathique, elle est devenue conquérante, solidaire, comme si, sous l’impulsion de son nouveau coach, elle avait enfin pris son destin en main.

Lors de ses deux derniers matches, contre Zurich et Lausanne, elle s’est créé un nombre impressionnant d’occasions, ce qui est révélateur. «À l’arrivée de Jacobacci, il n’y avait plus rien, Sion était à la rue. L’entraîneur a mis en place une organisation, structuré une équipe qui joue enfin sur ses qualités, relève Christophe Moulin, ex-entraîneur du club valaisan. L’équipe pousse vers l’avant, comme si elle jouait le titre.» Même avis chez Sébastien Fournier, patron de la formation du club valaisan. «De peureuse, Sion est devenue une équipe qui percute, Maurizio lui a apporté rigueur et dynamisme.»

Une seule valeur: l’équipe

Maurizio Jacobacci, simple mais sûr de lui et de sa méthode, ne joue pas les faux modestes. «J’ai repris une équipe avec des joueurs de qualité mais qui n’avait plus d’âme. J’ai eu un discours franc. J’ai parlé avec chacun individuellement, entre quatre yeux. J’ai répété que la seule façon de s’en sortir était de s’entraider. Bien sûr, chaque joueur a des objectifs personnels: après Stuttgart, Grgic est venu à Sion pour avoir du temps de jeu, Kasami a l’espoir de rejouer en équipe nationale. Mais à tous j’ai fait comprendre que la seule façon de les atteindre, ces objectifs, c'était de jouer en équipe. Et, avec l’appui précieux de Christian Zermatten, mon adjoint, la confiance s’est installée.»

L’ex et brillant ailier gauche aux cheveux longs des années 1980-1990, auteur de 102 buts en LNA, n’avait jusqu’à sa récente nomination jamais entraîné plus haut qu’en Challenge League. Il a dû attendre ses 55 ans pour obtenir enfin sa chance au plus haut niveau, passant des M21 à l’équipe première.

Une chance qu’il estime mériter et qui n’est, à ses yeux, nullement un cadeau de la part du président Constantin. «S’il m’a nommé, c’est qu’il estime que je suis apte, eu égard à ce que j’ai accompli dans le passé. J’ai du vécu. Et, en regard de ce que j’ai mis en place avec mon staff depuis huit semaines, je pense que les deux parties sont gagnantes.»

Le souvenir de Baden

CC décrit Jacobacci comme un «vrai passionné, mais surtout un garçon normal, qui a les pieds sur terre et qui ne veut pas réinventer la roue comme ses prédécesseurs, un bon cocktail latin-alémanique. Il a structuré l’équipe, lui a amené de la discipline.»

De son vécu en Challenge League, de Wil à Vaduz en passant par Kriens et Schaffhouse, Maurizio Jacobacci garde un souvenir à part d’une autre opération sauvetage qu’il avait menée à bien avec Baden en 2004. «Quand je suis arrivé en janvier, on avait douze points de retard et on s’était sauvés. C’est comme si on avait été champions», sourit-il. Et d’ajouter: «Quand j’accepte un défi, je m’y investis totalement, je travaille à 100%, je ne fais rien à moitié.»

José Sinval, son ex-adjoint chez les M21 de Sion, peut en témoigner. Avec autant d’humour que d’amitié, il parle de Maurizio comme d’«un mec chiant, maniaque tant il exige de la discipline et veut tout savoir de ses joueurs, même ce qu’ils mangent, de ses adversaires aussi».

«Maurizio est un têtu, avec qui les débats sont souvent très animés, sourit Sébastien Fournier. Un fou de foot: il n’y a qu’à le voir ne tenant pas en place sur la touche.» Têtu? Jacobacci tient à corriger. «Je dirais plutôt persévérant, perfectionniste, déterminé.»

Buteur face au Real

Enfant d’immigrés italiens, Maurizio Jacobacci avait à peine 16 ans quand il a démarré sa carrière en LNA, avec YB. Pur ailier gauche, il a ensuite joué plusieurs saisons en Suisse romande: Vevey, Servette, Lausanne, mais surtout NE Xamax lors de l’âge d’or du milieu des années 1980.

C’est lui qui, le 19 mars 1986, dans une Maladière en feu, avait mis le 2-0 contre le Real Madrid au retour, lors d’un quart de finale historique de Coupe de l'UEFA perdu d’un rien (défaite 0-3 à l'aller). «On avait rendu les Neuchâtelois heureux.»

Jeune grand-père, il voudrait avoir plus de temps pour «prendre dans ses bras» ses deux petits-enfants de 1 et 3 ans. Mais sa priorité, aujourd’hui, est de sauver le FC Sion. «L’état d’esprit est excellent, et on a encore une belle marge de progression.»

FICHE BIO

NAISSANCE: Il voit le jour le 13 janvier 1963, à Berne.

DÉBUTS: En 1979, à 16 ans, il dispute ses premiers matches en LNA, avec les Young Boys.

TITRE: En 1987, Il devient champion de Suisse avec NE Xamax.

ENTRAÎNEUR: En 1995, il fait ses débuts d’entraîneur avec Origlio, en 3e ligue tessinoise.

EXPLOIT: En 2005, il reprend un Baden apparemment condamné et sauve sa place en Challenge League.

COURONNEMENT: En février, il est nommé entraîneur de Sion, ses débuts en Super League.

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