Suisse: Mentalité de libre-service chez les militaires

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SuisseMentalité de libre-service chez les militaires

Un audit interne du DDPS de Guy Parmelin montre que la gestion des notes de frais manque de rigueur. Dix recommandations doivent y remédier.

par
Pascal Schmuck
Zurich
Guy Parmelin veut rétablir au sein du DDPS une saine gestion des coûts.

Guy Parmelin veut rétablir au sein du DDPS une saine gestion des coûts.

Keystone

L'administration fédérale est soumise à de fortes pressions pour réduire son train de vie. Ce dont ne semblent pas se soucier de nombreux cadres du Département fédéral de la défense de la protection de la population et des sports (DDPS), comme le révèle un rapport interne.

Selon un audit réalisé par la Révision interne publié mercredi qu'a parcouru le Tages-Anzeiger, il règne une mentalité de libre-service dans le département de Guy Parmelin. Plus de 300 notes de frais de 37 collaborateurs ont été décortiquées. Aucun comportement répréhensible n'a été décelé. Mais le DDPS a pris conscience d'un certain nombre de problèmes. Comme cette habitude qu'ont les cadres de s'inviter mutuellement pour de soi-disant déjeuners d'affaires.

Des cartes de crédit de 100'000 francs

Le montant minimum de 27,20 francs par personne et par repas est souvent dépassé. En outre, la raison de ces repas et l'identité des participants ne figurent pas dans les notes de frais. Cette pratique s'opère donc aux dépens de l'Etat, d'autant plus que ces déjeuners se déroulent à proximité du lieu de travail, dans un périmètre où les fonctionnaires n'ont normalement pas droit à des notes de frais de restauration.

L'audit montre que les collaborateurs de DDPS contournent souvent les mécanismes internes de contrôle pour les coûts. Ils savent en effet que le principe de la double vérification ne s'applique que pour les dépenses dépassant 500 francs. «L'employé peut autoriser partiellement les dépenses jusqu'à concurrence de ce montant sur son propre compte», souligne le rapport.

Le contrôle est également défaillant pour des sommes plus élevées: des employés peuvent approuver leurs propres frais de voyage. Certains disposent même d'un grand pouvoir financier puisque le DDPS leur alloue des cartes de crédit avec une limite mensuelle de 100'000 francs. Tous les engagements pris dans cette proportion devraient être assumés par le département, avertit le rapport.

Dans le sillage de l'affaire Stettbacher

L'audit réalisé par la Révision interne pour les années 2012 à 2016 a mis en évidence un besoin d'amélioration et formulé dix recommandations. La majorité d'entre elles sont concrétisées. Deux mesures doivent limiter les risques. Les cadres devraient assumer nettement mieux leurs responsabilités et les limites pour ces cartes de crédit devraient être ramenées à 20'000 francs.

Il faudrait également rappeler que «les déjeuners d'affaires entre employés fédéraux devraient rester une exception». Les contrôleurs proposent également d'exclure les boissons alcoolisées des notes de frais.

Ces mesures font suite à l'enquête administrative contre le divisionnaire Andreas Stettbacher, médecin en chef de l'armée. Il lui était reproché des irrégularités en lien avec certains frais de subsistance et le repas de Noël 2015. L'enquête avait blanchi l'intéressé, mais ce dernier avait reconnu qu'il n'avait pas agi dans l'intérêt d'une saine gestion des coûts.

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