Actualisé 18.12.2019 à 06:03

Mélanie Laurent explose tout dans le dernier Michael Bay

Film

Superproduction à 150 millions de dollars réalisée pour Netflix, «6 Underground» est une bombe. L’actrice française nous raconte la folie d’un tournage pas comme les autres.

par
lematin.ch

Dans «6 Underground», dernier blockbuster survitaminé de Michael Bay (la saga «Transformers», «Bad Boys», «Pearl Harbour»…), Mélanie Laurent incarne Deux, une espionne de la CIA tirant sur tout ce qui bouge. Dans une forme physique éblouissante, elle apporte un soupçon de grâce à un film forcément bourré à craquer de testostérone, généreux en tôles froissées et en explosions en tout genre. Installée depuis peu à Los Angeles, l’actrice – mais aussi réalisatrice – nous raconte son expérience sous la direction du roi de l’action survoltée, comment elle a atterri au milieu de cette aventure et surtout la façon dont le cinéaste gère un tournage de cette ampleur.

-Comment vous êtes-vous retrouvée dans cette folle superproduction?

-J’ai été la dernière choisie de l’équipe, à peine deux semaines avant le début du tournage. Frustrée, donc, car la préparation physique a du coup été courte, alors que mes coéquipiers, eux, ont bénéficié de deux mois d’entraînement. Il a fallu rattraper ce retard, et ça a été dur, d’autant plus que je n’avais jamais fait ça de ma vie… En gros, voilà comment ça s’est passé: j’ai eu un entretien avec Michael Bay depuis Paris, par Skype. Le lendemain, la prod m’envoyait leur contrat et le jour suivant, à 6h du mat, j’étais à la salle de gym, à New York, puis au stand de tir avec d’anciens soldats de l’armée et des forces spéciales…. Deux semaines plus tard, je me retrouvais à Florence pour tourner cette gigantesque poursuite, dans une voiture roulant vraiment à 200 km/h… Et la première chose que Michael Bay m’a demandé, c’est de tirer à travers la fenêtre, en pleine course. Ça donnait le ton!

Mélanie Laurent incarne Deux, une espionne de la CIA tirant sur tout ce qui bouge. (DR)

Mélanie Laurent incarne Deux, une espionne de la CIA tirant sur tout ce qui bouge. (DR)

-Comment se passe un tournage sous sa direction?

-De manière assez chaotique! Sur le plateau, il a évidemment tout son film en tête mais pour nous, les acteurs, on est totalement perdu dans le processus. On se sent petit au milieu des grues, des explosions et des voitures qui volent à droite et à gauche. Mais je n’avais jamais rien vécu de semblable et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Surtout à partir du moment où j’ai compris qu’il ne fallait pas que je cherche à comprendre ce qui m’arrivait… Il y a eu un vrai travail de lâcher prise où il fallait juste que je me fasse à l’idée que le personnage n’est pas le plus important, qu’on n’est pas dans l’intellectualisation des scènes et des émotions, mais plutôt là pour faire des choses fun et complètement improbables…

«6 Underground» est une bombe. (DR)

«6 Underground» est une bombe. (DR)

-Michael Bay a une réputation… disons, pour le moins exigeante, avec son équipe technique… Comment ça se traduit sur le plateau?

-C’est un sanguin, oui. Donc il crie beaucoup. Mais il est très fidèle et il travaille pratiquement avec les mêmes techniciens depuis 20 ans. Ils ont donc l’habitude. Il n’est pas cruel ou profondément méchant. Il crie juste parce qu’il doit gérer un plateau avec trois explosions, deux grues et 5 voitures qui tournent à vive allure autour de lui… Dans une telle situation, on n’attend pas que le réalisateur reste placide et chuchote à l’oreille des gens. Mais il est très respectueux avec ses acteurs.

-Il faut surtout lui reconnaître un sens du spectacle incroyable. On a l’impression de voir un grand gamin dans son parc à jouet, avec un film comme «6 Underground»…

-C’est exactement ça! Il a plein de jouets autour de lui et prend un plaisir fou à les utiliser. Avec lui, pas le temps de se parler pour approfondir une scène… Non, au final, le tournage est très proche du film lui-même. Les voitures roulent vraiment à fond la caisse, avec des cascadeurs au volant et on se retrouve à jouer la scène comme on peut, au milieu de ce grand bordel. Il ne vous dit rien, vous ne savez pas à l’avance ce que vous allez devoir faire et tout à coup il vous demande des truc dingues. Mais j’ai trouvé ça super jouissif.

-Même si son cinéma est très éloigné du votre en tant que réalisatrice, avez-vous néanmoins profité du tournage pour lui «voler» quelques trucs ou lui poser des questions?

-Voler, non (elle rit)! Je ne suis pas encore prête à réaliser un film comme ça. Et si ça devait arriver un jour, je pense que je le rappellerais pour qu’il me donne un autre cours. Mais des questions, j’en avais plein, bien sûr. Sur un tournage, en tant qu’actrice, j’essaye toujours de coincer le réalisateur pour parler mise en scène. Avec lui, comme il est très geek et qu’il a conçu ses propres caméras, je les prenais en mains pour sentir leur poids, leur maniabilité, et voir ce qu’elles apportaient de plus. Je discutais aussi avec ses chefs opérateurs… Ça a été super instructif.

