Pandémie - Même les plus jeunes sont victimes de Covid long
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PandémieMême les plus jeunes sont victimes de Covid long

Une trentaine d’ados et préados sont suivis aux HUG, ressentant toujours, des mois après avoir été contaminés, les effets du coronavirus. Leur vie et leur scolarité en pâtissent.

par
Michel Pralong
Les jeunes qui souffrent de ces symptômes prolongés, comme une grande fatigue, voient souvent leurs résultats scolaires plonger.

Les jeunes qui souffrent de ces symptômes prolongés, comme une grande fatigue, voient souvent leurs résultats scolaires plonger.

Getty Images/iStockphoto

Chez les adultes, on estime qu’une personne sur trois contaminée par le coronavirus est victime d’un Covid long, c’est-à-dire qu’elle souffre toujours de symptômes liés au virus des semaines, voire des mois après avoir été infectée. Si chez les adolescents et préadolescents la contamination n’entraîne généralement que peu ou pas de symptômes dans les jours qui suivent, ils ne sont en revanche pas à l’abri de conséquences à plus long terme.

«Quelle proportion est affectée, nous ne le savons pas encore précisément, car très peu d’études ont été réalisées à ce sujet et celles qui l’ont été portent sur peu de cas», nous explique la Dre Anne Perrin, médecin cheffe de clinique. C’est elle qui dirige la consultation spécialisée dans le Covid long pour ados et préados qui a été mise en place dans le service de pédiatrie générale des Hôpitaux universitaires genevois (HUG). «Nous l’avons ouverte début mai pour les jeunes de 10 à 18 ans qui ont eu un Covid documenté et qui en ressentent toujours des effets. Depuis, nous avons reçu une trentaine de patients, cela fait quand même pas mal».

Symptômes semblables à ceux des adultes

La majorité d’entre eux a toujours des symptômes 4 à 8 mois après l’infection. «Ce sont des symptômes qui ressemblent à ceux des adultes; fatigue, troubles de concentration, essoufflement, maux de tête, perte de goût et d’odorat. Avec toutefois un peu plus de cas de douleurs abdominales». Des effets néfastes qui provoquent un ralentissement scolaire chez beaucoup: «certains voient leurs résultats chuter ou sont contraints de n’aller à l’école qu’à temps partiel, quelques-uns sont même totalement déscolarisés depuis plusieurs mois».

Pour l’instant, aucun traitement médicamenteux n’a été trouvé pour soigner ces symptômes, que ce soit d’ailleurs chez l’adulte ou les plus jeunes. «Notre rôle, outre le suivi médical, est donc un accompagnement et un soutien. Nous travaillons avec les établissements et les infirmières scolaires pour trouver les solutions les plus appropriées pour ces jeunes. Maintenant, les vacances sont arrivées, heureusement».

Aucun n’avait été hospitalisé

Aucun de ces jeunes patients qui sont venus au centre de consultation n’avait été hospitalisé suite à l’infection. «Les plus touchés avaient eu un gros syndrome grippal, mais la plupart n’ont souffert que des symptômes légers, voire pas de symptôme du tout, ce qui rend encore plus difficile pour ces derniers de déterminer quand ils ont été contaminés». La majorité d’entre eux était également en très bonne santé avant le coronavirus, faisant pour certains beaucoup de sport. «Nous recherchons aussi si ces symptômes peu spécifiques pourraient avoir d’autres causes, afin d’écarter d’autres diagnostics. Car il apparaît assez clairement que la très grande majorité des jeunes que nous voyons en consultation n’ont pas de maladie préalable».

Il n’y a pas eu de pic d’arrivée de patients. «C’est un flux régulier et nous continuons à en accueillir quelques-uns par semaine. Et de tous ceux qui se sont présentés à nous, aucun n’est encore tout à fait remis, mais certains commencent à se sentir mieux». Depuis quelques semaines, la vaccination est possible dès 16 ans et, depuis peu, dès 12 ans. «On voit que le coronavirus, même s’il est souvent sans conséquence sérieuse immédiate chez les plus jeunes peut en avoir de plus lourdes à plus long terme. Alors oui, sur une base volontaire, je leur recommande le vaccin. Certains de mes patients me demandent d’ailleurs si, avec leur Covid long, ils devraient se faire vacciner. Il y a encore très peu de données sur l’effet du vaccin sur de tels cas mais il n’y a pas de contre-indication et certains cas ont été décrits où le vaccin a permis d’améliorer les symptômes. Donc s’ils ont envie de le faire, je les encourage dans ce sens».

Impact sur le processus de l’adolescence

La Dre Anne Perrin tient à nous rappeler que si l’on parle ici de quelques dizaines de jeunes souffrant de Covid long, il faut remettre dans un contexte plus global l’impact du coronavirus sur le processus même de l’adolescence. «Tout ce que la pandémie a changé dans la vie de ces ados et préados est considérable, avec des effets psychologiques à ne pas négliger».

Aujourd’hui, les vacances sont là pour beaucoup et l’assouplissement des mesures sanitaires a permis un retour à un certain degré de vie sociale, ce qui leur permet de respirer un peu. Les chiffres de contamination ont toutefois tendance à repartir à la hausse avec la propagation du variant delta. La campagne de vaccination doit donc se poursuivre et ne pas faiblir, pour éviter non seulement que le virus continue à se propager, mais aussi des Covid longs auxquels les plus jeunes ne songent pas forcément.

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