Formule 1 - Mercedes et la théorie du complot
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Formule 1Mercedes et la théorie du complot

Lewis Hamilton a remporté une victoire brillante à São Paulo, malgré un week-end au cours duquel tous les éléments semblaient être contre lui. Toto Wolff évoque même la théorie du complot…

par
Luc Domenjoz

Le week-end le plus difficile de sa carrière

Lewis Hamilton l’a répété après l’arrivée du Grand Prix de São Paulo: ce fut le week-end le plus difficile de toute sa carrière. «Mon père m’a rappelé la même histoire qui m’était arrivée à Bahrein, en Formule 3. J’étais parti dernier et j’avais gagné… comme aujourd’hui (ndlr: dimanche). Mais ici, tout semblait contre nous!»

L’affaire a commencé vendredi matin, quand l’écurie Mercedes s’est auto-infligé une pénalité de cinq places sur la grille de départ en changeant le moteur de Lewis Hamilton – ce qui s’est avéré être une excellente décision vu la puissance phénoménale du nouveau moteur monté dans sa W12.

Puis, vendredi soir, le Britannique a été disqualifié pour un aileron arrière dont la partie droite du DRS (le dispositif de réduction de la traînée en ligne droite) était ouverte à 85.2 millimètres au lieu de 85. Soit…0.2 millimètres de trop.

L’aileron de Lewis Hamilton n’avait pas été conçu de manière à dépasser la taille autorisée (le problème n’apparaissait ni à gauche ni au centre), et d’habitude, les équipes sont autorisées à rectifier un problème technique mineur, manifestement dû à une pièce défectueuse ou desserrée. Mais pas cette fois.

Parti donc dernier pour la course de samedi, Lewis Hamilton a réussi, en 24 tours seulement, à remonter jusqu’à la cinquième place.

Purgeant alors sa pénalité du changement de moteur, il est parti dixième du Grand Prix, dimanche, avant de réussir à doubler tous ses adversaires et gagner la course.

Au 19e tour déjà, il s’est retrouvé à la deuxième place, remontant sur le leader, son rival Max Verstappen. Au 48e tour, il a tenté de passer la Red Bull par l’extérieur du virage 4, mais le pilote néerlandais a résisté et l’a emmené avec lui hors de la piste. Se reprenant, Lewis Hamilton a fini par prendre la tête 11 tours plus tard, au même virage, pour remporter sa 101e victoire, peut-être la plus spectaculaire de sa carrière en F1.

Toto Wolff: pacte rompu

Le pilote britannique a réussi à s’imposer alors que les éléments étaient vraiment contre lui ce week-end. Mais chez Mercedes, la pilule est très difficile à avaler.

Dimanche soir, après la course, Toto Wolff, le patron de l’écurie, s’est montré plus que virulent lors d’une conférence de presse tenue sur Zoom. «Il est incroyable de voir comment ce week-end s’est déroulé contre nous. Vendredi, on a eu un élément cassé sur notre aileron arrière. On ne nous a pas autorisé à voir ce qui s’est passé pour nous justifier. On a pas eu le droit à la moindre analyse et nous avons été disqualifiés. C’est incompréhensible. L’écurie Red Bull a été autorisée, pendant trois Grands Prix d’affilée, y compris au Mexique la semaine dernière, à réparer son aileron arrière alors que ses voitures étaient elles aussi en parc fermé. Et ça, sans la moindre conséquence…»

Pour l’Autrichien, l’espèce de «pacte de non-agression» existant entre les équipes a été rompu. «D’une certaine manière, il existait un «gentleman’s agreement», une sorte d’accord tacite, qui n’existe plus aujourd’hui. Ce qui ne m’étonne guère, parce qu’il n’y a pas de gentlemen en Formule 1… je ne veux pas parler d’une personne en particulier, mais quelque chose s’est produit, vendredi, qui change le mode opératoire classique. Normalement, nous aurions eu le droit de réparer la pièce défectueuse avant qu’elle ne passe le contrôle, mais cette fois, nous n’avons pas eu l’autorisation de l’approcher. Et ce changement s’est produit, soit sous la pression de certains actionnaires de la Formule 1, soit pour une autre raison… mais je peux vous dire que nous allons regarder tout ça d’un œil impitoyable à l’avenir.»

Toto Wolff sous-entend, à mots à peine couverts, que Liberty Media, la société qui détient les droits commerciaux de la F1, aurait fait pression sur les vérificateurs techniques pour qu’ils empêchent les ingénieurs de Mercedes de corriger le défaut, pratique qui était admise jusque-là. Le but serait évidemment de permettre à Max Verstappen de remporter le titre, sans doute pour des raisons commerciales…

Décision «risible»

Après l’affaire du vendredi, la course de dimanche a révélé un autre avantage accordé à l’équipe Red Bull. Toto Wolff, là encore, est clair: «Samedi, Lewis a fourni le meilleur pilotage que je n’ai jamais vu, poursuit-il. Je ne sais pas comment il a fait, il doublait ses adversaires à gauche, à droite, et par-dessus! Et aujourd’hui (ndlr: dimanche), en course, il a piloté de manière parfaite. Max l’a poussé hors de la piste au virage 4, mais il a été assez malin pour éviter de l’accrocher (sous-entendu: Max Verstappen cherchait l’accrochage pour conserver son avance au championnat). J’aime voir deux grands pilotes s’affronter. Mais ne pas pénaliser Max pour ça? Sans blague. Tout le week-end était contre nous, mais la décision de ne pas pénaliser Max est carrément risible. Max a eu tort, son comportement a été largement au-delà de la limite acceptable. Il méritait au moins cinq secondes de pénalité, il le savait sans doute très bien lui-même.»

Lorsque Lewis Hamilton a été prévenu par radio que son adversaire n’était pas pénalisé, il a répondu: «Evidemment, évidemment», sous-entendant, lui aussi, qu’il y aurait un complot des autorités de la F1 pour favoriser Max Verstappen.

Michael Masi se défend

Au Grand Prix d’Autriche, cette année, Sergio Perez et Lando Norris avaient tous deux été pénalisés de cinq secondes pour avoir poussé un adversaire hors de la piste, exactement comme Max Verstappen l’a fait à São Paulo.

Alors pourquoi une pénalité ici et pas là? Michael Masi, le directeur de course, a tenté de se justifier dimanche soir au cours d’une conférence Zoom: «Pendant la course, nous avions demandé à voir les images de la caméra avant de la voiture de Max, qui auraient été révélatrices, mais nous ne les avons pas obtenues de la réalisation. Nous avions seulement les images que tout le monde a vu. Nous avons fait avec. Nous jugeons chaque cas séparément, pour ce qu’il est, et nous étudions l’ensemble de la situation avec le principe «let them race» (laissez-les courir). Nous avons pris en compte la nature du virage, et le fait que les deux voitures soient parties au large, et qu’aucune des deux n’a perdu sa position. Nous avons donc jugé que cet incident ne méritait aucune pénalité.»

Visiblement, l’écurie Mercedes ne partage pas cet avis…

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