Ryan Reynolds dans «6 Underground». (DR)

Ryan Reynolds dans «6 Underground». (DR)

-Tourner pour Netflix, ça fait une différence?

-Pas sur le plateau, non. C’est un film normal, avec des gros moyens, certes, mais rien de particulier. Si ce n’est que Netflix donne aujourd’hui à des réalisateurs la possibilité de tourner des films qu’ils n’auraient peut-être pas pu faire autrement. Que ce soit des films d’auteurs ou à grand spectacle, comme ici…

-Pourtant, malgré la débauche de moyens – on parle de 150 millions de dollars de budget, des effets spéciaux supervisés par ILM… –, bon nombre de gens vont finir par le regarder sur leur téléphone portable ou leur ordinateur. Qu’est-ce que ça vous inspire?

-Aujourd’hui, beaucoup de gens ont quand même de grands écrans de télévision à la maison. Après, effectivement, un Michael Bay n’est pas fait pour être vu sur un portable… J’espère juste que les gens feront l’effort de le regarder sur un support plus confortable.

-En peu de scène entre les 6 mercenaires du film, on a l’impression de voir une équipe très soudée… Comment s’est passé l’alchimie avec les autres acteurs sur le plateau?

-Il y a eu une espèce de coup de foudre commun immédiat. En deux jours, la magie avait opéré. Et je crois que ça nous a sauvé parce qu’avec un tournage aussi chaotique, si on avait dû tourner avec des acteurs qu’on n’aime pas ou qu’on ne respecte pas, ça aurait été un cauchemar. Alors qu’en fin de compte, tout s’est révélé facile et agréable. On est d’ailleurs resté très proches.

-Le personnage campé par Ryan Reynolds semble être le parfait alter ego de Michael Bay, quelqu’un qui bénéficie d’un énorme budget pour réaliser sa mission: liquider un dictateur pour l’un, et mettre en scène un film où tous les curseurs sont poussés à fond pour l’autre…

-Michael Bay a effectivement mis quelque chose de lui dans le film, c’est sûr. Comme le personnage principal, il a été adopté. Comme lui, il a énormément de pouvoir dans son domaine. Et tous deux sont férus de technologie… Oui, j’ai l’impression que ce film-ci est plus personnel que la saga des «Transformers» par exemple.

-De tous ces lieux magnifiques où vous avez tourné – Florence, Abou Dhabi, Hong Kong, Las Vegas, l’Ukraine… –, lequel reste votre préféré?

-Florence! On y a passé un mois pour tourner la scène de la poursuite de voitures et c’était génial parce qu’on mangeait divinement bien, on buvait de grands vins, on passait nos weekends dans les musées… Et la ville est tellement belle.

-Vous vous êtes récemment installée à Los Angeles. Vous viviez jusqu’ici sur une petite île de Bretagne… Comment passe-t-on de l’un à l’autre?

-Je suis justement en Bretagne, au moment où je vous parle. J’ai donc encore gardé un pied en France. Après, cette aventure américaine, c’est avant tout une histoire de projets (ndlr: elle a néanmoins avoué dans Madame Figaro y avoir aussi rejoint un amoureux américain). Je vais bientôt réaliser un gros film, une adaptation du roman de Kristin Hannah, «Le chant du rossignol». L’histoire de deux sœurs entrant dans l’âge adulte à la veille de la seconde Guerre Mondiale, en France.

-Avec les sœurs Fanning, Dakota et Elle, qui se donneront la réplique pour la première fois. Comment les avez-vous convaincues?

-Je n’y suis pour rien. C’est même l’inverse qui s’est passé. Elles étaient rattachées au projet avant moi et ce sont elles qui ont un peu poussé la production à me choisir (ndlr: Mélanie Laurent a réalisé l’an passé son premier film américain, «Galvestone», avec Elle Fanning). Mais ensuite, je devrais enchaîner avec la réalisation d’un film français. Je n’ai donc pas encore tourné le dos à mon pays.

Christophe Pinol

Michael Bay, à fond les curseurs pour Netflix

Un milliardaire en quête de justice (Ryan Reynolds) réunit 5 autres mercenaires (dont Mélanie Laurent) – tous officiellement décédés, et donc intouchables – pour abattre un affreux tyran du «Turgistan», pays fictif du Moyen-Orient. En tournant un film pour Netflix, on pouvait craindre que Michael Bay, réalisateur des «Transformers», «Pearl Harbor» et autre subtilités, s’assagisse. Non seulement en rognant sur son budget explosion et tôles froissées mais aussi en mettant la pédale douce sur ses blagues potaches. Or – alléluia! –, il n’en est rien. Son dernier film, «6 Underground», débarqué vendredi dernier sur la plateforme de streaming, est un condensé puissance mille de tout ce que le cinéaste sait faire de mieux: un ballet de destruction et d’étincelles donnant le tournis, soutenu par un déluge de blagues bas du front. Ajoutez à ça un montage surdécoupé, des ralentis en veux-tu, en voilà, des voitures réduites en miettes, des nonnes nous donnant du doigt d’honneur et des corps disloqués par dizaines – c’est son nouveau truc – éjectés d’un véhicule pour s’écraser sur le bitume ou en frapper un autre, défénestrés ou carbonisés. Bref, un film d’action dément, qui laisse souvent bouche bée (notamment lors du final bluffant, où le cinéaste s’affranchit de toute apesanteur), tant par ses audaces visuelles que sa bêtise assumée. Un must!

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